Je réserve ici

Annales du brevet · 2026 · Français (grammaire et compréhension)

Sujet du brevet 2026 de français grammaire-compréhension — Métropole (Série générale)

Français (grammaire et compréhension) · Série générale · Métropole · session 2026 · 5 pages · source : Eduscol (ministère de l'Éducation nationale)

Corrigé

Corrigé détaillé rédigé par Ben, professeur particulier. Chaque question est justifiée comme on l'attend le jour de l'épreuve.

Partie I — Compréhension et compétences d’interprétation (32 pts)

1. Le texte peut être découpé en quatre parties, auxquelles on peut donner les titres suivants :

  • Lignes 1 à 17 : « L’attente angoissée d’un ennemi invisible ». Seul dans la nuit, le narrateur est persuadé qu’un homme se trouve tout près de lui et guette en vain le moindre signe de sa présence.
  • Lignes 18 à 32 : « Une fausse alerte ». Le bruit d’herbe qu’il attribuait à des Allemands rampant vers lui venait en réalité de sa propre baïonnette, agitée par sa main tremblante ; soulagé, il se moque de sa peur.
  • Lignes 33 à 36 : « L’ennemi était bien là ». Un coup de feu part soudain vers son visage ; le narrateur riposte au fusil et à la grenade contre des soldats qui s’enfuient.
  • Ligne 37 : « Le retour au calme ». La nuit redevient paisible, comme si rien ne s’était passé.

2. Dans les lignes 1 à 17, le narrateur éprouve une peur intense, une véritable angoisse, qui le plonge dans un état d’extrême tension. Il le dit lui-même : « J’aurais crié de frayeur » (l. 5). Le mot « frayeur » désigne une peur violente, et le conditionnel passé montre qu’il se retient à grand-peine de hurler. Cette peur se lit aussi dans les réactions de son corps : « Le sang me montait à la tête. Je sentais mon cœur battre » (l. 8), puis « Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates » (l. 11). Le cœur qui bat et la sueur froide traduisent une angoisse que rien ne vient apaiser, puisque le narrateur attend sans rien voir ni entendre.

3. Dans les lignes 14 à 20, le narrateur rend compte de son inquiétude par deux procédés principaux.

  • Des phrases très courtes, non verbales, et la répétition du mot « Rien ». Les lignes 15 à 17 forment trois paragraphes d’un ou deux mots : « Rien. / Toujours rien. / Rien. » Le mot est encore répété à la ligne 18 (« Rien. ») et à la ligne 19 (« Attention. Rien. »). Ces phrases nominales, isolées sur la page, créent un rythme haché qui mime l’attente interminable et le silence oppressant de la nuit ; l’adverbe « Toujours » souligne que le temps s’étire. Le lecteur partage ainsi l’inquiétude du soldat, qui guette un danger qui ne se montre pas, alors qu’il s’attend, dit-il, « à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre » (l. 14).
  • Les points de suspension et la modalisation. Dans « Mais si… J’entends comme un bruit d’herbe froissée… On s’approche en rampant… Ils doivent être deux ou trois… » (l. 19-20), chaque phrase est interrompue par des points de suspension : ces phrases inachevées traduisent le souffle retenu du narrateur et des perceptions fragmentaires, qu’il interprète au fur et à mesure. Ses certitudes restent incertaines : « comme » indique une approximation (ce n’est peut-être pas un bruit d’herbe), le verbe « doivent » exprime une simple supposition, et le pronom indéfini « On » montre que l’ennemi n’est pas identifié. L’inquiétude naît précisément de ce qu’il ne sait pas ce qui l’entoure.

On peut aussi relever le passage au présent à la ligne 19 (« J’entends »), après les verbes au passé simple de la ligne 18 : le lecteur vit la scène en même temps que le narrateur, comme s’il était à ses côtés.

4. Dans les lignes 20 à 32, le narrateur essaie de se rassurer de plusieurs façons.

  • Il se raisonne. Il tire une conclusion logique de ce qu’il entend : « S’ils viennent, si je les entends, le danger est moins proche que je ne le croyais » (l. 21-22). Les propositions de condition introduites par « si » montrent qu’il construit un raisonnement : un ennemi qu’on entend approcher est moins inquiétant que cet « ennemi invisible » (l. 22) qu’il croyait tout près de lui.
  • Il se prépare à se défendre et reprend confiance. Il affronte la menace avec une forme de défi : « Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer… » (l. 24). Le fait d’avoir une action à accomplir, viser et tirer, l’aide à dominer sa peur.

Enfin, une fois qu’il a compris que le bruit venait de sa baïonnette, il se moque de lui-même pour dédramatiser : « — Pauvre Blaise, me dis-je, en me détendant, tu as eu une sacrée frousse ! … » (l. 32). Il se parle comme à un camarade, en se tutoyant, avec des mots familiers (« sacrée frousse ») : l’humour lui permet de relâcher la tension.

5. Tout au long du texte, le narrateur entretient le doute sur la présence d’un ennemi.

  • Ses sens ne perçoivent rien, alors qu’il est sûr que l’ennemi est là. Il oppose sans cesse ce qu’il perçoit et ce qu’il ressent : « Je ne voyais rien, mais j’étais sûr qu’un homme était là » (l. 3-4). Il s’interroge d’ailleurs lui-même : « Étais-je victime d’une illusion des sens ? » (l. 3). Cette question, qui reste sans réponse, laisse le lecteur hésiter entre une présence réelle et une hallucination due à la peur.
  • Il modalise tout ce qu’il dit de l’ennemi. Il n’affirme jamais rien avec certitude : « J’avais l’impression qu’un homme avait bougé » (l. 1-2), « il devait m’entendre respirer » (l. 12), « cet ennemi invisible dont j’ai cru deviner la présence » (l. 22-23). Les mots « impression », « devait », « cru deviner » montrent que l’ennemi n’existe peut-être que dans son imagination ; l’adjectif « invisible » le confirme.
  • Il construit un récit à rebondissements. Le bruit d’herbe, qui semblait prouver l’approche des Allemands, se révèle être causé « par la pointe de ma baïonnette » (l. 28) : le lecteur croit alors que l’ennemi était imaginaire. Mais aussitôt, « à l’instant même me partit en plein visage un coup de feu » (l. 33) : l’ennemi était donc bien là. Même à ce moment, il reste invisible, puisque le narrateur ne perçoit qu’« une galopade de bottes » (l. 34), un bruit dans le noir. Ces retournements maintiennent le doute jusqu’à la fin.

6. Ce photogramme en noir et blanc, tiré du film Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957), illustre en grande partie le texte de Blaise Cendrars, même si certains détails diffèrent.

  • Le même cadre : un soldat de la Première Guerre mondiale. On voit au premier plan un soldat français coiffé du casque de l’époque, orné d’un insigne, et vêtu d’une capote d’uniforme, dans un paysage de terre retournée et d’arbres brisés à l’arrière-plan. Ce décor de champ de bataille correspond au texte, qui évoque un soldat mobilisé en 1914-1918, au contact des « Allemands » (l. 27), avec son « fusil » (l. 1), sa « baïonnette » (l. 28) et ses « grenades » (l. 35).
  • La même position et la même tension. Le soldat est allongé, le corps plaqué contre la pente, comme s’il rampait : cela rappelle le narrateur qui écrit : « Je collai mon oreille au sol » (l. 18), et redoute qu’on s’approche « en rampant » (l. 20). Son visage, filmé en gros plan, est crispé : sourcils froncés, yeux grands ouverts, regard fixé devant lui, une arme de poing à la main, prête à servir. Cette expression traduit la vigilance et la peur décrites dans le texte : « ma tension était aiguë » (l. 9), « prêt à tirer » (l. 1 et l. 24).
  • Un ennemi qu’on ne voit pas. Le soldat regarde vers un point situé hors du cadre : le danger n’apparaît pas dans l’image. Le spectateur, comme le lecteur, ignore ce qui menace le personnage, ce qui rejoint l’« ennemi invisible » (l. 22) du texte.

L’image ne correspond pourtant pas en tout point au récit. Elle est assez claire, alors que la scène du texte se déroule « dans le noir » (l. 22) ; le soldat tient une arme de poing et non un fusil à baïonnette ; enfin, on devine en haut de l’image le bras d’un autre soldat, alors que le narrateur est seul en éclaireur. Le photogramme illustre donc bien l’atmosphère de peur et de vigilance du texte, mais pas la situation exacte de cette nuit.

Astuce. « Dans quelle mesure » invite à nuancer : donne d’abord les points communs (au moins deux, avec une citation du texte et un détail précis de l’image pour chacun), puis termine par une ou deux différences. Pour décrire l’image, utilise le vocabulaire de l’analyse : premier plan, arrière-plan, gros plan, hors-champ, noir et blanc.
Partie II — Grammaire et compétences linguistiques (18 pts)

7. a) Les verbes conjugués sont « entends » (verbe « entendre », dans « J’entends ») et « s’approche » (verbe pronominal « s’approcher », dans « On s’approche »). Ils sont tous deux conjugués au mode indicatif, au présent.

« Rampant », dans « en rampant », n’est pas un verbe conjugué : c’est un gérondif (« en » + participe présent), une forme non conjuguée du verbe.

7. b) Il s’agit d’un présent de narration (ou présent historique). Le récit est mené au passé, comme le montrent les verbes au passé simple juste avant (« j’osai bouger », « Je collai mon oreille au sol », l. 18), puis le narrateur passe brusquement au présent. Ce présent rend la scène plus vivante et plus intense : le lecteur découvre le bruit au moment même où le narrateur le perçoit, comme s’il vivait l’action avec lui.

8. a) « les » est un pronom personnel (pronom personnel complément de la 3e personne du pluriel). Il reprend le groupe nominal « Les autres », c’est-à-dire les autres soldats ennemis.

8. b) Il est complément d’objet direct (COD) du verbe « attends ». On le vérifie en remplaçant le pronom par le groupe qu’il reprend : « j’attends les autres » ; on attend qui ? les autres. Le complément est construit sans préposition : c’est un COD.

⚠ Piège. Ne confonds pas ce « les » avec l’article défini « Les » de « Les autres ». Un article accompagne un nom ; ici, « les » est placé devant un verbe conjugué (« attends ») et remplace un groupe nominal : c’est un pronom.

9. a) Le mot « invisible » est formé de trois éléments :

  • le préfixe « in- », qui exprime la négation, le contraire ;
  • le radical « vis- », qui renvoie à l’idée de voir (on le retrouve dans « vision ») ;
  • le suffixe « -ible », qui exprime la possibilité (« qui peut être… »).

9. b) « Invisible » signifie « qui ne peut pas être vu ». L’ennemi est invisible parce que le narrateur, dans le noir, ne le voit pas, tout en étant persuadé de sa présence. Mots de la même famille : visible, invisibilité, visibilité, vision.

10. Réécriture (les mots modifiés sont en gras) :

« nous les attendons, prêts à tirer… et c’est alors que concentrant toute notre attention sur notre index placé sur la gâchette, c’est alors que nous nous rendons compte que notre main tremble nerveusement et que ce bruit d’herbe foulée, que nous prenions pour l’approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers nous, était causé par la pointe de notre baïonnette »

Modifications : « je » devient « nous » ; les verbes se conjuguent à la 1re personne du pluriel (« attends » → « attendons », « me rends » → « nous rendons », avec le pronom réfléchi « nous » du verbe pronominal « se rendre compte », « prenais » → « prenions ») ; l’adjectif « prêt », qui se rapporte à « nous », passe au masculin pluriel (« prêts ») ; les déterminants possessifs « mon » et « ma » deviennent « notre » ; le pronom « moi » devient « nous ».

Restent inchangés : « les » (il désigne les ennemis), « tremble » (son sujet est « notre main »), « était causé » (son sujet est « ce bruit ») et « rampant » (participe présent, invariable).

On peut aussi considérer que chaque soldat a son index, sa main et sa baïonnette et mettre ces noms au pluriel ; il faut alors faire tous les accords de façon cohérente : « sur nos index placés sur la gâchette », « que nos mains tremblent nerveusement », « par la pointe de nos baïonnettes » (« index » ne change pas au pluriel).

⚠ Piège. Avec le verbe pronominal « se rendre compte », il faut deux fois « nous » : « nous nous rendons compte ». Oublier le second « nous » ou écrire « nous rendons compte » coûte des points. Vérifie aussi l’imparfait « prenions », avec -ions.
Conseils pour le jour J

Tu as 1 h 10 pour 50 points : garde au moins 25 minutes pour la grammaire et surtout pour la réécriture, qui vaut 10 points à elle seule. Commence par relire le texte en entier en suivant les numéros de lignes : les questions 1 à 5 suivent l’ordre du récit, et la chute (le coup de feu de la ligne 33) éclaire tout le reste, notamment la question 5 sur le doute.

Compte tes éléments : le sujet demande « deux éléments », « deux citations », « trois éléments justifiés chacun par une citation ». Pour chaque élément, une idée claire, une citation courte et exacte entre guillemets avec le numéro de ligne, puis une phrase d’analyse. À la question 3, le correcteur attend des procédés nommés précisément (phrases non verbales, répétition, points de suspension, modalisation), pas seulement une paraphrase.

Pour la question sur l’image (8 points, la plus lourde), décris ce que tu vois vraiment : position du soldat, expression du visage, casque, arme, décor, cadrage. Puis relie chaque détail à une citation du texte, et nuance à la fin, puisque l’image ne montre ni la nuit ni un soldat seul.

Extrait du sujet (début du texte)

26GENFRQGCME1 DIPLÔME NATIONAL DU BREVET SESSION 2026 FRANÇAIS Grammaire et compétences linguistiques Compréhension et compétences d’interprétation Série générale Durée de l’épreuve : 1 h 10 (Coefficient 2) Dès que le sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Le sujet se compose de 5 pages numérotées de la page à la page . Vous rendez votre copie après la dictée et veillez à conserver ce sujet en support pour l’épreuve de rédaction. Cette épreuve est notée sur 50 points L’usage du dictionnaire et de la calculatrice est interdit. 26GENFRQGCME1 A. Texte littéraire Blaise Cendrars raconte un souvenir de la Première Guerre mondiale durant laquelle il a été mobilisé. Une nuit, il part en éclaireur, seul, pour repérer l’emplacement des tranchées allemandes. Tout à coup je saisis mon fusil, prêt à tirer. J’avais l’impression qu’un homme avait bougé, là, en face de moi. Étais-je victime d’une illusion des sens ? Je ne voyais rien, mais j’étais sûr qu’un homme était là. Je bandais toutes mes facultés1. J’aurais crié de frayeur. Je ne voyais rien, je 5 n’entendais rien, je ne percevais rien. J’attendis longtemps. Le sang me montait à la tête. Je sentais mon cœur battre. La vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë. J’étais sûr qu’il était là. 10 Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates. Il était si proche qu’il devait m’entendre respirer puisque je m’entendais respirer, moi. Comme moi, il devait être saisi. Je m’attendais à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre. Rien. 15 Toujours rien. Rien. Au bout d’un long moment, j’osai bouger. Je collai mon oreille au sol. Rien. Attention. Rien. Mais si… J’entends comme un bruit d’herbe froissée… On s’approche en rampant… Ils doivent être deux ou trois… Alors, je pousse un soupir de 20 soulagement. S’ils viennent, si je les entends, le danger est moins proche que je ne le croyais, …

Autres sujets de français grammaire-compréhension du brevet

AnnéeCentreSérie
2026Amérique du NordSérie générale
2026AsieSérie générale
2026Pays du groupe 1Série générale
2025Amérique du NordSérie générale
2025Antilles, Guyane (remplacement)Série générale
2025Antilles, GuyaneSérie générale
2025AsieSérie générale
2025Métropole (remplacement)Série générale
2025MétropoleSérie générale
2025Nouvelle-CalédonieSérie générale

Tous les sujets du brevet →

Besoin d'un coup de main ?

Accompagnement en tête-à-tête, à Marseille ou en visio — du CE2 à la Terminale. Premier cours sans engagement, bilan de départ offert.

Cours particuliers au collège · Au lycée · Aide aux devoirs