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Annales du brevet · 2026 · Français (rédaction)

Sujet du brevet 2026 de français rédaction — Métropole (Série générale)

Français (rédaction) · Série générale · Métropole · session 2026 · 2 pages · source : Eduscol (ministère de l'Éducation nationale)

Corrigé

Corrigé détaillé rédigé par Ben, professeur particulier. Chaque question est justifiée comme on l'attend le jour de l'épreuve.

Sujet d’imagination — Le caporal raconte sa nuit en héros (40 pts)

1. Analyse de la consigne

  • Situation de départ imposée : le narrateur du texte de Blaise Cendrars, caporal, rentre au campement avant le lever du jour ; ses hommes, qui ont entendu les coups de feu et les grenades, lui demandent ce qui s’est passé. Tu peux recopier la phrase du sujet au début de ton texte pour bien partir de cette situation.
  • Ce qu’il faut raconter : la scène du retour, dans laquelle le narrateur fait à ses hommes le récit de sa nuit. Il y a donc deux récits emboîtés : la scène au campement, et l’aventure de la nuit racontée par le caporal.
  • La contrainte essentielle : il masque sa peur et se présente sous un jour héroïque. Le lecteur, qui connaît le texte, sait la vérité (la peur, la sueur, la baïonnette qui tremble dans l’herbe) : tout l’intérêt est dans l’écart entre ce que le caporal raconte et ce qu’il a vraiment vécu. Exagérations, omissions, petits mensonges, gestes pour cacher ses mains qui tremblent : c’est ce que le correcteur attend.
  • Énonciation et temps : récit à la 1re personne (c’est le narrateur qui raconte, comme dans le texte), au passé simple et à l’imparfait ; dans les dialogues, le caporal parle au passé composé et au présent, avec un registre familier crédible entre soldats.
  • Fidélité au texte : Première Guerre mondiale, nuit, mission seul en éclaireur, ennemi invisible, bruit d’herbe, coup de feu, « galopade de bottes », grenades « dont une grosse à manche », « petit bois ». Les faits peuvent être grossis, mais pas inventés au point de faire oublier le texte.
  • Forme : au moins 35 lignes, dialogues possibles et bien ponctués (tirets, verbes de parole variés), paragraphes.
  • Hors-sujets à éviter : raconter la nuit au lieu du retour au campement, faire avouer sa peur au caporal devant ses hommes, ou oublier complètement sa peur réelle (le lecteur doit la deviner).

2. Plan / brouillon

  • Le retour au campement, la question des hommes ; le caporal cache ses mains tremblantes et prend un air assuré.
  • Son récit grossi : une patrouille entière, lui seul et calme, le coup de feu « évité », la riposte et la fuite des ennemis.
  • Les réactions des hommes (admiration, un sceptique) ; le caporal passe sous silence la baïonnette et sa frayeur.
  • Fin : seul, il laisse enfin paraître sa peur ; clin d’œil au « Pauvre Blaise » du texte.

3. Rédaction modèle

Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent :

— Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Ils étaient une demi-douzaine, serrés autour d’un brasero qui fumait plus qu’il ne chauffait, et tous me dévisageaient avec des yeux ronds. J’avais encore les jambes en coton et les doigts qui tremblaient. Je les enfonçai dans mes poches, je m’assis sur une caisse de munitions et je pris tout mon temps pour sortir ma pipe. Un chef ne se presse jamais.

— Ce qui m’est arrivé ? répondis-je enfin. Il m’est arrivé une patrouille allemande, mes enfants. Une patrouille entière.

Un murmure parcourut le petit groupe. Lebrun, le plus jeune, qui n’avait pas dix-neuf ans, se pencha vers moi.

— Une patrouille entière ? Et tu étais tout seul ?

— Seul comme un rat dans un grenier. J’étais couché dans l’herbe, à deux pas de leurs lignes, et il faisait noir comme dans un four. Tout à coup, je les ai sentis. On ne voyait rien, on n’entendait rien, mais moi, je savais qu’ils étaient là.

Je me gardai bien de raconter le long moment où j’étais resté pétrifié, le cœur dans la gorge, la sueur dans le dos, persuadé qu’un homme me respirait au visage. Ce genre de détail n’intéresse personne.

— Alors j’ai collé mon oreille au sol, comme un vieux trappeur, et je les ai entendus ramper. Trois, peut-être quatre. Ils venaient droit sur moi.

— Et tu n’as pas filé ? grogna le vieux Morel, qui ne croit jamais rien.

— Filer ? Un caporal ne file pas, mon vieux. J’ai épaulé, l’index sur la gâchette, et j’ai attendu, tranquille comme à la pêche.

Tranquille… Si Morel avait vu ma baïonnette s’agiter dans l’herbe au rythme de ma main, au point de me faire croire à l’arrivée d’une armée entière ! Mais Morel n’avait rien vu, et la nuit garde bien les secrets.

— Ils étaient si près que j’entendais leurs bottes, repris-je en baissant la voix. Le premier a tiré. La balle m’a frôlé la joue, regardez.

Je tendis le visage vers les flammes. Tous se penchèrent, mais il n’y avait rien à voir, sinon une barbe de trois jours.

— Ça s’est joué à un poil, déclarai-je. Alors j’ai riposté. Deux coups de fusil, et j’ai sorti les grenades : une, deux, trois, et pour finir la grosse à manche, en plein dans le petit bois. Vous auriez dû voir la débandade ! Ils détalaient comme des lapins.

— C’était donc ça, tout ce vacarme ! s’exclama Lebrun. On a cru que toute l’armée d’en face attaquait.

— Presque, petit, presque. Mais ils n’étaient pas assez nombreux pour un caporal bien décidé.

Les hommes éclatèrent de rire et me tapèrent sur l’épaule. Quelqu’un me tendit un quart de café brûlant, que j’acceptai avec la dignité d’un général. Je le bus d’un trait, pour qu’on ne remarque pas que mes doigts tremblaient encore.

Morel, lui, me fixait en plissant les yeux.

— Et tu n’as pas eu peur, caporal ? Pas même un petit peu ?

Je soutins son regard et mentis avec aplomb :

— Peur ? Je ne sais même pas ce que c’est.

Puis j’allai m’allonger dans mon abri, je remontai ma couverture jusqu’au menton et, pour la première fois depuis la veille, je me permis de grelotter tout à mon aise. « Pauvre Blaise, pensai-je, quelle frousse tu as eue ! » Mais cela, personne au campement ne le saurait jamais.

Astuce. Pour montrer que le narrateur « masque sa peur », fais entendre deux voix : ce qu’il dit à ses hommes (vantardise, exagérations) et ce qu’il pense ou fait en secret (mains cachées, souvenirs qu’il tait). Ce décalage, que le lecteur du texte de Cendrars comprend tout de suite, est ce qui rend ta copie drôle et réussie.
Sujet de réflexion — Qu’apportent les œuvres qui se déroulent à une autre époque ? (40 pts)

1. Analyse de la consigne

  • Question posée : « Qu’apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d’œuvres qui se déroulent à une autre époque ? » C’est une question ouverte : il ne s’agit pas de répondre par oui ou non, mais de dégager plusieurs apports différents, classés dans un ordre logique.
  • Mots-clés : « lecteur ou spectateur » (livres, mais aussi films, bandes dessinées, tableaux) ; « œuvres qui se déroulent à une autre époque » (romans historiques, récits de guerre, films d’époque, mais aussi œuvres situées dans le futur) ; « apporte » (plaisir, connaissances, émotions, réflexion).
  • Forme : un développement argumenté et organisé, d’au moins 30 lignes : introduction, deux ou trois paragraphes avec connecteurs logiques, conclusion. Chaque argument est illustré par un exemple précis (titre, auteur, détail de l’œuvre). Le texte de Blaise Cendrars et le film de Kubrick peuvent servir d’exemples.
  • Hors-sujets à éviter : parler de l’histoire en général sans parler d’œuvres, ou se contenter de résumer des livres sans dire ce qu’ils apportent.

2. Plan / brouillon

  • I. Le plaisir de l’évasion et de l’aventure : Les Trois Mousquetaires (Dumas), Astérix (Goscinny et Uderzo).
  • II. Une connaissance du passé vécue de l’intérieur, par l’émotion : Cendrars, L’Homme foudroyé ; Remarque, À l’Ouest rien de nouveau ; Tardi, C’était la guerre des tranchées ; Hugo, Les Misérables.
  • III. Une réflexion sur notre propre époque : Les Sentiers de la gloire (Kubrick) ; Fahrenheit 451 (Bradbury).

3. Rédaction modèle

Ouvrir un roman ou s’asseoir dans une salle de cinéma, c’est parfois voyager dans le temps. Les mousquetaires de Louis XIII, les poilus de la Grande Guerre ou les héros d’un futur lointain nous font quitter un moment notre siècle. On pourrait croire ces œuvres éloignées de nos préoccupations. Pourtant, elles attirent de nombreux lecteurs et spectateurs. Qu’apporte donc la découverte d’œuvres qui se déroulent à une autre époque ? Elles offrent d’abord le plaisir de l’évasion ; elles font aussi comprendre le passé de l’intérieur ; enfin, elles nous aident à réfléchir sur notre propre temps.

Tout d’abord, ces œuvres procurent le plaisir du dépaysement et de l’aventure. Dans Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas entraîne le lecteur dans la France du XVIIe siècle, entre duels à l’épée, chevauchées et complots à la cour. Suivre d’Artagnan dans sa course pour sauver l’honneur de la reine, c’est oublier quelques heures son quotidien. De même, la bande dessinée Astérix, de Goscinny et Uderzo, nous plonge avec humour dans la Gaule de 50 avant Jésus-Christ, face aux légions romaines. Une autre époque est donc d’abord un monde différent du nôtre, qui nourrit notre imagination.

Ensuite, ces œuvres font découvrir le passé autrement que les manuels. Un livre d’histoire donne des dates et des chiffres ; un récit fait ressentir ce que vivaient les hommes. Dans L’Homme foudroyé, Blaise Cendrars ne décrit pas une bataille : il raconte la peur d’un soldat seul dans la nuit, le cœur qui bat, la sueur qui coule « entre les omoplates ». Le lecteur comprend ainsi ce qu’était l’angoisse quotidienne des combattants. Dans À l’Ouest rien de nouveau, Erich Maria Remarque fait vivre la guerre à travers un jeune soldat allemand, Paul Bäumer, ce qui montre que la souffrance était la même des deux côtés du front. La bande dessinée de Tardi, C’était la guerre des tranchées, rend visibles la boue et l’horreur des combats. Enfin, Les Misérables de Victor Hugo font partager la misère du XIXe siècle à travers la petite Cosette, exploitée par les Thénardier. Grâce à l’émotion, le passé devient proche et inoubliable.

Enfin, découvrir une autre époque permet de mieux réfléchir sur la nôtre. En comparant, on mesure les progrès accomplis, mais aussi ce qui reste à défendre. Dans Les Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick montre des soldats français jugés et fusillés pour l’exemple après une attaque impossible : le spectateur s’interroge sur l’obéissance, l’injustice et l’abus de pouvoir, des questions toujours actuelles. Les œuvres situées dans le futur jouent le même rôle : dans Fahrenheit 451, Ray Bradbury imagine une société où les pompiers brûlent les livres, et nous invite ainsi à protéger la lecture et la liberté de penser. Ces œuvres nous rappellent aussi que les sentiments humains, la peur, le courage, l’amitié, traversent les siècles.

En conclusion, les œuvres qui se déroulent à une autre époque apportent au lecteur et au spectateur bien plus qu’un simple décor ancien. Elles divertissent, elles transmettent la mémoire du passé en la faisant ressentir, et elles éclairent notre présent. Lire Cendrars ou voir Kubrick, c’est aussi entretenir le souvenir de ceux qui ont vécu la guerre. On peut alors se demander quelle image de notre propre époque les œuvres d’aujourd’hui laisseront aux lecteurs de demain.

Astuce. La consigne demande des exemples variés : au moins un livre, et un film ou une bande dessinée. Pour chacun, donne le titre, l’auteur et un détail précis de l’œuvre, puis une phrase qui dit ce qu’elle t’a apporté : c’est ce lien entre l’exemple et l’argument qui rapporte des points. N’hésite pas à utiliser le texte de Cendrars, que le sujet t’autorise à citer.
Conseils pour le jour J

Tu as 1 h 30 : prends 10 à 15 minutes pour choisir ton sujet et faire ton brouillon (plan seulement, ne rédige pas tout au brouillon), une heure pour écrire, et garde 10 minutes pour te relire. Respecte le minimum de lignes (35 pour l’imagination, 30 pour la réflexion) : une copie trop courte est pénalisée.

Pour le sujet d’imagination, la consigne tient en deux contraintes : le narrateur masque sa peur et se montre en héros. Appuie-toi sur les détails du texte (le bruit d’herbe, la baïonnette, le coup de feu, la « galopade de bottes », la grenade « à manche ») et montre le décalage entre ce qu’il raconte et ce qu’il a vécu. Ponctue soigneusement les dialogues (deux-points, tirets, verbes de parole).

Pour le sujet de réflexion, la question est ouverte : cherche plusieurs apports différents et classe-les du plus simple (le plaisir) au plus profond (la réflexion sur notre temps). Un argument sans exemple précis vaut peu ; un exemple sans explication non plus. Le dictionnaire est autorisé : sers-t’en pour vérifier l’orthographe des mots dont tu doutes.

Extrait du sujet (début du texte)

26GENFRRME1 DIPLÔME NATIONAL DU BREVET SESSION 2026 FRANÇAIS REDACTION Série générale Durée : 1 h 30 (Coefficient 2) Dès que le sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Ce sujet comporte 2 pages numérotées de la page à la page . Vous composez pour cette partie sur une copie distincte et utilisez en support le sujet de la partie « grammaire et compétences linguistiques – compréhension et compétences d’interprétation » Cette épreuve est notée sur 40 points L’usage du dictionnaire est autorisé. L’usage de la calculatrice est interdit. 26GENFRRME1 Rédaction Les candidats doivent composer, pour cette partie « Rédaction », sur une copie distincte et peuvent utiliser le sujet de la partie « grammaire et compétences linguistiques – compréhension et compétences d’interprétation », comme précisé en page de garde. Vous traiterez à votre choix l’un des deux sujets suivants : Sujet d’imagination « Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent : - Dis donc , caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu’est -ce qui t’est arrivé ? » Le narrateur leur fait alors le récit de sa nuit en masquant sa peur et en se présentant sous un jour héroïque. Vous raconterez cette scène. Votre récit pourra comporter des dialogues. Votre rédaction comportera 35 lignes au moins. Sujet de réflexion Qu’apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d’œuvres qui se déroulent à une autre époque ? Vous présenterez votre réflexion dans un développement argumenté et organisé. Vous illustrerez votre propos à l'aide d'exemples issus de vos lectures et de votre culture artistique personnelle (cinéma, peinture, bande dessinée, …). Vous pouvez vous appuyer également sur le texte de Blaise Cendrars. Votre texte comportera 30 lignes au moins. Afin de respecter l’anonymat de votre copie, vous ne devez pas signer votre composition, citer un nom, celui d’un camarade ou celui de votre établissement.

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