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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

Le Chevalier de la charrette est-il le roman d’une libération ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

La libération suppose des captifs, un libérateur et un affranchissement effectif ; le mot vaut aussi, au figuré, pour l’émancipation d’un sujet à l’égard des normes. Le sujet demande si le roman tient la promesse de délivrance qu’il formule dès son ouverture.

Problématique

Le roman de Chrétien accomplit-il la libération qu’il annonce, ou substitue-t-il à la captivité de Gorre d’autres servitudes plus intimes ?

Le plan en trois parties

I

Un programme de délivrance explicitement posé

  1. Le défi de Méléagant énonce la situation initiale en termes de captivité collective : des hommes, des dames et des jeunes filles sont en prison.« Rois Artus, j’ai en ma prison / De ta terre et de ta meison / Chevaliers, dames et puceles », épisode du défi à la cour d’Arthur
  2. La prophétie du cimetière transforme cette situation en mission assignée à un seul : celui qui lèvera la lame fera sortir tous les prisonniers.« Cil qui levera / cele lame seus par son cors / gitera ces et celes fors », épisode de la lame du cimetière
  3. La mort de Méléagant supprime l’obstacle et clôt le programme : le geôlier abattu, la coutume qui retenait les captifs perd son garant.« Lanceloz vient, si li deslace / Le hiaume et la teste li tranche », épisode du duel final
TransitionCe programme est bien rempli, mais il se paie d’un prix que le roman détaille avec insistance, celui du corps du libérateur.
II

Une libération payée au prix du corps du libérateur

  1. Le Pont de l’Épée montre que l’affranchissement d’un royaume passe par l’automutilation d’un homme : la liberté des autres coûte sa chair au héros.« Bien s’iert sor l’espee tenuz, / Qui plus estoit tranchanz que fauz », épisode du Pont de l’Épée
  2. Les barreaux arrachés inversent le motif : cette fois le héros force une prison pour y entrer, non pour en sortir.« As fers se prant et sache et tire », épisode des barreaux de la fenêtre
  3. Le Lit périlleux rappelle que le libérateur n’est jamais en sûreté : même couché, il est assailli, comme s’il n’échappait à aucune contrainte.« A mie nuit, de vers les lates / Vint une lance come foudre », épisode du Lit périlleux
TransitionCette délivrance laisse pourtant en place les contraintes les plus profondes, celles de la coutume, du mariage et même de l’écriture.
III

Une libération inachevée : les servitudes que le roman laisse intactes

  1. Le don contraignant, au début, n’est jamais abrogé : la coutume qui a livré la reine reste en vigueur, et rien n’en délivre la cour.« La reïne que je voi ci », épisode du don contraignant de Keu
  2. La plainte de la reine au départ dit une dépendance que la fin du roman ne lève pas : elle reste reine, épouse et objet de convoitise.« Ha rois, se vos ce seüssiez, / Ja, ce croi, ne me leissessiez / Sanz chalonge mener un pas ! », épisode du départ de la reine
  3. Le roman lui-même n’est pas libre de s’achever seul : il passe en d’autres mains, ce qui fait de son achèvement une dépendance supplémentaire.« Ci faut li romanz an travers. / Godefroiz de Leigni, li clers, / A parfinee LA CHARRETE », épisode de l’épilogue
Ouverture

Un roman peut-il libérer ses personnages des chaînes politiques sans toucher à celles, plus tenaces, que la société tient pour naturelles ?

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