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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

Peut-on dire que Le Chevalier de la charrette invente un amour qui se vit comme une religion ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

« Religion » suppose un culte, des reliques, un sanctuaire, des rites et un mystère ; l’expression « se vivre comme » interroge un transfert de formes, non une croyance réelle. Le sujet invite à mesurer jusqu’où Chrétien pousse ce transfert, et où il s’arrête.

Problématique

Le roman transporte-t-il vraiment dans l’amour les formes du sacré, ou se sert-il du langage religieux pour dire tout autre chose que la foi ?

Le plan en trois parties

I

Un culte constitué : reliques, sanctuaire et gestes rituels

  1. Les cheveux trouvés dans le peigne sont traités exactement comme une relique : on les touche cent mille fois, on les porte sur soi, on les adore.« Qu’il les comance a aorer, / Et bien .c. m. foiz les toche », épisode des cheveux du peigne
  2. L’entrée dans la chambre est une entrée en sanctuaire : le lit devient châsse, et la comparaison avec le corps saint est portée par le narrateur lui-même.« Si l’aore et se li ancline, / Car an nul cors saint ne croit tant », épisode de l’entrée dans la chambre de la reine
  3. La sortie reprend la gestuelle liturgique de la génuflexion devant l’autel : le rite encadre la nuit d’amour comme un office encadre l’eucharistie.« Au departir a soploié / A la chanbre et fet tot autel / Con s’il fust devant un autel », épisode de la sortie de la chambre
TransitionLes gestes du culte appellent un mystère, et le roman en fournit un, mais ce mystère est d’abord un effet de narration.
II

Un mystère : ce que la religion d’amour interdit de dire

  1. Le départ est nommé martyre, avec le mot même de la langue chrétienne : la souffrance amoureuse est présentée comme une passion au sens religieux.« Au lever fu il droiz martirs, / Tant li fu griés li departirs », épisode du lever après la nuit
  2. Le narrateur refuse de raconter la nuit et fait de ce refus une règle : le mystère est constitué par le silence, comme un arcane que l’on ne divulgue pas.« Mes toz jorz iert par moi teüe », prétérition du narrateur sur la nuit
  3. La nuit chez la demoiselle avait déjà institué une chasteté d’épreuve : le corps se prive pour que l’amour vaille, comme une ascèse.« De tochier a li molt se gueite », épisode du lit de la demoiselle
TransitionReste à savoir si ce transfert des formes sacrées installe vraiment une transcendance, ou s’il la mime pour dire l’intensité d’un désir.
III

Une religion sans Dieu : la limite du transfert

  1. Le dieu de ce culte est décrit en seigneur féodal qui juge et récompense ses vassaux : la métaphore est plus juridique que théologique.« Amors, qui toz les cuers justise », commentaire du narrateur sur Amour
  2. L’épreuve suprême n’est pas une élévation spirituelle mais un passage dans la chair : c’est un corps nu sur une lame, non une âme ravie.« Bien s’iert sor l’espee tenuz, / Qui plus estoit tranchanz que fauz », épisode du Pont de l’Épée
  3. Le sang laissé aux barreaux ne rachète rien et ne sauve personne : il ne prouve que l’intensité d’un désir, ce qui distingue radicalement ce culte d’une foi.« As fers se prant et sache et tire », épisode des barreaux de la fenêtre
Ouverture

Quand une passion emprunte ainsi le vocabulaire du sacré, est-ce le sacré qu’elle grandit ou l’amour qu’elle rend indiscutable ?

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