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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

La charrette est-elle, dans le roman de Chrétien de Troyes, un objet ou un signe ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

La charrette est d’abord un véhicule concret, celui du supplice infamant ; un signe est ce qui renvoie à autre chose que soi et se prête à l’interprétation. Le sujet demande comment un objet devient, dans ce roman, un opérateur de sens et jusqu’à donner son titre au livre.

Problématique

Comment un simple tombereau devient-il, dans le roman de Chrétien, le signe qui gouverne la lecture de toute l'œuvre ?

Le plan en trois parties

I

Un objet concret, doté d’une fonction sociale précise

  1. Le narrateur décrit une institution matérielle : un véhicule, un trajet dans les rues, une perte de droits, c’est-à-dire un dispositif pénal réel.« Qui a forfet estoit repris, / S’estoit sor la charrete mis / Et menez par totes les rues », explication du narrateur sur la coutume de la charrette
  2. Le nain l’utilise comme un moyen de transport et de marchandage : il en parle comme d’une charrette qu’il mène, dans les termes les plus prosaïques.« Se tu viax monter / Sor la charrete que je main », épisode du nain à la charrette
  3. Gauvain la refuse en comparant deux montures : sa réaction reste celle d’un homme qui voit un objet, un mauvais échange contre un cheval.« Si le tint a molt grant folie / Et dit qu’il n’i montera mie », épisode de Gauvain devant la charrette
TransitionL’objet cesse d’être un objet dès lors que les personnages se mettent à l’interpréter, et ils ne cessent jamais de le faire.
II

Un objet qui devient signe parce qu’on le lit et le relit

  1. L’affront du chevalier orgueilleux prouve que la charrette est devenue une marque lisible : on la reconnaît sur un homme comme un stigmate.« Tu ? Tu ? Comant l’osas panser ? », épisode de l’affront du chevalier orgueilleux
  2. La reine en propose une autre lecture : ce qui compte n’est plus l’objet mais l’intervalle de deux pas, c’est-à-dire un détail devenu signifiant.« Comant ? Don n’eüstes vos honte / De la charrete et si dotastes ? », épisode de l’explication de la reine
  3. Le don contraignant avait déjà montré comment un mécanisme formel produit du sens : la charrette est à l’honneur ce que le don est au droit.« La reïne que je voi ci », épisode du don contraignant de Keu
TransitionCe signe finit par déborder l’intrigue et par nommer le livre, ce qui achève sa promotion symbolique.
III

Un signe devenu titre, donc emblème de l'œuvre

  1. Le prologue annonce un livre du chevalier de la charrette : l’objet est promu au rang de nom, au moment même où le héros n’en a pas.« Matière et san li done et livre / La Contesse », épisode du prologue
  2. Le narrateur qui tait la nuit d’amour use du même procédé : ce qui n’est pas montré, charrette ou nuit, devient le centre du sens.« Mes toz jorz iert par moi teüe », prétérition du narrateur sur la nuit
  3. L’épilogue écrit le titre en toutes lettres, comme un nom propre : la charrette est devenue l'œuvre elle-même, au-delà de tout objet.« Ci faut li romanz an travers. / Godefroiz de Leigni, li clers, / A parfinee LA CHARRETE », épisode de l’épilogue
Ouverture

Quand un objet d’infamie devient le titre d’une œuvre, est-ce la honte qui s’annule ou la littérature qui la consacre ?

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