La cour d’Arthur est, dans le roman arthurien, le centre de la valeur et de la justice. La « défaillance » désignerait son incapacité à protéger les siens et à produire le héros dont elle a besoin. Le sujet engage donc une lecture politique de l'œuvre.
Chrétien met-il en scène l’effondrement de la cour arthurienne, ou se sert-il de sa faiblesse pour faire apparaître un héros d’un autre ordre ?
Le plan en trois parties
Une cour prise en défaut dès les premiers vers
- Méléagant vient défier Arthur dans sa propre salle et lui annonce qu’il détient ses sujets : l’humiliation est publique et le roi ne réplique pas.« Rois Artus, j’ai en ma prison / De ta terre et de ta meison / Chevaliers, dames et puceles », épisode du défi à la cour d’Arthur
- Le don contraignant révèle un droit qui se retourne contre le royaume : la coutume oblige le roi à livrer la reine à son pire défenseur.« La reïne que je voi ci », épisode du don contraignant de Keu
- Gauvain, fleur de la chevalerie arthurienne, refuse la charrette : le meilleur de la cour s’arrête au seuil de ce que l’aventure exige.« Si le tint a molt grant folie / Et dit qu’il n’i montera mie », épisode de Gauvain devant la charrette
Une défaillance qui tient à un excès de mesure
- Devant les deux ponts, Gauvain raisonne, compare et choisit le moins périlleux : sa prudence est raisonnable et c’est précisément pourquoi elle échoue.« Molt est perilleus et grevains / Li uns et li autres passages », épisode du choix des deux ponts
- La plainte de la reine au départ dit tout bas ce que la cour ne veut pas entendre : il aurait fallu un défi, et personne ne l’a relevé.« Ha rois, se vos ce seüssiez, / Ja, ce croi, ne me leissessiez / Sanz chalonge mener un pas ! », épisode du départ de la reine
- La coutume de la charrette montre une société qui a codifié l’infamie : elle protège l’honneur par des règles qui l’empêchent d’agir.« Qui a forfet estoit repris, / S’estoit sor la charrete mis / Et menez par totes les rues », explication du narrateur sur la coutume de la charrette
Une cour défaillante qui rend possible un héros d’un autre ordre
- Le duel final est expédié par un homme seul, hors de toute délibération de cour : la justice revient au bras du héros, non à l’institution.« Lanceloz vient, si li deslace / Le hiaume et la teste li tranche », épisode du duel final
- La prophétie du cimetière désignait déjà un individu, seul, par son propre corps : la délivrance est confiée à une personne, non à une armée.« Cil qui levera / cele lame seus par son cors / gitera ces et celes fors », épisode de la lame du cimetière
- La révélation du nom en plein combat fait surgir une gloire qui ne doit rien à la table ronde : Lancelot s’impose comme un centre concurrent.« Lanceloz del Lac a a non », épisode du nom crié pendant le combat
Un royaume qui ne peut être sauvé que par un homme dont il réprouve les moyens n’a-t-il pas déjà perdu ce qu’il prétendait défendre ?