06 29 33 79 32 Je réserve ici

1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

L’écriture de Chrétien de Troyes cherche-t-elle d’abord à émouvoir ou à faire penser ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

← Les 30 sujets de « Le Chevalier de la charrette »
Analyse des termes

Émouvoir relève du pathétique et de l’identification ; faire penser suppose la distance, la glose, l’ironie et le problème posé au lecteur. Le mot « d’abord » demande une hiérarchie, non une exclusion, et engage une réflexion sur le métier de clerc.

Problématique

Le roman de Chrétien vise-t-il d’abord l’émotion du lecteur, ou se sert-il de l’émotion pour l’amener à réfléchir sur l’amour et sur le récit ?

Le plan en trois parties

I

Une écriture de clerc, qui affiche son travail de pensée

  1. Le prologue distingue la matière du sens : la première phrase du roman est déjà une réflexion sur la manière de faire signifier une histoire.« Matière et san li done et livre / La Contesse », épisode du prologue
  2. La prétérition sur la nuit d’amour est un geste rhétorique visible : il contrarie l’émotion attendue pour faire réfléchir sur ce qui peut se dire.« Mes toz jorz iert par moi teüe », prétérition du narrateur sur la nuit
  3. L’épilogue expose les conditions matérielles de l’écriture : nommer un second clerc oblige le lecteur à penser le livre comme un objet fabriqué.« Ci faut li romanz an travers. / Godefroiz de Leigni, li clers, / A parfinee LA CHARRETE », épisode de l’épilogue
TransitionCette écriture réfléchie n’exclut pas la force sensible, et le roman multiplie les images qui saisissent immédiatement.
II

Une écriture qui sait pourtant frapper les sens et le cœur

  1. La lance qui tombe comme la foudre à minuit produit un effet de terreur immédiat : le style cherche ici la sensation avant la réflexion.« A mie nuit, de vers les lates / Vint une lance come foudre », épisode du Lit périlleux
  2. Le détail des mains ouvertes sur le fer est un procédé pathétique : le lecteur voit le sang avant de comprendre ce qu’il signifie.« As fers se prant et sache et tire », épisode des barreaux de la fenêtre
  3. L’hyperbole des cent mille baisers sur des cheveux force l’émotion par l’excès du nombre, avant toute explication du narrateur.« Qu’il les comance a aorer, / Et bien .c. m. foiz les toche », épisode des cheveux du peigne
TransitionL’émotion n’est pourtant jamais une fin, car Chrétien la convertit systématiquement en problème soumis au jugement du lecteur.
III

Une émotion mise au service d’un problème posé au lecteur

  1. L’allégorie du débat entre Amour et Raison transforme une émotion en question argumentée : le lecteur assiste à un procès, non à une crise de larmes.« Mes Reisons, qui d’Amors se part, / Li dit que del monter se gart », épisode du débat intérieur devant la charrette
  2. Le commentaire sur Amour se corrige en cours de route : ce geste d’écriture apprend au lecteur à nuancer, donc à penser avec le texte.« Amors, qui toz les cuers justise », commentaire du narrateur sur Amour
  3. Le retour à la cour laisse la folie du héros invisible : l’émotion est retenue pour que le lecteur s’interroge sur ce qui reste caché.« Et se Reison ne li tolsist / Ce fol panser et cele rage », épisode du retour à la cour
Ouverture

Un roman qui apprend à penser ses propres émotions n’est-il pas, dès 1177, en train d’inventer un lecteur plutôt qu’un public ?

← Les 30 sujets de « Le Chevalier de la charrette »
Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

Prof de français à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs