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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

Le Chevalier de la charrette fait-il de la souffrance une preuve d’amour ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

Une preuve est ce qui établit avec certitude ; la souffrance, dans le roman courtois, tend à devenir le signe attendu d’un sentiment sincère. Le sujet interroge la logique qui fait de la douleur un argument, et son éventuelle fragilité.

Problématique

La douleur physique et morale suffit-elle, dans le roman de Chrétien, à prouver l’amour, ou le texte met-il en doute cette équivalence ?

Le plan en trois parties

I

Une douleur exhibée comme démonstration

  1. Les mains ouvertes sur les barreaux laissent une trace sanglante dans les draps : le corps blessé fournit la preuve matérielle de la nuit et du désir.« As fers se prant et sache et tire », épisode des barreaux de la fenêtre
  2. La tentative de suicide, sur la seule rumeur de la mort de la reine, prétend démontrer un amour qui ne peut pas survivre à son objet.« Einz met le laz antor sa teste / Tant qu’antor le col li areste », épisode de la tentative de suicide
  3. Le mot de martyre requalifie la douleur du départ : elle n’est plus un accident, elle est le titre qui atteste la sincérité de l’amant.« Au lever fu il droiz martirs, / Tant li fu griés li departirs », épisode du lever après la nuit
TransitionCette exhibition de la douleur n’est pas gratuite, car le roman l’organise en une série d’épreuves ordonnées comme une initiation.
II

Une douleur érigée en épreuve initiatique

  1. Le Pont de l’Épée est un supplice choisi : le héros se désarme volontairement, ce qui transforme la blessure en acte et l’acte en serment.« Bien s’iert sor l’espee tenuz, / Qui plus estoit tranchanz que fauz », épisode du Pont de l’Épée
  2. Le Lit périlleux inaugure la série : subir la lance de feu sans céder revient à passer un examen dont l’amour est le véritable objet.« A mie nuit, de vers les lates / Vint une lance come foudre », épisode du Lit périlleux
  3. La privation volontaire chez la demoiselle est une souffrance sans blessure : l’amour se prouve aussi par ce que le corps refuse de prendre.« De tochier a li molt se gueite », épisode du lit de la demoiselle
TransitionMais une preuve par le corps reste toujours discutable, et le texte lui substitue finalement une preuve par la ferveur et le consentement.
III

La preuve véritable est ailleurs : dans l’adoration et la soumission du cœur

  1. L’adoration des cheveux prouve l’amour sans aucune douleur : la ferveur suffit, et elle est même plus démonstrative que le sang versé.« Qu’il les comance a aorer, / Et bien .c. m. foiz les toche », épisode des cheveux du peigne
  2. L’inclinaison devant le lit relève d’une foi, non d’un supplice : le roman fait de la croyance, et non de la blessure, le sommet du sentiment.« Si l’aore et se li ancline, / Car an nul cors saint ne croit tant », épisode de l’entrée dans la chambre
  3. Le narrateur explique que seul compte le cœur qu’Amour daigne estimer : la preuve n’est pas dans ce que l’on subit, mais dans ce que l’on est jugé valoir.« Amors, qui toz les cuers justise », commentaire du narrateur sur Amour
Ouverture

Si l’amour a besoin de se prouver par la souffrance, n’est-ce pas qu’il doute encore de lui-même, ou de celle à qui il s’adresse ?

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