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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

Dans quelle mesure l’amour, dans Le Chevalier de la charrette, est-il une expérience de la perte de soi ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

La perte de soi désigne l’effacement de la conscience, de la mémoire et de l’identité sous l’effet d’une passion. La formule « dans quelle mesure » invite à en reconnaître la réalité tout en cherchant ce que le sujet retrouve ou gagne dans cette dissolution.

Problématique

Aimer, dans ce roman, revient-il à cesser d’être soi, ou la perte de soi est-elle la voie par laquelle le héros accède à une identité nouvelle ?

Le plan en trois parties

I

Une dissolution du sujet minutieusement décrite

  1. Au gué, l’énumération des oublis est une véritable phénoménologie de l’absence : le héros ne sait plus s’il est, ni son nom, ni s’il porte des armes.« Ne ne li manbre de son non », épisode du gué
  2. Le débat devant la charrette dédouble le sujet en deux voix : celui qui délibère n’est déjà plus un individu unifié mais un théâtre intérieur.« Mes Reisons, qui d’Amors se part, / Li dit que del monter se gart », épisode du débat intérieur devant la charrette
  3. Le narrateur présente Amour comme un pouvoir qui juge les cœurs : le sujet amoureux n’est plus propriétaire de lui-même, il est justiciable.« Amors, qui toz les cuers justise », commentaire du narrateur sur Amour
TransitionCette dissolution n’est pas seulement mentale, car le roman la fait passer par un corps qui se prive et qui souffre.
II

Une perte qui passe par le corps et ses privations

  1. Dans le lit de la demoiselle, le héros se retire de son propre corps : il l’habite en s’en gardant, ce qui est une forme douce de dépossession.« De tochier a li molt se gueite », épisode du lit de la demoiselle
  2. Le mot de martyre désigne un être dont la volonté est ailleurs que dans son corps : le cœur tire d’un côté, le corps s’éloigne de l’autre.« Au lever fu il droiz martirs, / Tant li fu griés li departirs », épisode du lever après la nuit
  3. L’adoration des cheveux montre un sujet qui s’oublie dans un objet minuscule : la conscience se transporte tout entière hors d’elle-même.« Qu’il les comance a aorer, / Et bien .c. m. foiz les toche », épisode des cheveux du peigne
TransitionEncore faut-il remarquer que le récit rend au héros son nom et sa maîtrise, ce qui donne à la perte de soi une fonction et un terme.
III

Une perte de soi qui fonde une identité nouvelle

  1. Le nom revient exactement là où le héros s’est le plus oublié : la perte de soi était la condition de la reconnaissance publique.« Lanceloz del Lac a a non », épisode du nom crié pendant le combat
  2. Au retour à la cour, Raison recompose un sujet capable de se contenir : le roman ne laisse pas son héros dissous, il le rend à lui-même.« Et se Reison ne li tolsist / Ce fol panser et cele rage », épisode du retour à la cour
  3. Demander un congé suppose encore un je qui parle et qui veut : la dépossession n’abolit jamais complètement la personne qui consent.« Se vostre congiez le m’otroie / Tote m’est delivre la voie », épisode de la fenêtre aux barreaux
Ouverture

Faut-il se perdre pour devenir quelqu’un, ou le roman nous dit-il seulement qu’on ne se connaît qu’après s’être risqué ?

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