Annales du brevet · 2026 · Français (grammaire et compréhension)
Sujet du brevet 2026 de français grammaire-compréhension — Pays du groupe 1 (Série générale)
Corrigé
Compréhension et compétences d’interprétation — Un Lion et une Hyène évadés du Jardin des Plantes (Zola) et La Planète des Singes (32 pts)
1. Les deux étapes du texte peuvent recevoir les titres suivants.
- Lignes 1 à 15 : « La promenade des animaux évadés. » Le texte s’ouvre sur une évasion : les deux animaux « réussirent à ouvrir la porte de leur cage, fermée avec négligence » (l. 1-2). Ils profitent ensuite de leur liberté en flânant : ils « se promenèrent avec lenteur dans le Jardin » (l. 5-6), puis « se mirent à marcher de compagnie » (l. 8). Le passage se termine d’ailleurs par le projet d’une nouvelle promenade : « Je vous propose un bout de promenade dans la cage des hommes » (l. 14-15).
- Lignes 16 à 27 : « Des hommes en cage qui effraient les animaux. » Les hommes sont désormais présentés comme enfermés dans Paris, qui devient leur cage : « ils s’égorgent pour sûr dans leur cage » (l. 20). Le vacarme qu’ils font inquiète la Hyène, qui « s’arrêta court, écoutant avec inquiétude » (l. 16-17), puis « avait décidément peur » (l. 24).
2. a) Le caprice du Lion est de renverser les rôles : au lieu d’être regardé par les hommes, il veut aller les observer chez eux, c’est-à-dire dans Paris, « aller les regarder dans la leur » (l. 14), autrement dit dans leur cage. Deux raisons l’expliquent.
- Une revanche longuement mûrie. Depuis des années, il subit le regard des visiteurs : « Voici des années que les hommes viennent, comme des imbéciles, me regarder dans ma cage » (l. 12-13). Il veut leur rendre la pareille, et ce désir est ancien : « je me suis toujours promis de saisir la première occasion qui se présenterait » (l. 13). La porte mal fermée lui offre enfin cette occasion.
- L’ennui. Le Jardin des Plantes ne suffit plus aux deux animaux : « Le Jardin ne tarda pas à les ennuyer et à leur paraître bien petit » (l. 9). Ils cherchent donc « à quels amusements ils pourraient consacrer leur journée » (l. 10), et la visite des hommes en est un.
2. b) La proposition du Lion fait naître chez la Hyène de l’inquiétude, puis une véritable peur. Dès qu’elle entend le bruit de Paris, elle « s’arrêta court, écoutant avec inquiétude » (l. 16-17). Son exclamation « Bon Dieu ! » (l. 20) traduit son effroi, et le narrateur l’affirme clairement : « la Hyène avait décidément peur » (l. 24). Elle hésite même à suivre le Lion, comme le montre sa question : « Croyez-vous, demanda-t-elle, qu’il soit prudent de se hasarder là-dedans ? » (l. 25).
3. a) Le Lion parle de « la cage des hommes » parce qu’il voit la ville de Paris comme un enclos où les hommes vivent enfermés, exactement comme les animaux du zoo. C’est un renversement des rôles : ceux qui viennent regarder les bêtes en cage deviennent à leur tour des bêtes curieuses que l’on va observer. Cette image est ironique et critique : elle suggère que les hommes, entassés entre les murs de leur ville, ne sont pas plus libres que les animaux qu’ils enferment. Le Lion les juge d’ailleurs stupides, puisqu’en les imitant il accepte de « paraître aussi bête qu’eux » (l. 14). Le titre de la nouvelle, Une cage de bêtes féroces, le confirme : les bêtes féroces, ce sont les hommes.
3. b) Plusieurs passages des lignes 16 à 27 prolongent l’image d’une « cage des hommes » :
- « Paris, qui s’éveillait, se mit à rugir » (l. 16) : le verbe « rugir », qui désigne le cri du lion, transforme la ville en un fauve. Les habitants de Paris sont donc assimilés à des bêtes sauvages, dont on entend le cri depuis le zoo.
- « ils s’égorgent pour sûr dans leur cage » (l. 20) : la Hyène reprend le mot « cage » et imagine les hommes se battant à mort, comme des fauves enfermés ensemble.
- « quelque dompteur les tourmente peut-être » (l. 22-23) : le Lion emprunte le vocabulaire du cirque et de la ménagerie ; les hommes ont besoin d’un dompteur, comme des animaux captifs.
- On peut aussi citer « Ils doivent se mordre d’une belle façon » (l. 26-27) : les hommes sont imaginés se mordant comme des bêtes, et leur spectacle doit faire « rire » (l. 27) les animaux, comme les animaux en cage amusent les visiteurs.
4. Le narrateur rend le bruit de la ville sensible par plusieurs procédés.
- Un champ lexical du bruit très riche, associé à celui de la violence et de la souffrance. Le texte accumule les mots du son : « rugir » (l. 16), « La clameur » (l. 17), « sourde » (l. 17), « du bruit des voitures, des cris de la rue » (l. 18), « hurlements » et « râles » (l. 19), « tapage effroyable » (l. 22), « Le bruit croissait » (l. 24). Ces mots se mêlent à ceux de la douleur et de la colère : « fureur » et « agonie » (l. 19), « ils s’égorgent » (l. 20), « en colère » et « ils pleurent » (l. 21). Le bruit paraît ainsi immense et inquiétant, ce que soulignent les adjectifs « sourde et menaçante » (l. 17).
- Une longue phrase construite sur une énumération. La phrase des lignes 17 à 19 reprend le mot « clameur » (« La clameur de la ville… et cette clameur ») puis énumère tout ce qui la compose : « faite du bruit des voitures, des cris de la rue, de nos sanglots et de nos rires » (l. 18). Cette accumulation, qui mêle les machines et les émotions humaines, donne l’impression d’un vacarme qui enfle et ne s’arrête pas, d’autant que le verbe « montait » (l. 17) et la phrase « Le bruit croissait » (l. 24) traduisent une progression.
- Les types de phrases dans le dialogue. Le bruit est aussi rendu à travers la réaction des animaux : phrases exclamatives (« Bon Dieu ! », l. 20 ; « Bah ! », l. 26) et interrogatives (« Entendez-vous comme ils sont en colère et comme ils pleurent ? », l. 20-21). L’effroi de la Hyène fait mesurer au lecteur la force de ce vacarme.
5. Adopter le point de vue des animaux présente pour Zola un double intérêt.
D’abord, il offre un regard neuf et critique sur les hommes. Vus par le Lion et la Hyène, les hommes ne sont plus les maîtres du monde mais des bêtes curieuses : ils viennent « comme des imbéciles » (l. 12) regarder les animaux, et vivent eux-mêmes enfermés dans « la cage des hommes » (l. 15). Ce décalage permet de dénoncer la violence et la misère de la grande ville : la Hyène croit qu’« ils s’égorgent pour sûr dans leur cage » (l. 20), et la clameur de Paris est faite de « nos sanglots » (l. 18) et de « râles d’agonie » (l. 19). En se mettant à la place des animaux, l’auteur oblige le lecteur à se demander qui sont les véritables « bêtes féroces » du titre.
Ensuite, ce point de vue crée un effet comique qui rend la critique plus plaisante, à la manière d’une fable. Les animaux se conduisent comme des bourgeois polis : ce sont « deux honnêtes animaux » (l. 5) qui jouissent de la matinée « en braves gens » (l. 7) et se saluent « après les politesses d’usage » (l. 8) ; ils se vouvoient même (« Je vous propose », l. 14). Le Lion rassure la Hyène avec bonhomie : « ils ne vous mangeront pas, que diable ! » (l. 26), et promet que le spectacle des hommes « nous fera rire » (l. 27). Ce renversement amusant, où les fauves sont plus civilisés que les hommes, fait sourire le lecteur tout en l’amenant à réfléchir, comme les fables de La Fontaine qui se servent des animaux pour instruire les hommes.
6. Le photogramme de La Planète des Singes (1968, réalisé par Franklin Schaffner d’après le roman de Pierre Boulle) présente un renversement des rôles proche de celui du texte, mais poussé beaucoup plus loin.
- La composition de l’image est coupée en deux. À gauche, derrière les barreaux d’une cage faite de longues perches liées entre elles, se tiennent des hommes et une femme. À droite, au premier plan et hors de la cage, se trouvent trois singes. Les barreaux en diagonale enferment toute la moitié gauche de l’image : le regard du spectateur voit immédiatement qui est prisonnier et qui est libre.
- Les costumes et les attitudes inversent l’ordre habituel. Les humains sont à moitié nus, vêtus de haillons ou de peaux, pieds nus, les bras ballants : ils ressemblent à des bêtes capturées. Les singes, eux, se tiennent debout, portent de longs vêtements travaillés ; l’un d’eux, aux cheveux et à la barbe blancs, s’appuie sur une canne et semble parler à un autre singe. Ce sont eux qui ont les attributs de la civilisation.
- Le décor est naturel et sauvage (sol de sable, collines boisées à l’arrière-plan), en noir et blanc, loin de toute ville.
Points communs. Comme dans le texte de Zola, les hommes sont enfermés dans une cage et les animaux, libres, se comportent comme des êtres humains : ils parlent, sont habillés, gardent une attitude digne, de même que le Lion et la Hyène se parlent « en toute bonne amitié » (l. 8-9). Le texte et l’image renversent ainsi la relation entre l’homme et l’animal et invitent le spectateur à se demander ce que l’on ressent derrière les barreaux d’un zoo.
Différences. Chez Zola, la « cage des hommes » est une image : Paris n’est pas une vraie cage, et les animaux ne sont que deux évadés du zoo qui s’amusent. Dans le film, la cage est réelle et les singes sont devenus les maîtres d’un monde où les hommes sont des captifs. Le ton diffère aussi : le texte est humoristique et ironique (« cela nous fera rire », l. 27), alors que l’image, qui relève de la science-fiction, est plus inquiétante. Enfin, dans le texte ce sont les hommes qui effraient les animaux, tandis que sur l’image les hommes, soumis et silencieux, semblent à la merci des singes.
Grammaire et compétences linguistiques — Complément circonstanciel, conditionnel, formation des mots, réécriture (18 pts)
7. a) « un matin » est un groupe nominal (déterminant article indéfini « un » + nom commun « matin »). Sa fonction est complément circonstanciel de temps : il indique quand les animaux réussirent à ouvrir la porte de leur cage.
7. b) Deux manipulations permettent de trouver cette fonction.
- Le déplacement : « Un Lion et une Hyène du Jardin des Plantes réussirent, un matin, à ouvrir la porte de leur cage, fermée avec négligence. » Le groupe peut changer de place sans que la phrase devienne incorrecte : c’est le propre du complément circonstanciel.
- La suppression : « Un Lion et une Hyène du Jardin des Plantes réussirent à ouvrir la porte de leur cage, fermée avec négligence. » La phrase reste correcte et garde son sens principal : le complément n’est pas essentiel, il est circonstanciel.
On peut ajouter que le groupe répond à la question « quand ? » (quand réussirent-ils à ouvrir la porte ? un matin) : c’est donc un complément circonstanciel de temps.
8. a) « pourraient » est le verbe pouvoir conjugué au conditionnel présent, à la 3e personne du pluriel.
8. b) Il a ici une valeur de futur dans le passé. Le verbe principal « se demandèrent » est au passé simple, et la proposition « à quels amusements ils pourraient consacrer leur journée » (interrogative indirecte) évoque une action postérieure à ce moment passé. Au présent, on dirait : « ils se demandent à quels amusements ils pourront consacrer leur journée » ; transposé dans le passé, le futur devient un conditionnel présent (concordance des temps).
9. a) Le nom « lenteur » est un mot dérivé, formé sur l’adjectif « lent » (au féminin « lente ») auquel on ajoute le suffixe « -eur », qui sert à former des noms de qualité (comme « douceur » ou « grandeur »). Le suffixe change la classe du mot : l’adjectif devient un nom féminin.
9. b) Deux mots de la même famille : « lentement » et « ralentir » (on peut aussi citer « lent », « ralentissement », « ralenti »).
10. Passage réécrit (les mots modifiés sont en gras) :
« À ce moment, Paris, qui s’éveille, se met à rugir d’une telle force que la Hyène s’arrête court, écoutant avec inquiétude. Les clameurs de la ville montent, sourdes et menaçantes, et ces clameurs, faites du bruit des voitures, des cris de la rue, de nos sanglots et de nos rires, ressemblent à des hurlements de fureur et à des râles d’agonie. »
Changements effectués :
- Verbes au présent de l’indicatif : « s’éveillait » → « s’éveille » ; « se mit » → « se met » ; « s’arrêta » → « s’arrête » (3e personne du singulier : leurs sujets, « qui » mis pour « Paris », « Paris » et « la Hyène », ne changent pas) ; « montait » → « montent » et « ressemblait » → « ressemblent » (3e personne du pluriel, car leurs sujets sont désormais « Les clameurs » et « ces clameurs »).
- Accords dans le groupe nominal : « La clameur » → « Les clameurs » ; « cette clameur » → « ces clameurs » (déterminant démonstratif pluriel).
- Accords des adjectifs et du participe passé au féminin pluriel avec « clameurs » : « sourde et menaçante » → « sourdes et menaçantes » ; « faite » → « faites ».
Tu as 1 h 10 pour 50 points : garde au moins 25 minutes pour la grammaire, car la réécriture vaut 10 points à elle seule. Fais-la au brouillon : souligne d’abord les cinq verbes conjugués, puis les mots qui s’accordent avec « clameur » (« sourde », « menaçante », « cette », « faite »). Au propre, relis une dernière fois en vérifiant que tu n’as pas ajouté de -s à « écoutant » ni à « court ».
Toute la nouvelle repose sur un renversement : ce sont les hommes qui sont en cage et les animaux qui vont les regarder. Si tu as compris cela dès la première lecture, les questions 1, 3, 5 et 6 deviennent faciles. Méfie-toi du titre « Les hurlements des animaux » à la question 1 : les hurlements viennent de Paris, donc des hommes.
Les questions 5 et 6 valent 6 points chacune : elles demandent un vrai paragraphe par argument, avec des citations exactes et leurs numéros de ligne. Pour l’image, nomme trois éléments précis (la cage en diagonale à gauche, les singes habillés et debout à droite, les humains vêtus de haillons) avant de dire ce qui rapproche et ce qui distingue le film du texte de Zola.
Extrait du sujet (début du texte)
26GENFRQGCG11 Page DIPLÔME NATIONAL DU BREVET SESSION 2026 Dès que le sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Le sujet se compose de 5 pages numérotées de la page à la page . Vous rendez votre copie après la dictée et veillez à conserver ce sujet en support pour l’épreuve de rédaction Cette épreuve est notée sur 50 points L’usage du dictionnaire et de la calculatrice est interdit FRANÇAIS Grammaire et compétences linguistiques Compréhension et compétences d’interprétation Série générale Durée de l’épreuve : 1 h 10 (Coefficient 2) 26GENFRQGCG11 Page A. Texte littéraire Un matin, un Lion et une Hyène du Jardin des Plantes1 réussirent à ouvrir la porte de leur cage, fermée avec négligence. La matinée était blanche et un clair soleil luisait gaiement au bord du ciel pâle. Il y avait, sous les grands marronniers, des fraîcheurs pénétrantes, les fraîcheurs tièdes du printemps naissant. Les deux honnêtes animaux, qui venaient de déjeuner copieusement, se 5 promenèrent avec lenteur dans le Jardin, s’arrêtant de temps à autre, pour se lécher et jouir en braves gens des douceurs de la matinée. Ils se rencontrèrent au fond d’ une allée, et, après les politesses d’usage, ils se mirent à marcher de compagnie, causant en toute bonne amitié. Le Jardin ne tarda pas à les ennuyer et à leur paraître bien petit. Alors ils se demandèrent à quels amusements ils pourraient consacrer leur journée. 10 - Ma foi, dit le Lion, j’ai bien envie de contenter un caprice qui me tient depuis longtemps. Voici des années que les hommes viennent, comme des imbéciles, me regarder dans ma cage, et je me suis toujours promis de saisir la première occasion qui se présenterait, pour aller les regarder dans la leur, quitte à paraître aussi bête qu’eux... Je vous propose un bout de promenade dans la cage des hommes. 15 À ce moment, Paris, qui s’éveillait, se mit à rugir d’une telle force …
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