Le parcours associé parle d’invention de l’amour ; un code est un ensemble de règles explicites, hiérarchisées, sanctionnées. Le sujet demande si ce que Chrétien invente relève d’une législation du sentiment ou d’une expérience qui excède toute règle.
Chrétien invente-t-il, dans ce roman, un système de règles amoureuses, ou une expérience que les règles servent seulement à rendre lisible ?
Le plan en trois parties
Un roman qui légifère : des règles, des fautes, des peines
- Le narrateur expose une coutume avec la précision d’un juriste : le roman commence par établir le droit dont il va ensuite jouer.« Qui a forfet estoit repris, / S’estoit sor la charrete mis / Et menez par totes les rues », explication du narrateur sur la coutume de la charrette
- L’affront du chevalier orgueilleux applique la règle : il rappelle au héros sa condition d’infâme comme on rappelle un article de loi.« Tu ? Tu ? Comant l’osas panser ? », épisode de l’affront du chevalier orgueilleux
- Le reproche des deux pas introduit une jurisprudence amoureuse : la faute n’est plus de monter, mais de tarder, et la peine est le refus.« Comant ? Don n’eüstes vos honte / De la charrete et si dotastes ? », épisode de l’explication de la reine
Un code qui se veut absolu et qui s’exerce comme une discipline
- Le débat entre Amour et Raison définit la règle fondamentale : en matière d’amour, la prudence est une désobéissance.« Mes Reisons, qui d’Amors se part, / Li dit que del monter se gart », épisode du débat intérieur devant la charrette
- L’ordre de combattre au pire est une application pure du code : la valeur de l’acte tient à l’obéissance seule, indépendamment de son contenu.« Que au noauz que je lui mant », épisode du tournoi de Noauz
- Le second ordre assortit la règle d’une sanction explicite : l’amour et la grâce sont la récompense promise à l’exécution parfaite.« Que ancor au noauz le face, / S’avoir vialt l’amor et la grace / La reïne », épisode du second jour du tournoi
Mais ce que le roman invente excède le code : une ferveur sans article
- L’adoration des cheveux n’obéit à aucune règle courtoise connue : elle invente un geste, et c’est cette invention qui fait date.« Qu’il les comance a aorer, / Et bien .c. m. foiz les toche », épisode des cheveux du peigne
- S’incliner devant une chambre vide comme devant un autel ne relève d’aucun code : c’est une invention de langage amoureux, non une procédure.« Au departir a soploié / A la chanbre et fet tot autel / Con s’il fust devant un autel », épisode de la sortie de la chambre
- La demande de congé à la fenêtre renverse le code : ce n’est plus la règle qui autorise, c’est la parole d’une personne singulière.« Se vostre congiez le m’otroie / Tote m’est delivre la voie », épisode de la fenêtre aux barreaux
Un amour qui invente ses propres gestes peut-il se transmettre autrement qu’en devenant, à son tour, le code de ceux qui l’imiteront ?