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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

La honte est-elle, dans Le Chevalier de la charrette, le véritable moteur du récit ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

La honte est ici une catégorie sociale et juridique, celle de l’infamie publique, avant d’être un sentiment ; « moteur » suppose qu’elle produise les actions et relance l’intrigue. Il faut donc distinguer ce que la honte déclenche de ce qu’elle ne fait qu’accompagner.

Problématique

La honte est-elle, dans le roman de Chrétien, la force qui fait avancer le récit, ou seulement l’épreuve que le héros doit traverser pour accomplir une autre tâche ?

Le plan en trois parties

I

Une honte instituée par le récit lui-même

  1. Le narrateur explique la coutume avant de la faire jouer : la charrette est une peine infamante qui prive de tout droit, et cette glose donne à la honte son poids juridique.« Qui a forfet estoit repris, / S’estoit sor la charrete mis / Et menez par totes les rues », explication du narrateur sur la coutume de la charrette
  2. Le nain formule l’échange sous forme de marché : un renseignement contre l’honneur, ce qui transforme la honte en prix à payer et donc en ressort narratif.« Se tu viax monter / Sor la charrete que je main », épisode du nain à la charrette
  3. Le refus de Gauvain construit la norme par contraste : en jugeant le geste insensé, il montre ce que la honte coûte à un chevalier ordinaire.« Si le tint a molt grant folie / Et dit qu’il n’i montera mie », épisode de Gauvain devant la charrette
TransitionUne fois la honte instituée, le roman la fait travailler comme une marque durable qui suscite injures, reproches et combats.
II

Une honte qui poursuit et relance le héros

  1. L’affront du chevalier orgueilleux rappelle la charrette des centaines de vers plus loin : la honte fonctionne comme une marque qui provoque de nouveaux combats.« Tu ? Tu ? Comant l’osas panser ? », épisode de l’affront du chevalier orgueilleux
  2. La reine retourne le reproche : ce n’est pas d’être monté qu’on accuse le héros, mais d’avoir hésité, si bien que la honte change de camp et relance l’intrigue.« Comant ? Don n’eüstes vos honte / De la charrete et si dotastes ? », épisode de l’explication de la reine
  3. L’accueil glacial de Gorre fait de la honte le nœud dramatique central : la victoire ne vaut rien tant que la faute d’honneur n’est pas expliquée.« Moi ? Sire, moi ne puet il plaire ; / De son veoir n’ai ge que faire », épisode des retrouvailles à Gorre
TransitionCette omniprésence ne doit pourtant pas faire oublier la tâche qui commande tout, la délivrance des captifs de Gorre.
III

Mais le moteur profond est la délivrance, et la honte n’en est que le seuil

  1. Le Pont de l’Épée n’est pas une réparation d’honneur mais un passage vers un royaume : l’action vise la libération, non la restauration du prestige.« Bien s’iert sor l’espee tenuz, / Qui plus estoit tranchanz que fauz », épisode du Pont de l’Épée
  2. La prophétie du cimetière définit le héros par sa fonction libératrice : c’est elle, et non l’infamie, qui donne au récit sa direction.« Cil qui levera / cele lame seus par son cors / gitera ces et celes fors », épisode de la lame du cimetière
  3. La révélation du nom transforme le chevalier honni en Lancelot du Lac : le récit se clôt sur une identité reconquise, preuve que la honte n’était qu’un détour.« Lanceloz del Lac a a non », épisode du nom crié pendant le combat
Ouverture

Un récit peut-il faire du déshonneur un chemin sans finir par rendre l’honneur lui-même dérisoire ?

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