06 29 33 79 32 Je réserve ici
1ʳᵉ

Ressources · 1ʳᵉ ·

La République et la Nation

Indivisibilité, décentralisation, territoires, nationalité et citoyenneté, mémoires, défense et société numérique (EMC de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « La République et la Nation » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une République indivisible : un principe hérité de la Révolution, La décentralisation : rapprocher la décision des citoyens, La Nation et la diversité de ses territoires, Nationalité et citoyenneté. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — La République dans la Constitution : une, décentralisée, attachée à ses langues

Facile

Extraits de texte constitutionnel · Constitution de la République française du 4 octobre 1958, articles 1er, 3, 72 et 75-1, dans leur rédaction issue des révisions constitutionnelles du 28 mars 2003 et du 23 juillet 2008.

La Constitution de 1958 fonde la Ve République ; ces articles ont été complétés en 2003 (organisation décentralisée) et en 2008 (langues régionales). Ils s'adressent à tous les pouvoirs publics, que le Conseil constitutionnel contrôle.

Article 1er. La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. […]

Article 3. La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. […]

Article 72. Les collectivités territoriales de la République sont les communes, les départements, les régions, les collectivités à statut particulier et les collectivités d'outre-mer régies par l'article 74. […] Les collectivités territoriales ont vocation à prendre les décisions pour l'ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon. Dans les conditions prévues par la loi, ces collectivités s'administrent librement par des conseils élus et disposent d'un pouvoir réglementaire pour l'exercice de leurs compétences. […] Dans les collectivités territoriales de la République, le représentant de l'État, représentant de chacun des membres du Gouvernement, a la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois.

Article 75-1. Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.

Analysez le document en répondant aux questions suivantes.

  1. Présentez le document : sa nature, sa date et sa portée juridique.
  2. Relevez les caractères de la République énoncés à l'article 1er et expliquez ce qu'implique l'indivisibilité, à l'aide de l'article 3.
  3. Montrez que l'article 72 organise une décentralisation qui ne remet pas en cause l'unité de l'État.
  4. Comment la Constitution concilie-t-elle l'unité de la République et la diversité de ses territoires ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document rassemble quatre articles de la Constitution du 4 octobre 1958, texte fondateur de la Ve République et norme suprême de l'ordre juridique français : toute loi doit la respecter, sous le contrôle du Conseil constitutionnel. Les extraits sont cités dans leur rédaction actuelle, qui intègre deux révisions : celle du 28 mars 2003, qui ajoute « Son organisation est décentralisée », et celle du 23 juillet 2008, qui crée l'article 75-1 sur les langues régionales. Le document montre donc un texte vivant, adapté à l'évolution de la société.

2. L'article 1er définit la République par quatre caractères : elle est « indivisible, laïque, démocratique et sociale ». L'indivisibilité signifie que la souveraineté ne se partage pas : selon l'article 3, elle « appartient au peuple » tout entier, et « aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice ». Aucune région, aucune communauté ne peut donc se proclamer souveraine. L'indivisibilité se prolonge dans l'égalité « devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion » : la loi est la même pour tous, et la République ne reconnaît pas de droits particuliers à des groupes. C'est au nom de ce principe que le Conseil constitutionnel a refusé en 1991 la notion de « peuple corse ».

3. L'article 72 énumère les collectivités territoriales (communes, départements, régions, collectivités à statut particulier et d'outre-mer) et leur reconnaît une réelle autonomie : elles « s'administrent librement par des conseils élus » et disposent d'un « pouvoir réglementaire » pour exercer leurs compétences. Le principe de subsidiarité apparaît : elles décident de ce qui peut « le mieux être mis en œuvre à leur échelon ». Mais cette liberté s'exerce « dans les conditions prévues par la loi » : c'est le Parlement national qui fixe les compétences, et les collectivités n'ont qu'un pouvoir réglementaire, non législatif. Enfin, le « représentant de l'État », c'est-à-dire le préfet, veille aux « intérêts nationaux » et au « respect des lois ». La décentralisation reste donc administrative : l'unité de l'État est préservée.

4. La Constitution concilie unité et diversité par une répartition des rôles. L'unité porte sur l'essentiel : une souveraineté, une loi, l'égalité des citoyens. La diversité porte sur l'administration et la culture : une organisation « décentralisée », des collectivités « à statut particulier » (la Corse) et d'outre-mer (article 74), et la reconnaissance des langues régionales comme « patrimoine de la France » (article 75-1). Ce dernier article est révélateur : les langues régionales sont reconnues comme un bien commun de la Nation, non comme les droits d'une minorité. La République accepte donc la diversité de ses territoires à condition qu'elle ne fragmente pas la souveraineté.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte juridique, c'est citer précisément ses termes et montrer ce qu'ils autorisent et ce qu'ils interdisent.

Document 2 — Les trois consultations sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie (2018-2021)

Moyen

Tableau statistique · D'après les résultats officiels des consultations des 4 novembre 2018, 4 octobre 2020 et 12 décembre 2021, publiés par le haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie (2018, 2020, 2021).

L'accord de Nouméa (5 mai 1998), qui a valeur constitutionnelle, prévoyait jusqu'à trois consultations sur l'accession à la pleine souveraineté. Les résultats sont ceux d'un territoire marqué par un clivage politique ancien entre indépendantistes, majoritairement kanak, et loyalistes.

Question posée aux électeurs inscrits sur la liste électorale spéciale : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

ConsultationParticipation« Oui » (suffrages exprimés)« Non » (suffrages exprimés)Contexte
4 novembre 201881,01 %43,33 %56,67 %Première consultation prévue par l'accord de Nouméa
4 octobre 202085,69 %46,74 %53,26 %Deuxième consultation, demandée par des élus du Congrès
12 décembre 202143,87 %3,50 %96,50 %Les partis indépendantistes appellent à ne pas participer, en raison du deuil lié à l'épidémie de Covid-19

Analysez le document en répondant aux questions suivantes.

  1. Présentez le document et expliquez pourquoi ces consultations ont été organisées.
  2. Décrivez l'évolution des résultats entre 2018 et 2020.
  3. Pourquoi le résultat de 2021 doit-il être interprété avec prudence ?
  4. En quoi ces consultations illustrent-elles à la fois la diversité des territoires de la Nation et la place du consentement dans la conception française de la Nation ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document est un tableau statistique qui présente les résultats officiels des trois consultations sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, organisées en 2018, 2020 et 2021. Il indique la participation et la répartition des suffrages exprimés entre le « oui » et le « non » à l'indépendance. Ces consultations appliquent l'accord de Nouméa du 5 mai 1998, conclu après les violences des années 1984-1988 et les accords de Matignon (26 juin 1988) : il prévoyait un transfert progressif de compétences, puis jusqu'à trois consultations sur l'accession à « la pleine souveraineté ».

2. Entre 2018 et 2020, le « non » l'emporte deux fois, mais son avance se réduit : il passe de 56,67 % à 53,26 % des suffrages exprimés, tandis que le « oui » progresse de 43,33 % à 46,74 %. L'écart tombe ainsi d'environ 13 points à environ 6,5 points. La participation, déjà élevée en 2018 (81,01 %), augmente encore en 2020 (85,69 %) : les deux camps mobilisent fortement, signe d'un enjeu vécu comme existentiel et d'une société politiquement divisée.

3. En 2021, le « non » atteint 96,50 %, mais ce chiffre ne mesure pas l'opinion de l'ensemble du corps électoral. La participation s'effondre à 43,87 %, soit environ la moitié du niveau de 2020, parce que les partis indépendantistes ont appelé à ne pas voter, en invoquant le deuil provoqué par l'épidémie de Covid-19 et en demandant, en vain, un report. Le résultat est juridiquement valable, mais sa légitimité politique est contestée par une partie de la population : un scrutin gagné sans l'adversaire ne règle pas le désaccord. Les émeutes de mai 2024 montrent que la question reste ouverte.

4. Ces consultations montrent d'abord la diversité des territoires de la Nation : la Nouvelle-Calédonie relève d'un titre particulier de la Constitution (titre XIII), possède un corps électoral spécial pour ces scrutins et exerce des compétences qu'aucune autre collectivité ne détient. Elles montrent ensuite la place du consentement : conformément à l'article 53 de la Constitution et à l'esprit de Renan, pour qui la nation est « un plébiscite de tous les jours », l'appartenance à la République est soumise au vote des populations intéressées. La France accepte ainsi qu'un territoire puisse décider de la quitter : l'indivisibilité protège la souveraineté, mais elle ne retient pas une population contre sa volonté exprimée.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau électoral, c'est comparer les résultats dans le temps et ne jamais séparer le score de la participation.

Document 3 — L'ordre de mobilisation générale du 1er août 1914

Moyen

Affiche officielle (document iconographique d'époque) · Ordre de mobilisation générale, affiche officielle des ministères de la Guerre et de la Marine, placardée dans toutes les communes de France le 1er août 1914 (exemplaires conservés aux Archives nationales et dans les archives départementales).

Après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo (28 juin 1914), la crise diplomatique conduit l'Allemagne à déclarer la guerre à la Russie le 1er août et à la France le 3 août 1914. L'affiche s'adresse à tous les hommes soumis au service militaire, obligatoire et universel depuis la loi du 21 mars 1905.

Description. Affiche imprimée en noir sur papier blanc, au format vertical, surmontée de deux drapeaux tricolores croisés. En gros caractères : « ARMÉE DE TERRE ET ARMÉE DE MER » puis « ORDRE DE MOBILISATION GÉNÉRALE ». Préimprimées et conservées à l'avance dans les mairies et les gendarmeries, ces affiches ont été complétées à la main de la date du premier jour de la mobilisation, puis placardées dans l'après-midi du 1er août 1914.

Texte de l'affiche (extraits). « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures, harnais nécessaires au complément de ces armées. Le premier jour de la mobilisation est le dimanche deux août 1914. Tout Français soumis aux obligations militaires doit, sous peine d'être puni avec toute la rigueur des lois, obéir aux prescriptions du fascicule de mobilisation (pages coloriées placées dans son livret). […] Les autorités civiles et militaires sont responsables de l'exécution du présent décret. » Signé : le ministre de la Guerre, le ministre de la Marine.

Analysez le document en répondant aux questions suivantes.

  1. Identifiez le document : nature, auteurs, date, destinataires.
  2. Relevez les éléments qui montrent qu'en 1914 la défense de la Nation est une obligation qui s'impose à tous.
  3. Comparez cette organisation avec celle de la défense aujourd'hui.
  4. Montrez que l'esprit de défense a changé de forme sans disparaître.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'une affiche officielle, signée par le ministre de la Guerre et le ministre de la Marine, qui publie un décret du président de la République, Raymond Poincaré. Placardée dans toutes les communes le 1er août 1914, elle fixe au « dimanche deux août 1914 » le premier jour de la mobilisation générale. Elle s'adresse à « tout Français soumis aux obligations militaires », c'est-à-dire aux hommes astreints au service militaire et aux réservistes, mais aussi aux autorités « civiles et militaires » chargées de l'exécution.

2. Le document montre une défense totale et obligatoire. Le vocabulaire est celui de la contrainte : la mobilisation « est ordonnée », chacun « doit » obéir « sous peine d'être puni avec toute la rigueur des lois ». La mobilisation touche les hommes, mais aussi les biens, par « la réquisition des animaux, voitures, harnais ». La préparation est minutieuse : chaque soldat possède un « fascicule de mobilisation » dans son livret militaire, et les affiches sont prêtes à l'avance dans chaque mairie. Les deux drapeaux tricolores rappellent que c'est la Nation entière qui est appelée : depuis la loi du 21 mars 1905, le service militaire est personnel et universel.

3. Aujourd'hui, la défense repose sur des militaires professionnels : la loi du 28 octobre 1997 a suspendu le service national obligatoire. Le président de la République reste le « chef des armées » (article 15 de la Constitution), mais le Parlement contrôle davantage les opérations extérieures depuis 2008 (article 35). La dissuasion nucléaire, née en 1960, a remplacé la masse des soldats comme garantie ultime de la sécurité du pays. La conscription n'est pas abolie : une loi pourrait la rétablir, et la mobilisation générale reste prévue par le Code de la défense.

4. L'esprit de défense ne passe plus par la caserne, mais il subsiste sous d'autres formes. Le parcours de citoyenneté (enseignement de défense, recensement à 16 ans, journée défense et citoyenneté) maintient un lien entre chaque jeune et la défense. L'engagement devient volontaire, dans la réserve opérationnelle et la garde nationale créée en 2016. Surtout, la notion de sécurité nationale (Livre blanc de 2008) élargit la défense aux menaces non militaires, terrorisme ou cyberattaques, qui exigent la vigilance et la résilience de toute la société. De la Nation en armes de 1914, on est passé à une défense professionnelle soutenue par une Nation informée.

Ce que cette analyse apprend — Analyser une affiche officielle, c'est décrire sa forme, citer son vocabulaire et la replacer dans une évolution de long terme.

Document 4 — Ernest Renan : « Qu'est-ce qu'une nation ? »

Difficile

Conférence publiée (document d'époque) · Ernest Renan, « Qu'est-ce qu'une nation ? », conférence prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1882, publiée à Paris chez Calmann Lévy la même année.

Ernest Renan (1823-1892), philologue et historien, prononce cette conférence onze ans après la défaite de 1870 et l'annexion de l'Alsace-Moselle par l'Empire allemand (traité de Francfort, 10 mai 1871). Il s'adresse à un public savant, alors que des auteurs allemands justifient l'annexion par la langue et la culture des Alsaciens.

« L'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. […]

Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. […] Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. […]

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. […]

Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. »

Analysez le document en répondant aux questions suivantes.

  1. Présentez le document et son contexte.
  2. Quelles sont, selon Renan, les deux composantes de la nation ?
  3. Expliquez la formule « un plébiscite de tous les jours » et montrez qu'elle répond à l'annexion de 1871.
  4. Pourquoi Renan fait-il de l'oubli un « facteur essentiel » de la nation ? Mettez cette idée en relation avec les questions mémorielles actuelles.
  5. Cette définition de la nation vous paraît-elle encore éclairante aujourd'hui ? Justifiez en montrant ses apports et ses limites.
Voir la réponse rédigée

1. Le document est un extrait de la conférence « Qu'est-ce qu'une nation ? », prononcée par Ernest Renan à la Sorbonne le 11 mars 1882 et publiée la même année. Renan, philologue et historien célèbre, intervient dans un débat brûlant : depuis le traité de Francfort (10 mai 1871), l'Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées par l'Empire allemand, et des savants allemands justifient cette annexion par la langue et la culture germaniques des habitants. Renan cherche donc une définition de la nation qui ne repose ni sur la langue, ni sur l'origine.

2. Pour Renan, la nation est « une âme, un principe spirituel » composé de deux éléments indissociables. Le premier est tourné vers le passé : c'est « la possession en commun d'un riche legs de souvenirs », les « gloires communes » et les « sacrifices qu'on a faits ». Le second est tourné vers le présent : c'est « le consentement actuel, le désir de vivre ensemble », la « volonté commune ». La nation est donc à la fois un héritage et un projet, que résume la formule « avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore ».

3. Un plébiscite est un vote par lequel un peuple approuve ou rejette une décision. En parlant d'un « plébiscite de tous les jours », Renan fait de l'appartenance nationale une adhésion volontaire, sans cesse renouvelée, comme la vie de l'individu est une « affirmation perpétuelle de vie ». La conséquence politique est implicite mais claire : si la nation repose sur le « désir clairement exprimé de continuer la vie commune », les Alsaciens et les Mosellans, qui n'ont pas été consultés en 1871, ne peuvent être rattachés à l'Allemagne au seul nom de leur langue. La définition de Renan est ainsi une réponse à la conception culturelle et linguistique de la nation, et elle fonde la conception française, civique et élective.

4. Renan affirme que « l'oubli, et même l'erreur historique » participent à la création d'une nation : pour vivre ensemble, les membres d'une nation doivent laisser de côté les violences qui les ont opposés dans le passé. C'est pourquoi le « progrès des études historiques » peut être un « danger » : en révélant les conflits, l'histoire fragilise le récit commun. Cette idée éclaire les questions mémorielles actuelles, mais à rebours : depuis les années 1990, la République choisit au contraire de reconnaître les pages sombres de son passé (discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995, loi Taubira du 21 mai 2001, rapport Stora de 2021), en pariant que la reconnaissance, et non l'oubli, consolide la cohésion. Le débat sur les lois mémorielles montre que l'équilibre entre mémoire, histoire et unité nationale reste difficile.

5. La définition de Renan reste éclairante. Elle correspond au droit français de la nationalité, qui combine filiation et socialisation en France, et à la naturalisation, qui suppose l'adhésion aux valeurs de la République. Elle éclaire aussi les consultations en Nouvelle-Calédonie, où l'appartenance à la République a été soumise au vote. Elle a pourtant des limites. Renan lui-même, en 1882, ne l'applique pas aux peuples colonisés, à qui l'on ne demande pas leur consentement. Et le « plébiscite de tous les jours » reste une métaphore : dans les faits, la plupart des citoyens héritent de leur nationalité sans l'avoir choisie. Enfin, sa prédiction d'une « confédération européenne » rappelle que la nation n'est pas une forme éternelle, sans que l'Union européenne l'ait remplacée.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte théorique, c'est expliquer ses notions par ses propres mots, puis le confronter à son contexte et à notre présent.

Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

Soutien scolaire à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs