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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

Le Chevalier de la charrette met-il en scène un conflit entre Amour et Raison, ou la victoire définitive de l’un sur l’autre ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

Chrétien personnifie deux instances, Amors et Reisons, et leur donne une véritable scène de délibération. Le sujet demande si cette allégorie produit un conflit durable, structurant tout le roman, ou une décision tranchée une fois pour toutes dans les premiers vers.

Problématique

Le débat entre Amour et Raison est-il, dans le roman, un conflit qui se rejoue, ou le récit d’une soumission consommée dès l’épisode de la charrette ?

Le plan en trois parties

I

Un conflit réellement mis en scène et allégorisé

  1. Chrétien construit une scène judiciaire intérieure où deux instances plaident : Raison conseille, Amour commande, et le héros arbitre entre deux discours.« Mes Reisons, qui d’Amors se part, / Li dit que del monter se gart », épisode du débat intérieur devant la charrette
  2. Au gué, l’anéantissement de la conscience montre le résultat physique de ce conflit : la raison perd jusqu’à la mémoire du nom et de l’armure.« Ne ne li manbre de son non », épisode du gué
  3. Au retour à la cour, Raison intervient encore pour retenir la folie du cœur, preuve que le conflit n’était pas clos dans les premiers vers.« Et se Reison ne li tolsist / Ce fol panser et cele rage », épisode du retour à la cour
TransitionLa mise en scène est celle d’un débat, mais la partie est jouée d’avance, car Amour dispose d’une autorité que Raison n’a pas.
II

Un conflit d’emblée déséquilibré : Amour juge et gouverne

  1. Le narrateur accorde à Amour un pouvoir de juridiction et de sélection : il ne discute pas avec la raison, il règne sur les cœurs qu’il estime.« Amors, qui toz les cuers justise », commentaire du narrateur sur Amour
  2. Dans le lit de la demoiselle, la conduite du héros n’est pas raisonnable mais obéissante : il applique une règle d’amour, non un calcul.« De tochier a li molt se gueite », épisode du lit de la demoiselle
  3. La proposition du nain ne laisse en réalité aucune issue rationnelle : l’alternative est truquée, puisque refuser équivaut à perdre la reine.« Se tu viax monter / Sor la charrete que je main », épisode du nain à la charrette
TransitionSi le héros ne peut plus raisonner, quelqu’un doit le faire à sa place, et ce quelqu’un est le lecteur que Chrétien place en position de juge.
III

Le roman garde pourtant la raison comme mesure, du côté du lecteur

  1. L’ordre de combattre au pire place le lecteur en position de juger l’absurdité apparente d’un commandement, donc de raisonner là où le héros obéit.« Que au noauz que je lui mant », épisode du tournoi de Noauz
  2. La répétition de l’ordre au second jour souligne l’arbitraire du procédé et invite à s’interroger sur le sens d’une telle épreuve.« Que ancor au noauz le face, / S’avoir vialt l’amor et la grace / La reïne », épisode du second jour du tournoi
  3. Le reproche des deux pas rend la raison coupable et la lenteur condamnable : le roman n’abolit pas la raison, il la met au banc des accusés.« Comant ? Don n’eüstes vos honte / De la charrete et si dotastes ? », épisode de l’explication de la reine
Ouverture

Un roman qui donne systématiquement tort à la raison ne fait-il pas de son lecteur le dernier personnage raisonnable de l’histoire ?

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