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Annales du brevet · 2026 · Français (rédaction)

Sujet du brevet 2026 de français rédaction — Amérique du Nord (Série générale)

Français (rédaction) · Série générale · Amérique du Nord · session 2026 · 2 pages · source : Eduscol (ministère de l'Éducation nationale)

Corrigé

Corrigé détaillé rédigé par Ben, professeur particulier. Chaque question est justifiée comme on l'attend le jour de l'épreuve.

Sujet de réflexion — La poésie, la littérature et l’art doivent-ils embellir le réel ? (40 pts)

1. Analyse de la consigne

  • Type de texte : un développement argumenté et organisé, c’est-à-dire une réflexion construite (introduction, parties, conclusion), pas une simple opinion ni un récit.
  • La question posée : « Selon vous, la poésie, la littérature et l’art ont-ils pour mission d’embellir le réel ? » Il faut définir les mots clés. Embellir, c’est rendre plus beau, voire idéaliser ou masquer ce qui est laid. Le réel, c’est le monde tel qu’il est, avec ses objets ordinaires, mais aussi sa misère, ses guerres, ses injustices. Le mot mission invite à se demander quel est le rôle, le devoir de l’artiste.
  • Le lien avec le sujet : le pantoum de Paul Fournel et la photographie de Pierre Bouchet transforment un objet banal, la pomme de terre, en sujet d’œuvre d’art. C’est un bon point de départ pour l’introduction.
  • Exemples exigés : tirés « de vos lectures et de votre culture artistique personnelle (cinéma, peinture, bande dessinée...) ». Il faut des exemples précis (auteur, titre, ce que montre l’œuvre) et variés : un poème, un roman, un tableau, un film.
  • Longueur : « une trentaine de lignes au moins », soit environ 350 mots au minimum ; une copie d’une page et demie à deux pages est idéale.
  • Critères de réussite : une réponse nuancée, des arguments clairement annoncés et reliés par des connecteurs logiques, chaque argument illustré et expliqué.
  • Hors-sujets à éviter : parler seulement de la poésie et oublier les autres arts ; faire un catalogue d’œuvres sans argument ; ne jamais répondre à la question posée.

2. Plan

  • Introduction : la pomme de terre de Fournel et de Bouchet ; question ; annonce du plan.
  • I. L’art a souvent le pouvoir d’embellir le réel : il transforme le laid en beau (Baudelaire, « Une charogne ») et console de la dureté du monde (La vie est belle, Roberto Benigni).
  • II. Mais il a aussi le devoir de montrer le réel tel qu’il est, et même de dénoncer sa laideur (Zola, Germinal ; Picasso, Guernica ; Rimbaud, « Le Dormeur du val »).
  • III. Sa véritable mission est peut-être de nous apprendre à mieux regarder le réel (Ponge, Van Gogh, la photographie de Bouchet).
  • Conclusion : bilan nuancé et ouverture.

3. Rédaction modèle

Devant un tas de pommes de terre, la plupart d’entre nous ne voient qu’un aliment ordinaire. Pourtant, Paul Fournel leur consacre un pantoum plein de fantaisie, et le photographe Pierre Bouchet en a fait le sujet d’une nature morte. L’art semble donc capable de rendre plus beau ce qui ne l’est pas. Mais la poésie, la littérature et l’art ont-ils vraiment pour mission d’embellir le réel ? Nous verrons d’abord qu’ils ont souvent ce pouvoir, puis qu’ils ont aussi le devoir de montrer le monde tel qu’il est, avant de nous demander si leur rôle n’est pas surtout de nous apprendre à mieux le regarder.

Tout d’abord, l’art possède le pouvoir de transformer le laid en beau. Dans « Une charogne », un poème des Fleurs du mal, Baudelaire décrit le cadavre d’un animal en décomposition au bord d’un chemin ; pourtant, grâce aux images et au rythme des vers, ce spectacle répugnant devient une œuvre fascinante. Le poète se vantait d’ailleurs d’avoir changé la boue en or. De plus, embellir le réel peut aider à le supporter. Dans le film La vie est belle, de Roberto Benigni, un père déporté avec son fils dans un camp de concentration lui fait croire que tout cela n’est qu’un grand jeu. Ce mensonge protège l’enfant de l’horreur : ici, embellir le réel, c’est un acte d’amour.

Cependant, si l’art ne faisait qu’embellir, il risquerait de mentir. Beaucoup d’artistes ont au contraire choisi de montrer la réalité dans toute sa dureté. Dans Germinal, Émile Zola décrit sans rien adoucir la misère des mineurs du Nord, la faim, le danger, l’épuisement. En peignant Guernica en 1937, après le bombardement d’une ville basque pendant la guerre d’Espagne, Picasso représente des corps déchirés, une mère hurlant avec son enfant mort, un cheval à l’agonie : son tableau n’embellit rien, il dénonce. Même la beauté peut servir cette dénonciation : dans « Le Dormeur du val », Rimbaud peint un paysage lumineux et paisible, où un jeune soldat semble dormir, avant de révéler dans le dernier vers les « deux trous rouges » qui montrent qu’il est mort. La beauté du décor rend la guerre encore plus révoltante.

Finalement, la mission de l’art n’est peut-être ni d’embellir ni de copier le réel, mais de nous apprendre à le voir. Dans Le Parti pris des choses, Francis Ponge observe un cageot, une huître ou un morceau de pain avec tant d’attention qu’on ne les regarde plus jamais de la même façon. Lorsque Van Gogh peint une paire de vieux souliers usés, il ne les rend pas neufs : il nous fait sentir la fatigue et la vie de celui qui les a portés. De même, Pierre Bouchet ne cache ni la terre ni les taches de ses pommes de terre ; c’est la lumière qui nous révèle leur beauté. L’artiste ne maquille pas le monde, il le révèle.

En conclusion, la poésie, la littérature et l’art peuvent embellir le réel, pour nous émerveiller ou nous consoler, mais ils ont aussi le devoir de dire la vérité, même lorsqu’elle est laide. Leur plus belle mission est sans doute de changer notre regard, pour que nous découvrions la beauté cachée dans les choses ordinaires et que nous ne fermions pas les yeux sur ce qui doit être dénoncé. Après avoir lu le pantoum de Paul Fournel, qui pourrait encore éplucher une pomme de terre sans sourire ?

Astuce. Un exemple ne rapporte des points que s’il est expliqué : donne le titre et l’auteur, dis en une phrase ce que montre l’œuvre, puis montre en quoi elle prouve ton argument. Deux exemples bien exploités valent mieux que cinq titres cités en passant.
Sujet d’imagination — S’adresser à un aliment pour révéler ses qualités (40 pts)

1. Analyse de la consigne

  • Type de texte : un texte poétique d’éloge, sur le modèle du « Pantoum Patate » (« À votre tour »). Il peut être écrit en vers libres, en vers rimés ou en prose poétique : la consigne n’impose pas de forme fixe. Le pantoum n’est pas obligatoire.
  • Situation d’énonciation : on s’adresse à l’aliment, comme le poète s’adresse à la pomme de terre : 1re personne (« je ») qui parle à la 2e personne (« tu »), avec des apostrophes (« Ô pain… »). Un texte qui parle de l’aliment à la 3e personne est hors sujet.
  • Contenu : révéler ses qualités : son aspect, son goût, son odeur, ses usages, les moments qu’il accompagne, ce qu’il représente. Choisis un aliment autre que la pomme de terre, que tu connais bien et qui t’inspire des images.
  • Exigences d’écriture : une langue poétique « attentive aux images » (comparaisons, métaphores, personnification), « aux effets de rythme » (anaphores, refrain, rythme ternaire, alternance de phrases longues et courtes) « et de sonorité » (allitérations, assonances, rimes éventuelles).
  • Temps : surtout le présent, celui de l’adresse et de l’éloge.
  • Longueur : « 35 lignes au moins », soit environ 400 mots : c’est une contrainte stricte.
  • Hors-sujets à éviter : une recette de cuisine, un récit sans adresse à l’aliment, un texte qui dénigre l’aliment, une simple liste de qualités sans travail poétique. Ne signe pas ton texte et ne cite aucun nom réel de camarade ou d’établissement.

2. Brouillon

  • Aliment choisi : le pain. Refrain qui revient comme dans le pantoum : « Pain, mon ami de chaque matin, je te salue. »
  • Mouvement 1 : sa naissance à l’aube au fournil ; sa croûte dorée qui « chante » (allitération en [k] et [r]).
  • Mouvement 2 : la mie (comparaisons : nuage, maison en hiver) et son parfum.
  • Mouvement 3 : sa modestie (quatre ingrédients) et ses formes variées.
  • Mouvement 4 : il accompagne tout le monde (anaphore « Tu… »), il se partage.
  • Chute : même rassis, il devient pain perdu ; refrain final élargi.

3. Rédaction modèle

Ode au pain

Pain, mon ami de chaque matin, je te salue.

Tu sors du four à l’heure où la ville dort encore, quand le boulanger, les bras blancs de farine, veille seul dans la lumière orange du fournil. Tu arrives tout chaud, tout fier, la croûte dorée comme un champ de blé en juillet, et tu chantes sous mes doigts : tu craques, tu crépites, tu croustilles. Pain, mon ami de chaque matin, je te salue.

Je t’ouvre, et ton cœur est un nuage. Ta mie blanche, tendre, tiède, fume doucement comme une maison en hiver. Je t’effleure, je te respire : tu sens la noisette, le grain, la paille et le soleil. Personne ne résiste à ton parfum, qui s’échappe de la boulangerie et court dans la rue pour retenir les passants par la manche.

Tu es modeste, pourtant. Tu ne portes ni sucre ni crème, ni couleurs éclatantes. Tu n’es que farine, eau, sel et levain, quatre fois rien, et de ce presque rien tu fais un trésor. Long et fin comme la baguette d’un chef d’orchestre, rond et lourd comme une lune de campagne, tressé, doré, semé de graines, tu changes de visage à chaque table.

Tu accueilles tout le monde. Tu te laisses beurrer par l’enfant pressé, tremper dans le chocolat fumant, frotter d’ail et d’huile d’olive au bord de la mer. Tu accompagnes le fromage, tu escortes la soupe, tu ramasses la dernière goutte de sauce au fond de l’assiette, ce petit geste défendu que tout le monde adore. Tu suis le randonneur dans son sac, l’ouvrier sur le chantier, l’écolier dans son cartable.

Et surtout, pain, tu te partages. On te rompt, on te tend, on te passe de main en main autour de la table. Tu es le premier cadeau qu’on offre à l’invité, le dernier morceau qu’on garde pour celui qui a faim. Depuis des siècles, les mots t’honorent : on « gagne son pain », on a « du pain sur la planche ». Tu es la récompense du travail, la promesse que demain il y aura encore de quoi manger.

Même rassis, tu ne nous abandonnes pas : tu deviens pain perdu, doré au beurre et poudré de sucre, et tu nous offres une seconde vie plus douce que la première.

Alors, chaque matin, quand j’entends ta croûte chanter sous le couteau, je pense au blé qui a dansé dans le vent, au meunier, au boulanger, à toutes les mains qui t’ont fait naître.

Pain, mon ami de chaque matin, pain du riche et du pauvre, pain de l’enfant et du vieillard, je te salue.

Procédés utilisés : apostrophe et tutoiement (« Pain, mon ami de chaque matin ») ; refrain repris trois fois, en écho au pantoum ; personnification (le pain « chante », le parfum « court dans la rue ») ; comparaisons et métaphores (« comme un champ de blé en juillet », « ton cœur est un nuage ») ; allitérations (« tu craques, tu crépites, tu croustilles ») ; rythmes ternaires (« blanche, tendre, tiède ») ; anaphore de « Tu » ; appel aux cinq sens.

Astuce. Un refrain qui revient au début, au milieu et à la fin donne immédiatement à ta copie un rythme poétique, comme les reprises du pantoum. Fais-le évoluer légèrement à la dernière occurrence pour finir en beauté.
Conseils pour le jour J

Les deux sujets s’appuient sur le « Pantoum Patate » : relis-le avant de choisir. Le sujet d’imagination convient si tu aimes jouer avec les mots ; le sujet de réflexion, si tu as en tête au moins trois œuvres précises (un poème, un roman, un tableau ou un film). Décide-toi en cinq minutes, pas plus.

Respecte la longueur : « 35 lignes au moins » pour l’imagination, « une trentaine de lignes au moins » pour la réflexion. Une copie trop courte est pénalisée, quelle que soit sa qualité. Garde un quart d’heure pour la relecture : accords, conjugaisons (attention au présent du 2e groupe : « tu frémis », « il frémit »), ponctuation.

Pour l’imagination, le jury attend des procédés visibles : apostrophe, comparaisons, métaphores, sonorités, rythme. Un texte simplement descriptif, même juste, ne rapporte pas tous les points. Pour la réflexion, une réponse nuancée (« oui, mais… ») avec des exemples expliqués est ce qui rapporte le plus.

Extrait du sujet (début du texte)

26GENFRRAN1 Page DIPLÔME NATIONAL DU BREVET SESSION 2026 FRANÇAIS RÉDACTION Série générale Durée : 1 h 30 (Coefficient 2) Dès que le sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Ce sujet comporte 2 pages numérotées de la page à la page . Vous composez pour cette partie sur une copie distincte et utilisez en support le sujet de la partie « grammaire et compétences linguistiques – compréhension et compétences d’interprétation » Cette épreuve est notée sur 40 points L’usage du dictionnaire est autorisé. L’usage de la calculatrice est interdit. 26GENFRRAN1 Page Rédaction Les candidats doivent composer, pour cette partie « Rédaction », sur une copie distincte et utilisent en support la partie « grammaire et compétences linguistiques – compréhension et compétences d’interprétation », comme précisé en page de garde. Vous traiterez à votre choix l’un des sujets suivants : Sujet de réflexion Selon vous, la poésie, la littérature et l’art ont-ils pour mission d’embellir le réel ? Vous présenterez votre réflexion dans un développement argumenté et organisé. Vous illustrerez votre propos à l’aide d’exemples issus de vos lectures et de votre culture artistique personnelle (cinéma, peinture, bande dessinée...). Vous traiterez le sujet en une trentaine de lignes au moins. Sujet d’imagination À votre tour, vous choisissez un aliment auquel vous vous adressez pour révéler ses qualités. Vous rédigerez ce texte dans une langue poétique, attentive aux images, aux effets de rythme et de sonorité. Vous traiterez le sujet en 35 lignes au moins. Afin de respecter l’anonymat de votre copie, vous ne devez pas signer votre composition, citer un nom, celui d’un camarade ou celui de votre établissement.

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