Annales du brevet · 2026 · Français (grammaire et compréhension)
Sujet du brevet 2026 de français grammaire-compréhension — Asie (Série générale)
Corrigé
Partie I — Compréhension et compétences d'interprétation (32 pts)
1) Le personnage principal est commandante de navire : elle est la capitaine qui dirige un bateau et tout son équipage. Le texte s'ouvre sur cette information : « Elle commande depuis plusieurs années, trois ans sur ce navire » (l. 1). La fin du texte confirme qu'elle occupe le sommet de la hiérarchie à bord : « Depuis qu'elle est celle qui donne les ordres et décide de la carrière des autres » (l. 29). On apprend aussi qu'elle a été formée avec des officiers : « La plupart des officiers, elle les connaît depuis l'école » (l. 6-7), l'École supérieure qui forme les officiers de la marine.
2) Deux éléments destinaient le personnage à une vie en mer.
- Son origine familiale : « Elle est fille de commandant » (l. 8). Elle a grandi dans le milieu de la navigation, si bien que « jamais il n'a été question d'une vie terrestre » (l. 8).
- Ce qu'elle a appris très tôt, au point que la mer fait partie de son identité : « dès le départ elle en a trop appris sur les bateaux pour se détourner de la mer » (l. 8-9). La comparaison « Elle appartient à l'eau comme d'autres ont la fierté d'origines lointaines » (l. 10) montre que la mer est pour elle comme un pays natal : ce choix est naturel, « Il n'y a jamais eu lieu de rompre, de rejeter » (l. 10-11).
3) Dans les lignes 15 à 31, le personnage rencontre plusieurs difficultés.
- Elle doit sans cesse prouver sa valeur face à des hommes qui la jugent : elle a « fait ses preuves sous les regards exigeants, parfois condescendants, méfiants » (l. 16-17). L'accumulation d'adjectifs montre qu'on la surveille et qu'on la méprise.
- Elle doit gagner sa place lentement, par l'effort, sans aucun avantage : « Elle n'a brûlé aucune étape » (l. 17) ; « Avec sérieux, de haute lutte, elle a conquis son autorité » (l. 19-20). L'expression « de haute lutte » et le verbe « conquis » présentent sa carrière comme un combat. Sa première traversée est d'ailleurs épuisante : « elle n'a presque pas dormi, elle était partout à la fois » (l. 21-22).
- Elle subit les moqueries et les préjugés de ses collègues : « On souriait quand elle tournait le dos, on ne donnait pas long de sa carrière, de sa santé » (l. 22-23) ; on prétendait qu'« elle n'avait pas les bras costauds, ni les bonnes hormones » (l. 26). La tension va même jusqu'au conflit physique : « Une seule fois, elle a serré le poing pour se battre » (l. 27).
4) Le principal obstacle rencontré par le personnage est le préjugé sexiste de son entourage : les marins pensent qu'une femme n'a pas sa place à la tête d'un navire. Deux procédés le montrent.
- Le pronom indéfini « on » et la répétition (anaphore) de « On disait » (l. 23 et l. 25), suivis d'une accumulation de propositions subordonnées complétives (« que le goût du métier d'homme finirait par lui passer, que quelqu'un saurait la retenir à terre », l. 24-25, « que pour le long cours elle n'avait pas les bras costauds », l. 26). Le « on » désigne un groupe anonyme et collectif : ce ne sont pas un ou deux hommes, c'est tout le milieu qui répète les mêmes rumeurs, souvent derrière son dos (« quand elle tournait le dos », l. 23). La répétition et l'accumulation au discours indirect donnent l'impression d'un bavardage sans fin, d'un mur de préjugés qu'elle doit affronter.
- L'opposition (antithèse) entre « le métier d'homme » (l. 24) et « ce que les femmes commandent » (l. 25), avec un jeu sur le verbe « commander ». Pour les marins, commander un navire serait réservé aux hommes, et la place d'une femme serait « à terre, dans une maison » (l. 25), où elle ne « commanderait » que des achats ou des repas. Le double sens du verbe « commander » (donner des ordres / passer une commande) rend ce cliché ridicule : la narratrice se moque des préjugés qu'elle rapporte. La négation « elle n'avait pas les bras costauds, ni les bonnes hormones » (l. 26) va dans le même sens : ces arguments physiques et pseudo-scientifiques réduisent la femme à son corps et nient ses compétences.
On peut aussi relever l'imparfait d'habitude (« souriait », « disait », « donnait ») : ces remarques se répétaient sans cesse. L'obstacle n'est donc pas la mer ni le métier, mais le regard des autres.
5) Le parcours du personnage constitue un exemple positif pour deux raisons.
D'abord, sa réussite repose uniquement sur le mérite et le travail. Elle a appris patiemment auprès des plus expérimentés : « Elle a observé le travail des autres, des hommes, avant elle, elle a appris tout ce qu'il faut apprendre » (l. 15-16). Elle refuse tout passe-droit : « Elle n'a brûlé aucune étape, elle est étrangère à l'idée de privilège » (l. 17-18). Son autorité n'est pas un cadeau mais une victoire : « Avec sérieux, de haute lutte, elle a conquis son autorité » (l. 19-20). Elle montre ainsi qu'avec de la persévérance, on peut atteindre le poste le plus élevé, même dans un milieu hostile.
Ensuite, elle a fait reculer les préjugés et ouvert la voie aux femmes. Ceux qui se moquaient d'elle se sont tus : « Depuis qu'elle est celle qui donne les ordres et décide de la carrière des autres, on ne dit plus rien » (l. 29-30). Sa réussite a changé les mentalités : « le féminin a fait son chemin dans les esprits, est entré dans les histoires comme le surnom d'autres marins célèbres » (l. 30-31). Elle devient un modèle, presque une légende, comme les grands marins. Son exemple prouve qu'un « métier d'homme » (l. 24) peut être exercé par une femme, et il peut encourager d'autres femmes à oser.
6) Le texte et l'image présentent plusieurs liens.
- Le même métier : commandant de navire. La photographie en noir et blanc de Bruce Beveridge montre, selon sa légende, « Le commandant Edward John Smith, commandant du navire « Le Titanic » », vers 1911. On reconnaît son métier à son uniforme blanc, à sa casquette d'officier ornée d'un insigne et d'une visière brodée, aux galons de ses épaulettes. Il pose sur le pont du navire : on voit derrière lui la superstructure blanche du bateau avec ses hublots et ses fenêtres, des chaises longues, et devant lui le bastingage et les lattes de bois du pont. Le personnage du texte exerce la même fonction : « Elle commande depuis plusieurs années, trois ans sur ce navire » (l. 1).
- L'autorité du commandant. L'homme se tient bien droit, les bras croisés, le regard sérieux tourné vers le lointain : sa posture exprime l'assurance et le pouvoir de celui qui dirige. Le texte insiste lui aussi sur l'autorité de la commandante, « celle qui donne les ordres et décide de la carrière des autres » (l. 29), une autorité qu'elle « a conquis[e] » (l. 20). Sa barbe blanche suggère l'expérience accumulée, comme les années de mer qui ont donné à l'héroïne « un âge, une densité » (l. 14).
- Une opposition : l'image traditionnelle du commandant face à une femme. La photographie montre l'image classique, ancienne, du capitaine : un homme âgé et barbu, au début du XXe siècle. C'est exactement le modèle qui alimente les préjugés du texte, pour lesquels commander un navire est un « métier d'homme » (l. 24). Le texte montre au contraire une femme qui occupe ce poste et finit par entrer, elle aussi, « dans les histoires comme le surnom d'autres marins célèbres » (l. 30-31). Le commandant Smith est justement l'un de ces marins célèbres, puisque son nom reste attaché au naufrage du Titanic en 1912. L'image représente donc la tradition masculine du métier, et le texte la façon dont une femme s'y fait une place.
Partie II — Grammaire et compétences linguistiques (18 pts)
7) a. Le groupe souligné « que le travail l'apaise » est complément d'objet direct (COD) du verbe « a découvert ». C'est une proposition subordonnée conjonctive complétive, introduite par la conjonction de subordination « que ». (Le groupe « le temps rassurant du labeur » qui suit est une apposition au nom « travail ».)
7) b. Deux manipulations le prouvent.
- La pronominalisation : on peut remplacer la subordonnée par le pronom personnel COD « l' » (« le »), placé devant le verbe : « Elle l'a découvert. » Seul un COD peut être remplacé par ce pronom.
- Le remplacement par un groupe nominal : on peut substituer à la subordonnée un GN COD : « Elle a découvert cela » ou « Elle a découvert l'apaisement du travail ». La subordonnée occupe donc la place d'un GN COD, directement rattaché au verbe, sans préposition.
On peut aussi poser la question « Elle a découvert quoi ? » → « que le travail l'apaise », et constater que la subordonnée ne peut pas être déplacée en tête de phrase (« *Que le travail l'apaise, elle a découvert » est incorrect), ce qui exclut un complément circonstanciel.
8) a. Les deux propositions sont juxtaposées (reliées par une simple virgule). La seconde explique la première : si elle n'a brûlé aucune étape, c'est parce qu'elle refuse tout privilège. La relation logique est donc une relation de cause (la seconde proposition exprime la cause, la première la conséquence).
8) b. Avec une conjonction de coordination : « Elle n'a brûlé aucune étape car elle est étrangère à l'idée de privilège, à autre chose qu'au lent respect des procédures. »
Avec une conjonction de subordination : « Elle n'a brûlé aucune étape parce qu'elle est étrangère à l'idée de privilège, à autre chose qu'au lent respect des procédures. »
9) a. Le mot « surnom » est formé par dérivation : le préfixe « sur- » (qui signifie « au-dessus, en plus ») est ajouté au radical « nom ».
9) b. Un surnom est un nom ajouté au véritable nom d'une personne, souvent pour évoquer une de ses qualités, un exploit ou un trait de caractère, et par lequel on la désigne familièrement. Dans le texte, le féminin est entré dans les récits des marins comme ces noms qui rendent célèbres les grands navigateurs.
9) c. Nom commun de la même famille : « nom » (on accepte aussi « prénom », « renom », « nomination »). Verbe de la même famille : « surnommer » (ou « nommer »).
10) Réécriture (mots modifiés en gras) :
« Elles n'ont brûlé aucune étape, elles sont étrangères à l'idée de privilège, à autre chose qu'au lent respect des procédures. Elles ont découvert que le travail les apaise, le temps rassurant du labeur. Avec sérieux, de haute lutte, elles ont conquis leur autorité. »
Changements : les pronoms sujets « elle » deviennent « elles » ; les auxiliaires « a » deviennent « ont » (passé composé : « n'ont brûlé », « ont découvert », « ont conquis ») ; « est » devient « sont » ; l'attribut « étrangère » s'accorde au féminin pluriel : « étrangères » ; le pronom COD « l' » devient « les » ; le déterminant possessif « son » devient « leur » (« leur autorité » reste au singulier : chacune a son autorité).
Ce sujet est très lisible : un texte court sur une femme commandante de navire, et une photographie d'un commandant célèbre. Les questions 3, 4, 5 et 6 valent 6 points chacune : ce sont elles qui font la note. Pour chacune, respecte exactement le nombre d'éléments demandés (trois difficultés, deux procédés, deux arguments, trois liens) et appuie chaque élément sur une citation courte, entre guillemets, avec sa ligne. Ne recopie pas des phrases entières : choisis les mots qui prouvent ton idée.
À la question 4, on attend le nom précis des procédés (pronom indéfini « on », anaphore, antithèse, imparfait d'habitude…) puis leur effet : nommer sans expliquer ne rapporte que la moitié des points. À la question 6, décris vraiment la photographie (uniforme, casquette, bras croisés, pont du navire, légende et date) avant de la relier au texte, et pense au lien d'opposition (un homme / une femme) : c'est le plus intéressant.
La réécriture vaut 10 points sur 18 : garde au moins dix minutes pour elle et relis chaque mot. Les fautes classiques ici : oublier le s d'« étrangères », oublier de changer « l'apaise » en « les apaise », ou accorder à tort les participes passés employés avec avoir.
Extrait du sujet (début du texte)
26GENFRQGCAA1 Page DIPLÔME NATIONAL DU BREVET SESSION 2026 FRANÇAIS Grammaire et compétences linguistiques Compréhension et compétences d’interprétation Série générale Durée de l’épreuve : 1 h 10 (Coefficient 2) Dès que le sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Le sujet se compose de 5 pages numérotées de la page à la page Vous rendez votre copie après la dictée et veillez à conserver ce sujet en support pour l’épreuve de rédaction Cette épreuve est notée sur 50 points L’usage du dictionnaire et de la calculatrice est interdit. 26GENFRQGCAA1 Page Compréhension et compétences d’interprétation Grammaire et compétences linguistiques A- Texte littéraire Elle commande depuis plusieurs années, tr ois ans sur ce navire, avec de nouvelles équipes régulièrement et plusieur s mois à terre entre deux convoyages, cette autre vie qu’elle oublie, à peine montée sur le bateau, à peine son sac posé dans sa cabine. Sur ce trajet la route est facile , surtout en cette saison. L’aventure, c’était 5 pour ses lectures d’étudiante, pour les récits qu’elle invente dans les soirées à terre, quand on réussit à la faire parler d’elle. La plupart des officiers, elle les connaît depuis l’école1, ils fonctionnent ensemble sans trop avoir à dire. Elle est fille de commandant, et jamais il n’a été question d’une vie terrestre, dès le départ elle en a trop appris sur les bateaux pour se détourner de la mer. 10 Elle appartient à l’eau comme d’autres ont la fierté d’origines lointaines. Il n’y a jamais eu lieu de rompre, de rejeter. Elle a fait le choix de la navigation, ce savoir d’êtres humains, le choix des bricolages antiques et des machines modernes, des chiffres et des sensations, des abstractions cosmiques et du soleil au visage. Ce qui lui a donné un âge, une densité. 15 Elle a observé le travail des autres, des hommes, avant elle, elle a appris tout ce qu’il faut apprendre et fait ses preuves sous …
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