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Annales du brevet · 2026 · Français (grammaire et compréhension)

Sujet du brevet 2026 de français grammaire-compréhension — Amérique du Nord (Série générale)

Français (grammaire et compréhension) · Série générale · Amérique du Nord · session 2026 · 6 pages · source : Eduscol (ministère de l'Éducation nationale)

Corrigé

Corrigé détaillé rédigé par Ben, professeur particulier. Chaque question est justifiée comme on l'attend le jour de l'épreuve.

Compréhension et compétences d’interprétation — Un pantoum à la gloire de la pomme de terre (32 pts)
⚠ Piège. Dans la marge du sujet, les chiffres sont décalés d’un vers : le « 5 » est imprimé en face du 4e vers, le « 10 » en face du 9e. Les questions, elles, comptent les vers réellement (« Patate universelle » est aux vers 6 et 9, « En petits cubes » au vers 11). Ce corrigé suit le même décompte que les questions : le poème compte 24 vers.

1. a) Ce texte appartient au genre de la poésie. Trois éléments le montrent :

  • la disposition en vers et en strophes : chaque ligne commence par une majuscule et revient à la ligne avant la fin de la page ; les 24 vers sont regroupés en six strophes de quatre vers, des quatrains ;
  • les rimes, qui sont croisées (ABAB) : « oie » (v. 1) rime avec « bois » (v. 3), « terre » (v. 2) avec « débonnaire » (v. 4), « universelle » (v. 6) avec « rondelles » (v. 8) ;
  • le rythme régulier : la plupart des vers sont des octosyllabes (vers de huit syllabes), comme « Tu frémis dans la graisse d’oie » (v. 1) ou « Joie du bébé, joie du gourmet » (v. 16).

On peut ajouter que le titre lui-même, « Pantoum Patate », annonce une forme poétique fixe, et que le texte joue sur les sonorités et les images (la pomme de terre est tutoyée comme une personne).

1. b) Le pantoum, forme d’origine malaise acclimatée en France au XIXe siècle, se reconnaît à deux éléments :

  • il est composé de quatrains à rimes croisées (ici six quatrains, rimes ABAB) ;
  • surtout, les vers 2 et 4 de chaque strophe sont repris comme vers 1 et 3 de la strophe suivante. Ainsi, « Je te salue pomme de terre » (v. 2) revient au vers 5, et « Ma nourriture débonnaire » (v. 4) au vers 7 ; de même, « Je te farcis et je t’écrase » (v. 10) est repris au vers 13. Les strophes s’enchaînent donc comme les maillons d’une chaîne.

Paul Fournel prend une petite liberté : le vers 8, « En fines frites ou en rondelles », est légèrement modifié au vers 11 (« En petits cubes et en rondelles »).

2. Le « je », c’est-à-dire le poète, s’adresse directement à la pomme de terre, comme à une personne. Il la tutoie du début à la fin : « Tu frémis dans la graisse d’oie » (v. 1), « Je t’offre noix de beurre et lait » (v. 14). Il l’interpelle aussi par des apostrophes, dont l’une est exclamative : « Je te salue pomme de terre » (v. 2), « Patate universelle ! » (v. 6). Sa manière est à la fois affectueuse et admirative : le tutoiement et le mot familier « Patate » expriment une grande proximité, tandis que la formule « Je te salue » est un salut solennel, presque une prière, qui rend hommage à la pomme de terre. Le poème prend ainsi la forme d’un éloge.

3. La pomme de terre est qualifiée d’« universelle » pour deux raisons :

  • on la mange partout dans le monde, de part et d’autre de l’Atlantique : « Que tu sois d’Amiens ou de Boise » (v. 12) rapproche une ville française et une ville américaine, et le poète affirme que « Le monde entier en redemande » (v. 20) ;
  • elle plaît à tout le monde, à tous les âges et à tous les goûts : elle est « Joie du bébé, joie du gourmet » (v. 16), c’est-à-dire aussi bien de l’enfant qui mange une purée que du fin connaisseur, et « Il t’aime vieille ou bien nouvelle » (v. 24).

On peut ajouter qu’elle s’adapte à toutes les préparations : « En fines frites ou en rondelles » (v. 8), « Je te farcis et je t’écrase » (v. 10).

4. Plusieurs procédés d’écriture révèlent l’importance accordée à la pomme de terre.

Le premier est la personnification. La pomme de terre est tutoyée et devient le sujet de verbes qui conviennent à un être vivant : « Tu frémis dans la graisse d’oie » (v. 1), « Tu mollis dans le feu de bois » (v. 3), « Tu te saisis du jus de viande » (v. 18). Elle reçoit même une qualité morale humaine : elle est « Ma nourriture débonnaire » (v. 4), c’est-à-dire d’une bonté extrême. Effet produit : ce simple légume devient un personnage, presque un ami fidèle et généreux, auquel le poète parle et rend hommage.

Le second est l’hyperbole, c’est-à-dire l’exagération : « Patate universelle ! » (v. 6), « Le monde entier en redemande » (v. 20). La métaphore « Occidentale citadelle » (v. 22) va dans le même sens : la pomme de terre est comparée à une forteresse, comme si elle était le pilier qui soutient toute l’alimentation de l’Occident. Effet produit : l’aliment le plus ordinaire prend une dimension grandiose, planétaire.

Enfin, la forme même du pantoum renforce cette importance : chaque vers est répété deux fois, comme dans une litanie, ce qui martèle l’éloge.

5. Ce texte peut amuser le lecteur pour deux raisons principales.

D’abord, il repose sur un décalage comique entre un sujet très banal et un ton solennel. Le poète choisit une forme savante et exotique, le pantoum, pour célébrer… une patate. Le titre le montre bien en associant le mot rare « Pantoum » au mot familier « Patate », avec un jeu de sonorités en [p] et en [t]. La formule « Je te salue pomme de terre » (v. 2) imite un salut cérémonieux, presque une prière, et la pomme de terre devient une « Occidentale citadelle » (v. 22). Ce mélange de noble et de quotidien produit un effet de parodie : on sourit de voir un légume traité comme un héros.

Ensuite, le poème amuse par le paradoxe d’un éloge qui maltraite celle qu’il célèbre. Le poète salue la pomme de terre avec tendresse, mais il la fait cuire, la découpe et la mange : « Je te farcis et je t’écrase » (v. 10). Comme elle est personnifiée, ces gestes de cuisine deviennent drôles, presque cruels : elle « frémit » dans la graisse (v. 1) comme si elle avait peur, elle « mollit » dans le feu (v. 3). Le rapprochement inattendu de deux villes modestes, « Que tu sois d’Amiens ou de Boise » (v. 12), ajoute à la fantaisie du texte.

6. Cette photographie de Pierre Bouchet, Nature morte (Pommes de terre), prise vers 1945, pourrait en grande partie illustrer le texte, pour trois raisons.

  • L’abondance. L’image est un gros plan en noir et blanc : un tas de pommes de terre remplit presque tout le cadre, seul un coin de la surface sur laquelle elles reposent apparaît en haut à droite et en bas. Cette impression de profusion correspond à l’universalité célébrée par le poème : « Patate universelle ! » (v. 6), « Le monde entier en redemande » (v. 20). Une telle quantité semble pouvoir nourrir le monde entier.
  • La variété. Les pommes de terre photographiées sont toutes différentes : grosses ou petites, rondes ou allongées, à la peau lisse ou marquée de taches, de creux et de terre, comme la grosse pomme de terre isolée au premier plan, en bas à droite. Cette diversité rappelle le vers « Il t’aime vieille ou bien nouvelle » (v. 24) et l’idée qu’elle vient de partout, « d’Amiens ou de Boise » (v. 12).
  • La mise en valeur d’un objet humble. Le photographe fait de simples légumes le sujet d’une œuvre d’art, une « nature morte », exactement comme Paul Fournel en fait le sujet d’un poème. La lumière, qui vient du côté gauche, fait briller les pommes de terre et dessine leurs volumes avec des ombres profondes : elles semblent presque précieuses. Le photographe leur rend hommage, comme le poète qui écrit « Je te salue pomme de terre » (v. 2).

L’illustration a toutefois ses limites : la photographie montre des pommes de terre crues, immobiles, encore terreuses, alors que le poème les montre en train de cuire et d’être cuisinées (« graisse d’oie », « fines frites », « jus de viande ») ; et le noir et blanc, plutôt grave, ne traduit pas l’humour du texte. Prise vers 1945, à une époque de pénurie où la pomme de terre était un aliment de base, l’image souligne surtout son rôle nourricier, sa « nourriture débonnaire » (v. 4).

Astuce. Pour une question sur l’image, nomme toujours ce que tu vois (cadrage, lumière, couleurs, premier plan) avant de le relier à une citation précise du texte : un élément sans référence au texte ou à l’image ne rapporte pas tous les points.
Grammaire et compétences linguistiques — Pronoms, expansions du nom, sens de « frémir », réécriture (18 pts)

7. a) Les deux mots soulignés, « te » et « t’ » (forme élidée de « te » devant une voyelle), sont des pronoms personnels de la 2e personne du singulier. Ils sont compléments d’objet direct des verbes « farcis » et « écrase » (je farcis qui ? toi, la pomme de terre).

7. b) La manipulation utilisée est le remplacement (ou substitution). On remplace chaque mot par le groupe nominal qu’il représente : « Je farcis la pomme de terre et j’écrase la pomme de terre ». La phrase reste correcte : « te » et « t’ » tiennent donc la place d’un groupe nominal, ce qui est le rôle d’un pronom. On peut aussi les remplacer par d’autres pronoms personnels : « Je la farcis et je l’écrase », « Je les farcis et je les écrase ».

Astuce. Placé juste devant un verbe conjugué, « te » ne peut pas être un déterminant : un déterminant accompagne toujours un nom. C’est un réflexe utile pour distinguer le pronom « le / la / les » de l’article « le / la / les ».

8. a) L’expansion du nom « cubes » est « petits ». C’est un adjectif qualificatif, épithète du nom « cubes », placé avant lui (on peut le supprimer : « En cubes », la phrase reste correcte).

8. b) Il faut une expansion d’une autre classe que l’adjectif, par exemple un complément du nom (groupe nominal prépositionnel) :

« En petits cubes et en rondelles de la taille d’une pièce » : « de la taille d’une pièce » est un groupe nominal prépositionnel, complément du nom « rondelles », introduit par la préposition « de ».

Autre réponse possible, avec une proposition subordonnée relative : « En petits cubes et en rondelles qui fondent dans la bouche », introduite par le pronom relatif « qui », dont l’antécédent est « rondelles ».

⚠ Piège. « En rondelles dorées » ne convient pas : « dorées » est un adjectif, comme « petits ». La consigne exige une classe grammaticale différente.

9. a) Le verbe « frémir » change de sens selon le contexte :

  • « L’eau du thé frémit. » : dans le contexte de la cuisine, au sens propre, le verbe signifie que l’eau s’agite de petits mouvements et de petites bulles, juste avant de bouillir ;
  • « Dans la maison hantée, il frémit d’épouvante. » : dans le contexte des émotions (la peur), le verbe signifie trembler, frissonner sous l’effet d’un sentiment violent.

9. b) Dans le vers 1, « frémir » est d’abord employé dans son sens culinaire : la pomme de terre commence à cuire dans la graisse d’oie chaude, qui crépite et bouillonne doucement autour d’elle. Mais comme le verbe a pour sujet « Tu », c’est-à-dire la pomme de terre personnifiée, il garde aussi le sens de frissonner, comme un être vivant qui tremble d’émotion (de plaisir ou de peur). Le poète joue sur ces deux sens du mot : c’est un jeu sur la polysémie, qui renforce la personnification et l’humour du poème.

10. Réécriture :

« Vous frémissez dans la graisse d’oie,
Je vous salue pommes de terre
Vous mollissez dans le feu de bois, […]
Patates universelles ! […]
Que vous soyez d’Amiens ou de Boise »

Modifications : « Tu » → « Vous » (sujet, deux fois) ; « frémis » → « frémissez » et « mollis » → « mollissez » (présent de l’indicatif, verbes du 2e groupe : au pluriel apparaît l’élargissement en -iss-) ; « te » → « vous » (pronom personnel COD) ; « tu sois » → « vous soyez » (verbe « être » au subjonctif présent) ; « pomme de terre » → « pommes de terre » et « Patate universelle » → « Patates universelles » (les apostrophes désignent désormais plusieurs destinataires : le nom et l’adjectif s’accordent au pluriel ; « de terre » est invariable).

⚠ Piège. Le pantoum s’adresse maintenant « à plusieurs destinataires » : ce n’est pas un vouvoiement de politesse adressé à une seule pomme de terre. Il faut donc mettre au pluriel les mots qui désignent ces destinataires, « pommes » et « Patates universelles ». Et n’oublie pas le -iss- des verbes du 2e groupe : « vous frémissez », jamais « vous frémez ».
Conseils pour le jour J

La réécriture vaut à elle seule 10 points sur 50 : garde-lui au moins dix minutes et relis-la mot par mot. Repère chaque « tu » et chaque « te », puis demande-toi ce qui change autour (verbe, nom en apostrophe, adjectif). Les verbes du 2e groupe (« frémir », « mollir ») et le subjonctif de « être » (« que vous soyez ») sont les fautes qui coûtent le plus cher.

Pour la compréhension, connais les mots du vocabulaire poétique : vers, strophe, quatrain, octosyllabe, rimes croisées, apostrophe, personnification, hyperbole. Quand une question demande « deux éléments » ou « trois éléments », fais un paragraphe ou un tiret par élément, chacun avec une citation exacte entre guillemets et son numéro de vers. Attention : les numéros imprimés dans la marge de ce sujet sont décalés d’un vers ; compte les vers toi-même, comme le font les questions.

Enfin, ne prends pas ce poème trop au sérieux : il est volontairement drôle. Savoir dire pourquoi il amuse (un ton solennel pour un sujet banal) te rapporte des points aux questions 4, 5 et 6, et t’aidera aussi pour la rédaction.

Extrait du sujet (début du texte)

26GENFRQGCAN1 Page DIPLÔME NATIONAL DU BREVET SESSION 2026 FRANÇAIS Grammaire et compétences linguistiques Compréhension et compétences d’interprétation Série générale Durée de l’épreuve : 1 h 10 (Coefficient 2) Dès que le sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Le sujet se compose de 6 pages numérotées de la page à la page Vous rendez votre copie après la dictée et veillez à conserver ce sujet en support pour l’épreuve de rédaction Cette épreuve est notée sur 50 points L’usage du dictionnaire et de la calculatrice est interdit. 26GENFRQGCAN1 Page Compréhension et compétences d’interprétation Grammaire et compétences linguistiques A- Texte littéraire « Pantoum Patate » Tu frémis dans la graisse d’oie, Je te salue pomme de terre Tu mollis dans le feu de bois, Ma nourriture débonnaire1 5 Je te salue pomme de terre. Patate universelle ! Ma nourriture débonnaire, En fines frites ou en rondelles. Patate universelle, 10 Je te farcis et je t’écrase, En petits cubes et en rondelles Que tu sois d’Amiens ou de Boise2 Je te farcis et je t’écrase, Je t’offre noix de beurre et lait, 15 Que tu sois d’Amiens ou de Boise Joie du bébé, joie du gourmet. Je t’offre noix de beurre et lait, Tu te saisis du jus de viande. Joie du bébé, joie du gourmet, 20 Le monde entier en redemande. 1 débonnaire : d’une bonté extrême, qui cherche à satisfaire les autres. 2 Amiens : ville française (Hauts-de-France) ; Boise : ville américaine (Idaho). 26GENFRQGCAN1 Page Tu te saisis du jus de viande, Occidentale citadelle, Le monde entier en redemande, Il t’aime vieille ou bien nouvelle. 25 Paul Fournel, Le Bel Appétit, 2015 26GENFRQGCAN1 Page B- Image Pierre Bouchet, Nature morte (Pommes de terre), photographie, vers 1945, Centre Pompidou, Paris. 26GENFRQGCAN1 Page I. COMPRÉHENSION ET COMPÉTENC ES D’INTERPRÉTATION (32 POINTS) 1. a) À quel genre littéraire appartient ce texte ? Trois éléments de ju stification sont attendus. (4 points) …

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