Annales du brevet · 2026 · Français (rédaction)
Sujet du brevet 2026 de français rédaction — Antilles, Guyane (Série générale)
Corrigé
Sujet d’imagination — La lettre de Venezuela sur son fils Cristóbal, plongé dans ses lectures (40 pts)
1. Analyse de la consigne
- Type de texte : une lettre. Elle doit en avoir toute la forme : lieu et date en haut, formule d’appel (« Ma chère… »), paragraphes, formule finale, signature du personnage (« Venezuela »).
- Énonciation : c’est Venezuela, la mère de Cristóbal, qui écrit, à la 1re personne, à une amie : le tutoiement et un ton de confidence s’imposent. Ce n’est ni Cristóbal qui écrit, ni un narrateur extérieur.
- Situation : elle écrit pendant un voyage. Le présent d’énonciation domine (« je t’écris », « il lit »), avec le passé composé et l’imparfait pour raconter ce qui s’est passé les jours précédents.
- Trois contenus obligatoires, dans cet ordre conseillé : 1) le comportement de son fils, plongé dans ses lectures (faits précis, scènes observées) ; 2) ses sentiments et ses questions (lexique des émotions, phrases interrogatives et exclamatives) ; 3) sa propre relation à la lecture, annoncée par « enfin » : elle termine la lettre.
- Fidélité au texte de Miguel Bonnefoy (Le Rêve du jaguar, 2024) : Cristóbal est un lecteur précoce et dévorant, qui s’absorbe dans les récits des aventuriers arrivés en Amérique, la terre de ses ancêtres, alors qu’il grandit dans un pavillon de banlieue. Reprends les détails que donne le texte du sujet (âge de l’enfant, lieu du voyage, livres lus, attitude du corps) plutôt que d’en inventer d’autres qui le contrediraient.
- Hors-sujets à éviter : un récit à la 3e personne, une lettre écrite par Cristóbal, une lettre qui oublie l’un des trois contenus, des anachronismes (téléphone portable, réseaux sociaux), un simple portrait sans sentiments ni questions.
2. Plan / brouillon
- En-tête : lieu du voyage et date ; formule d’appel. Le lieu (Maracaibo), la date et le prénom de l’amie (Hélène) de la rédaction modèle sont inventés pour l’exemple : reprends ceux que donne l’extrait du sujet s’il les précise.
- § 1 : la situation (le voyage, l’arrivée) et la raison de la lettre : parler de Cristóbal.
- § 2 : son comportement : les livres partout, le corps penché, le paysage qu’il ne regarde pas, les récits d’aventuriers.
- § 3 : les sentiments mêlés (fierté, inquiétude, agacement) et les questions posées à l’amie.
- § 4 : sa propre relation à la lecture : la lectrice qu’elle était enfant, le goût perdu, retrouvé grâce à son fils.
- Formule finale et signature.
3. Rédaction modèle
Maracaibo, le 14 juillet
Ma chère Hélène,
Je t’écris de Maracaibo, où nous sommes arrivés il y a trois jours, Cristóbal et moi. La chaleur est écrasante, les rues sentent la mangue et le goudron chaud, et j’ai retrouvé avec émotion la ville de mon enfance. Pourtant, ce n’est pas de la ville que je veux te parler, mais de mon fils.
Pendant toute la traversée, il n’a presque pas levé les yeux de ses livres. Il en avait glissé une pile entière dans sa valise, à la place de ses vêtements d’été ! Il lit partout : à table, dans la voiture, sur un banc du port, et même le soir, à la lueur de la lampe de chevet, quand il croit que je dors. Il reste penché sur ses pages, le menton collé contre la poitrine, et il ne m’entend plus quand je l’appelle. Ce sont toujours les mêmes histoires qui le passionnent : les récits des aventuriers qui ont débarqué autrefois en Amérique, les fleuves immenses, les cités d’or qu’on n’a jamais trouvées. Hier, alors que nous longions le lac sous un ciel magnifique, je lui ai montré les barques des pêcheurs. Il a hoché la tête, puis il est retourné à sa lecture. J’avais envie de lui arracher son livre des mains !
Je t’avoue, ma chère amie, que je ne sais plus quoi penser. Parfois, je suis fière de lui : à dix ans, il connaît des mots que j’ignore et il me raconte l’histoire de notre pays mieux que mes professeurs ne l’ont jamais fait. Mais d’autres fois, j’ai peur. Préfère-t-il le pays de ses livres à celui qu’il a sous les yeux ? N’est-il pas un peu seul, lui qui parle si peu aux autres enfants ? L’ai-je trop laissé grandir dans notre petit pavillon de banlieue, loin de ses racines, au point qu’il ne connaisse sa terre qu’à travers le papier ? Ou bien est-ce justement grâce à ses livres qu’il cherche à la retrouver ? Toi qui as élevé trois enfants, dis-moi franchement : faut-il que je le pousse à refermer ses livres, ou que je le laisse voyager à sa façon ?
En le regardant, je repense à la petite fille que j’étais. Moi aussi, j’ai aimé lire. Je me cachais sous l’escalier de la maison avec les romans que je trouvais dans la bibliothèque, et j’oubliais l’heure du dîner. Puis les études, le travail et les soucis m’ont éloignée des histoires ; aujourd’hui, je ne lis plus que des journaux et des lettres comme celle-ci. Peut-être est-ce mon fils qui me rendra ce plaisir perdu : hier soir, je lui ai emprunté un de ses livres en cachette, et je l’ai lu jusqu’à minuit. Ne le lui dis surtout pas !
Je t’embrasse tendrement et j’attends ta réponse avec impatience.
Ton amie qui pense à toi,
Venezuela
Sujet de réflexion — La littérature et l’art permettent-ils de voyager ? (40 pts)
1. Analyse de la consigne
- Type de texte : un développement argumenté organisé : introduction, parties séparées par des alinéas, connecteurs logiques, conclusion.
- La question : elle est fermée (« … permettent-ils… ? »). On peut répondre « oui », mais la meilleure copie montre de quelles manières on voyage (dans l’espace, dans le temps, dans l’imaginaire, vers les autres) et peut nuancer à la fin (un voyage par les livres ne remplace pas toutes les sensations du voyage réel).
- Les deux termes à traiter : la littérature (romans, poèmes, bandes dessinées) et l’art (peinture, cinéma, musique). Une copie qui ne parle que de livres est incomplète.
- Exemples exigés : tirés de ta culture générale (« littérature, cinéma, musique… ») : titre, auteur, et surtout ce que l’œuvre fait voir ou ressentir. Le texte de Miguel Bonnefoy peut servir d’exemple d’ouverture.
- Hors-sujets à éviter : raconter un voyage réel, parler des voyages en général sans parler des œuvres, aligner des titres sans les expliquer.
2. Plan / brouillon
- Introduction : Cristóbal voyage sans quitter son pavillon ; problématique ; annonce du plan.
- I. Les œuvres font voyager dans l’espace : Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours ; les tableaux de Gauguin ; la musique des Caraïbes.
- II. Elles font voyager dans le temps et dans l’imaginaire : Victor Hugo, Les Misérables ; Tolkien et la Terre du Milieu ; Miyazaki, Le Voyage de Chihiro.
- III. Elles offrent un voyage intérieur, vers les autres, sans remplacer le voyage réel : Marjane Satrapi, Persepolis ; limite : les sensations du réel.
- Conclusion : réponse nuancée et ouverture.
3. Rédaction modèle
Voyager, c’est d’ordinaire prendre le train, le bateau ou l’avion pour découvrir un pays inconnu. Pourtant, dans Le Rêve du jaguar de Miguel Bonnefoy, le jeune Cristóbal parcourt des plaines et des rivières lointaines sans jamais quitter son pavillon de banlieue : il lui suffit d’ouvrir un livre. La littérature et l’art permettent-ils vraiment de voyager, et jusqu’où ? Nous verrons qu’ils nous transportent d’abord dans d’autres lieux, puis dans d’autres époques et d’autres mondes, avant de montrer qu’ils offrent surtout un voyage intérieur, qui ne remplace pourtant pas tout à fait le voyage réel.
Tout d’abord, les œuvres nous font découvrir des lieux où nous ne sommes jamais allés. Dans Le Tour du monde en quatre-vingts jours, publié en 1872, Jules Verne entraîne le lecteur aux côtés de Phileas Fogg et de son domestique Passepartout, de Londres à l’Inde, puis jusqu’à Hong Kong et San Francisco. En quelques pages, on traverse des jungles, des océans et des déserts. La peinture produit le même effet : les tableaux que Gauguin a peints à Tahiti, avec leurs couleurs éclatantes, plongent le spectateur dans la lumière des îles du Pacifique. Même la musique voyage : un air de zouk ou de salsa suffit à faire naître les Caraïbes dans une chambre de métropole.
De plus, l’art permet un voyage qu’aucun avion ne rendra jamais possible : celui dans le temps et dans l’imaginaire. En lisant Les Misérables de Victor Hugo, on marche dans le Paris du XIXe siècle, on entend les cris des barricades de 1832. Les romanciers inventent même des pays entiers : Tolkien a créé la Terre du Milieu, avec ses cartes, ses langues et ses peuples, que des millions de lecteurs connaissent aussi bien que leur propre ville. Au cinéma, Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki fait entrer le spectateur, avec la petite héroïne, dans un monde d’esprits et de créatures fantastiques.
Enfin, le plus beau voyage que proposent les œuvres est peut-être intérieur. Dans sa bande dessinée Persepolis, Marjane Satrapi raconte son enfance en Iran pendant la révolution de 1979 et la guerre : le lecteur ne visite pas seulement Téhéran, il découvre ce que vit une adolescente de l’intérieur, et son regard sur le monde change. Certes, ce voyage a ses limites : un livre ne donne ni la chaleur du soleil, ni le goût d’un fruit, ni la rencontre réelle avec les habitants. Bonnefoy le suggère d’ailleurs : les livres de Cristóbal ont le parfum des pays lointains, mais sa vie, elle, garde l’odeur de sa rue de banlieue. Cependant, c’est souvent l’œuvre qui donne envie de partir un jour pour de vrai.
En conclusion, la littérature et l’art permettent bien de voyager, dans l’espace, dans le temps, dans des mondes imaginaires et jusqu’au cœur des autres. Ce voyage ne remplace pas complètement le voyage réel, mais il le prépare et le prolonge. Comme l’écrivait Baudelaire dans « L’Invitation au voyage », l’art nous ouvre un ailleurs où « tout n’est qu’ordre et beauté » : à chacun ensuite de franchir la porte.
Tu as 1 h 30 : prends 15 minutes pour choisir ton sujet et faire ton brouillon (plan et idées, pas le texte entier), environ 60 minutes pour rédiger au propre, et garde 15 minutes pour te relire : accords des participes passés, terminaisons du présent et de l’imparfait, ponctuation des questions. Le dictionnaire est autorisé : sers-t’en pour vérifier les mots dont tu doutes.
Pour le sujet d’imagination, relis le texte de Miguel Bonnefoy avant d’écrire : ta lettre doit rester fidèle à Cristóbal (sa passion des récits d’aventuriers, sa terre d’origine, son âge) et respecter les codes de la lettre. Vérifie au brouillon que tes trois contenus obligatoires y sont : le comportement du fils, les sentiments et questions de la mère, puis sa propre relation à la lecture.
Pour le sujet de réflexion, pense à parler de la littérature et de l’art (peinture, cinéma, musique) : c’est la diversité des exemples, bien expliqués, qui fait la différence. Le texte du sujet lui-même peut te servir d’exemple dans l’introduction.
Extrait du sujet (début du texte)
26GENFRRAG1 Page DIPLÔME NATIONAL DU BREVET SESSION 2026 FRANÇAIS RÉDACTION Série générale Durée : 1 h 30 (Coefficient 2) Dès que le sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Ce sujet comporte 2 pages numérotées de la page à la page Vous composez pour cette partie sur une copie distincte et utilisez en support le sujet de la partie « grammaire et compétences linguistiques – compréhension et compétences d’interprétation » Cette épreuve est notée sur 40 points L’usage du dictionnaire est autorisé L’usage de la calculatrice est interdit 26GENFRRAG1 Page Rédaction Les candidats doivent composer, pour cette partie « Rédaction », sur une copie distincte et utilisent en support la partie « grammaire et compétences linguistiques – compréhension et compétences d’interprétation », comme précisé en page de garde. Vous traiterez à votre choix l’un des sujets suivants : Sujet d’imagination Lors d’un voyage, Venezuela, la mère de Cristóbal, écrit à une amie pour lui faire part du comportement de son fils, plongé dans ses lectures. Elle lui confie aussi ses sentiments, ses questions et évoque enfin sa propre relation à la lecture. Rédigez cette lettre en prenant appui sur le texte de Miguel Bonnefoy. Sujet de réflexion La littérature et l’art permettent-ils de voyager ? Dans un développement organisé, vous illustrerez vos arguments en prenant appui sur votre culture générale (littérature, cinéma, musique…) Afin de respecter l’anonymat de votre copie, vous ne devez pas signer votre composition, citer un nom, celui d’un camarade ou celui de votre établissement
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