Un sommet couronnerait le code courtois en montrant l’obéissance parfaite ; une caricature l’exagérerait jusqu’à en révéler l’absurdité. Le sujet suppose que l’épisode est ambigu et demande de trancher, ou de comprendre pourquoi Chrétien maintient l’ambiguïté.
L’épisode de Noauz porte-t-il le service d’amour à sa perfection, ou en dénonce-t-il l’arbitraire par un excès calculé ?
Le plan en trois parties
Une obéissance portée à sa perfection
- L’ordre est reçu sans discussion et exécuté à la lettre : le héros combat au pire, ce qui est la démonstration la plus pure du service d’amour.« Que au noauz que je lui mant », épisode du tournoi de Noauz
- La réitération de l’ordre et la promesse d’amour et de grâce donnent à l’épisode la forme achevée d’un contrat courtois avec sa récompense.« Que ancor au noauz le face, / S’avoir vialt l’amor et la grace / La reïne », épisode du second jour du tournoi
- La comparaison avec Gauvain, qui n’aurait jamais accepté de se déshonorer volontairement, mesure la supériorité du modèle proposé.« Si le tint a molt grant folie / Et dit qu’il n’i montera mie », épisode de Gauvain devant la charrette
Un excès qui touche au comique et frôle la satire
- Le roman a déjà montré combien l’opinion est cruelle envers celui qui perd la face : Noauz expose sciemment le héros à cette moquerie.« Tu ? Tu ? Comant l’osas panser ? », épisode de l’affront du chevalier orgueilleux
- La reine avait déjà usé du refus arbitraire à Gorre : l’ordre de Noauz confirme un pouvoir capricieux dont le roman souligne la démesure.« Moi ? Sire, moi ne puet il plaire ; / De son veoir n’ai ge que faire », épisode des retrouvailles à Gorre
- Son explication des deux pas avait révélé une comptabilité minutieuse de l’honneur : à Noauz, cette casuistique atteint un point où elle devient risible.« Comant ? Don n’eüstes vos honte / De la charrete et si dotastes ? », épisode de l’explication de la reine
Un épisode qui n’est ni l’un ni l’autre, mais une épreuve de lecture
- Comme la coutume de la charrette, l’ordre de Noauz est une règle formelle dont le roman explore froidement les conséquences logiques.« Qui a forfet estoit repris, / S’estoit sor la charrete mis / Et menez par totes les rues », explication du narrateur sur la coutume de la charrette
- Le prologue rappelle que le sens vient d’une commanditaire : l’épisode peut être un hommage à un idéal de cour comme une prise de distance polie.« Matière et san li done et livre / La Contesse », épisode du prologue
- Comme pour la nuit d’amour, le narrateur refuse de trancher explicitement : il laisse le lecteur décider du sens, ce qui est sa méthode constante.« Mes toz jorz iert par moi teüe », prétérition du narrateur sur la nuit
Un idéal que l’on ne peut pousser jusqu’au bout sans le rendre comique est-il encore un idéal, ou déjà un objet d’étude ?