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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

L’obéissance est-elle, dans Le Chevalier de la charrette, la forme la plus haute de l’héroïsme ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

L’héroïsme chevaleresque se définit d’ordinaire par l’initiative et la prouesse ; l’obéissance suppose au contraire la soumission à une volonté extérieure. Le superlatif « la plus haute » oblige à hiérarchiser les formes de grandeur que le roman met en concurrence.

Problématique

Chrétien fait-il de l’obéissance amoureuse la vertu suprême du chevalier, ou conserve-t-il à la prouesse accomplie une gloire que nulle soumission n’égale ?

Le plan en trois parties

I

Un monde où obéir est déjà une institution

  1. Le don contraignant oblige Arthur à tenir une promesse ruineuse : l’obéissance à la parole donnée est la règle même de la cour, avant d’être une vertu d’amant.« La reïne que je voi ci », épisode du don contraignant de Keu
  2. L’ordre de combattre au pire transpose ce droit féodal dans l’amour : la reine mande, et le chevalier exécute comme un vassal.« Que au noauz que je lui mant », épisode du tournoi de Noauz
  3. La réitération de l’ordre transforme l’obéissance en épreuve codifiée, avec sa récompense annoncée, l’amour et la grâce de la dame.« Que ancor au noauz le face, / S’avoir vialt l’amor et la grace / La reïne », épisode du second jour du tournoi
TransitionL’obéissance ne devient héroïque qu’à la condition d’être voulue, et le roman prend soin de ménager cet espace de consentement.
II

Une obéissance qui vaut parce qu’elle est consentie

  1. À la fenêtre, le héros demande le congé avant d’agir : il fait de l’autorisation le fondement de son acte, ce qui suppose un choix et non une contrainte.« Se vostre congiez le m’otroie / Tote m’est delivre la voie », épisode de la fenêtre aux barreaux
  2. La proposition du nain n’est pas un ordre mais une offre : monter relève d’une décision, et c’est ce qui donne au geste sa valeur héroïque.« Se tu viax monter / Sor la charrete que je main », épisode du nain à la charrette
  3. Le débat entre Amour et Raison prouve que l’obéissance est une conquête sur soi : elle exige de faire taire le conseil le plus sensé.« Mes Reisons, qui d’Amors se part, / Li dit que del monter se gart », épisode du débat intérieur devant la charrette
TransitionReste que le récit réserve ses moments les plus éclatants à des actes où nul n’a rien commandé, ce qui oblige à nuancer la hiérarchie.
III

Le roman maintient pourtant une gloire propre de l’exploit

  1. Le Pont de l’Épée n’obéit à aucun ordre : le héros s’y engage seul, et cette initiative reste la plus admirée par les témoins du roman.« Bien s’iert sor l’espee tenuz, / Qui plus estoit tranchanz que fauz », épisode du Pont de l’Épée
  2. Le duel final est expédié avec une brutalité souveraine : Lancelot y agit comme un justicier, sans consulter ni attendre aucune permission.« Lanceloz vient, si li deslace / Le hiaume et la teste li tranche », épisode du duel final
  3. Le reproche des deux pas montre la limite du modèle : une obéissance qui se mesure en pas hésitants devient une comptabilité tatillonne plus qu’une grandeur.« Comant ? Don n’eüstes vos honte / De la charrete et si dotastes ? », épisode de l’explication de la reine
Ouverture

Si obéir peut être la plus haute des vertus, où passe la frontière entre le héros et l’instrument de la volonté d’un autre ?

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