Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?
PGF, progrès technique, institutions, innovation et inégalités, limites écologiques de la croissance (spécialité SES de Tle)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La croissance économique : définition, mesure, histoire, Première source : l'accumulation des facteurs de production, Deuxième source : la productivité globale des facteurs, Un progrès technique endogène, fruit de l'innovation. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — L'effort de recherche-développement dans quelques pays de l'OCDE
Facile
Tableau statistique · OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie (MSTI), édition 2023 ; données de 2021, arrondies au dixième.
L'OCDE publie chaque année ces indicateurs pour comparer l'effort d'innovation de ses membres. En 2002, le Conseil européen de Barcelone a fixé aux pays de l'Union un objectif de DIRD égale à 3 % du PIB.
Pays
Dépense intérieure de R&D (DIRD), en % du PIB, 2021
Israël
5,6
Corée du Sud
4,9
États-Unis
3,5
Japon
3,3
Allemagne
3,1
Ensemble de l'OCDE
2,7
France
2,2
Union européenne à 27
2,2
Champ : dépenses de R&D des entreprises, des administrations, de l'enseignement supérieur et des institutions sans but lucratif, réalisées sur le territoire national.
À l'aide du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Présentez le document, puis rédigez une phrase donnant la signification de la donnée relative à la France.
Comparez, par un calcul, l'effort de R&D de la Corée du Sud et celui de la France.
Sachant que le PIB de la France s'élève à environ 2 500 milliards d'euros en 2021, estimez le montant de sa DIRD, puis l'écart qui la sépare de l'objectif de 3 %.
Montrez que ces écarts d'effort de R&D peuvent expliquer des différences de croissance à long terme.
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique, publié par l'OCDE en 2023, compare la dépense intérieure de recherche-développement (DIRD) rapportée au PIB de huit pays ou ensembles en 2021. Phrase de lecture : selon l'OCDE, en 2021, la dépense intérieure de R&D réalisée en France représente environ 2,2 % de son PIB, soit autant que la moyenne de l'Union européenne à 27.
2. 4,9 / 2,2 ≈ 2,2. En 2021, la Corée du Sud consacre à la R&D une part de son PIB environ 2,2 fois plus élevée que la France, soit un écart de 2,7 points de pourcentage. Attention : il s'agit de parts du PIB ; en montant, l'écart dépend aussi de la taille des deux économies.
3. 2 500 × 2,2 / 100 = 55. La DIRD française représente donc environ 55 milliards d'euros en 2021. Pour atteindre 3 % du PIB, il faudrait 2 500 × 3 / 100 = 75 milliards d'euros, soit environ 20 milliards de plus : l'écart est de 0,8 point de PIB. La France est en dessous de la moyenne de l'OCDE (2,7 %) et loin de l'Allemagne (3,1 %).
4. Selon les théories de la croissance endogène, en particulier Paul Romer (1990), la R&D produit des connaissances nouvelles, qui sont des biens non rivaux : elles profitent à l'ensemble de l'économie par des externalités positives. Un effort de R&D plus élevé nourrit donc l'innovation, donc le progrès technique, qui accroît la productivité globale des facteurs et repousse les rendements décroissants du capital. Un pays qui investit durablement 4,9 % de son PIB en R&D, comme la Corée du Sud, se donne ainsi les moyens d'une croissance plus soutenue à long terme. Il faut toutefois nuancer : l'effet de la R&D dépend aussi du capital humain capable de l'utiliser, de la diffusion des innovations et des institutions qui les protègent ; la dépense n'est pas une garantie de résultats.
Ce que cette analyse apprend — Lire un taux exprimé en pourcentage du PIB, le comparer par un rapport et un écart en points, puis le relier au mécanisme de la croissance endogène.
Document 2 — Le « résidu » de Solow : ce que l'accumulation du capital n'explique pas
Moyen
Résultat statistique tiré d'un article scientifique (document d'époque) · Robert M. Solow, « Technical Change and the Aggregate Production Function », The Review of Economics and Statistics, vol. 39, n° 3, août 1957 ; traduction et mise en tableau pour l'exercice.
Robert Solow, économiste américain du MIT, vient de publier en 1956 un modèle de croissance fondé sur des rendements décroissants du capital. En 1957, il mesure ce que l'accumulation du capital explique réellement de la croissance américaine ; ces travaux lui valent le Nobel en 1987.
États-Unis, secteur privé non agricole, 1909-1949
Évolution de la production brute par heure travaillée
A environ doublé
Part de la hausse attribuée à l'augmentation du capital par heure travaillée
12,5 %
Part de la hausse attribuée au « changement technique » (résidu)
87,5 %
Conclusion de l'auteur (traduction) : la production par heure a doublé, « avec 87,5 % de la hausse attribuables au changement technique et les 12,5 % restants à l'utilisation accrue de capital ».
Solow précise qu'il emploie « changement technique » pour désigner tout déplacement de la fonction de production : améliorations techniques, mais aussi meilleure éducation de la main-d'œuvre ou meilleure organisation.
À l'aide du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Présentez le document et expliquez ce que Solow appelle « changement technique ».
Sachant que la production par heure travaillée a augmenté d'environ 100 %, calculez en points de pourcentage la contribution de chacune des deux sources de cette hausse.
Pourquoi ce « changement technique » est-il un résidu ? Quelle limite cela implique-t-il ?
Montrez que ce résultat remet en cause l'idée que l'accumulation du capital suffit à expliquer la croissance.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document présente le résultat central d'un article publié en août 1957 dans The Review of Economics and Statistics par Robert Solow. Il décompose la hausse de la production par heure travaillée aux États-Unis, dans le secteur privé non agricole, entre 1909 et 1949. Le « changement technique » désigne chez Solow tout ce qui permet de produire plus avec les mêmes quantités de facteurs : nouvelles techniques, mais aussi meilleure qualification de la main-d'œuvre et meilleure organisation. C'est ce que l'on appelle aujourd'hui la productivité globale des facteurs.
2. La hausse totale est d'environ 100 %. Contribution du capital : 100 × 12,5 / 100 = 12,5 points. Contribution du changement technique : 100 × 87,5 / 100 = 87,5 points. Autrement dit, sur les 100 points de hausse de la production par heure, environ 12,5 viennent de ce que chaque heure de travail dispose de plus de capital, et 87,5 d'une meilleure efficacité de la combinaison des facteurs.
3. Solow ne mesure pas directement le progrès technique : il calcule d'abord ce qu'expliquerait la hausse du capital par heure travaillée, puis attribue au changement technique tout ce qui reste. C'est un résidu, obtenu par différence. La limite est double : le résidu regroupe des causes hétérogènes (techniques, éducation, organisation, et même les erreurs de mesure) sans les distinguer, et il est constaté sans être expliqué. Moses Abramovitz avait dès 1956 parlé à son propos d'une « mesure de notre ignorance ».
4. Si l'accumulation du capital suffisait à expliquer la croissance, la hausse du capital par heure travaillée devrait expliquer l'essentiel de la hausse de la production. Or elle n'en explique que 12,5 % sur la période 1909-1949. Cela est cohérent avec les rendements décroissants mis en évidence par Solow en 1956 : à technique donnée, chaque unité de capital supplémentaire rapporte moins, si bien que l'accumulation seule conduit à un ralentissement. La croissance durable du PIB par tête repose donc surtout sur la productivité globale des facteurs. Cette conclusion ouvre la question que traiteront les théories de la croissance endogène à partir de 1986 : d'où vient ce progrès technique ?
Ce que cette analyse apprend — Transformer des parts en points de contribution et comprendre qu'une mesure obtenue par différence (le résidu) a des limites.
Document 3 — Croissance et émissions de gaz à effet de serre en France depuis 1990
Moyen
Tableau statistique · D'après Citepa, rapport Secten, 2024 (émissions territoriales de gaz à effet de serre, hors UTCATF) et INSEE, comptes nationaux annuels, 2024 (PIB en volume) ; valeurs arrondies, ordres de grandeur.
Le Citepa réalise l'inventaire officiel des émissions de la France pour le compte du ministère chargé de l'environnement. Ces données servent à suivre les engagements climatiques du pays.
1990
2023
Variation 1990-2023
Émissions territoriales de gaz à effet de serre (millions de tonnes équivalent CO2)
environ 540
environ 373
environ −31 %
PIB en volume (indice base 100 en 1990)
100
environ 160
environ +60 %
UTCATF : utilisation des terres, changement d'affectation des terres et foresterie (les puits de carbone forestiers ne sont pas comptés ici). Les émissions territoriales sont celles qui ont lieu sur le territoire français ; elles n'incluent pas les émissions liées à la fabrication des biens importés.
À l'aide du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée « environ 373 ».
Calculez l'indice des émissions en 2023 (base 100 en 1990), puis l'évolution des émissions par unité de PIB entre 1990 et 2023.
Montrez que ce document illustre un découplage absolu entre croissance et émissions.
Expliquez pourquoi ce constat ne suffit pas à conclure que la croissance française est devenue soutenable.
Voir la réponse rédigée
1. D'après le Citepa, en 2023, les émissions de gaz à effet de serre ayant eu lieu sur le territoire français, hors puits de carbone forestiers, s'élèvent à environ 373 millions de tonnes équivalent CO2.
2. Indice des émissions en 2023 : 373 / 540 × 100 ≈ 69. Les émissions par unité de PIB (intensité en émissions de la production) ont pour indice 69 / 160 × 100 ≈ 43 en 2023, base 100 en 1990. Elles ont donc baissé d'environ 57 % : pour produire une même quantité de richesse, l'économie française émet en 2023 un peu moins de la moitié des gaz à effet de serre qu'elle émettait en 1990.
3. On parle de découplage relatif quand les émissions augmentent moins vite que le PIB, et de découplage absolu quand elles diminuent alors que le PIB augmente. C'est le cas ici : entre 1990 et 2023, le PIB en volume augmente d'environ 60 % tandis que les émissions territoriales baissent d'environ 31 %. La croissance française s'est donc accompagnée d'une baisse absolue des émissions, grâce notamment à des innovations (efficacité énergétique des bâtiments et des moteurs, électricité faiblement carbonée) et à l'évolution de la structure de la production.
4. Trois raisons invitent à la prudence. D'abord, le document mesure les émissions territoriales : une partie de la baisse vient de la désindustrialisation, les biens autrefois produits en France étant désormais importés ; leurs émissions sont déplacées, pas supprimées, ce que mesure l'empreinte carbone. Ensuite, le rythme compte : une baisse de 31 % en 33 ans reste lente au regard des objectifs de neutralité carbone. Enfin, le climat n'est qu'une des limites écologiques : le document ne dit rien de l'épuisement des ressources ni des autres pollutions. Le découplage observé est donc un résultat réel, mais partiel.
Ce que cette analyse apprend — Construire un indice et une intensité à partir de deux séries, puis distinguer découplage relatif et absolu en discutant le champ de la mesure.
Document 4 — La concentration de CO2 dans l'atmosphère depuis 1960
Difficile
Série statistique de mesures scientifiques · NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), Global Monitoring Laboratory, moyennes annuelles de la concentration en CO2 mesurée à Mauna Loa (Hawaï), série consultée en 2024 ; valeurs arrondies au dixième. Niveau préindustriel : GIEC, sixième rapport d'évaluation, 2021.
Les mesures de Mauna Loa, commencées en 1958 par le chimiste Charles David Keeling, forment la plus longue série continue de mesure directe du CO2 atmosphérique. Elles servent de référence mondiale au GIEC.
Année
Concentration moyenne annuelle en CO2 (ppm)
Vers 1750 (niveau préindustriel)
environ 280
1960
316,9
1980
338,8
2000
369,7
2020
414,2
2023
419,3
ppm : parties par million, soit le nombre de molécules de CO2 pour un million de molécules d'air sec.
À l'aide du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée pour 2023, puis calculez la variation de la concentration entre 1960 et 2023, en pourcentage et en coefficient multiplicateur.
Calculez la hausse annuelle moyenne de la concentration, en ppm, sur les périodes 1960-1980 et 2000-2020. Que constatez-vous ?
Expliquez pourquoi l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère constitue une limite écologique de la croissance économique.
Un pays peut réduire ses émissions pendant que la concentration mondiale continue d'augmenter. Expliquez ce paradoxe apparent et ce qu'il implique pour le rôle de l'innovation.
Voir la réponse rédigée
1. Selon la NOAA, en 2023, l'air mesuré à Mauna Loa contient en moyenne 419,3 molécules de CO2 pour un million de molécules d'air sec. Entre 1960 et 2023 : (419,3 − 316,9) / 316,9 × 100 ≈ +32,3 %, soit un coefficient multiplicateur de 419,3 / 316,9 ≈ 1,32. Par rapport au niveau préindustriel, la concentration a été multipliée par 419,3 / 280 ≈ 1,5 : elle a augmenté d'environ 50 %.
2. 1960-1980 : (338,8 − 316,9) / 20 = 21,9 / 20 ≈ 1,1 ppm par an. 2000-2020 : (414,2 − 369,7) / 20 = 44,5 / 20 ≈ 2,2 ppm par an. La hausse annuelle moyenne a doublé : non seulement la concentration augmente, mais elle augmente de plus en plus vite. Le document ne montre donc aucun ralentissement à l'échelle mondiale.
3. La croissance économique repose depuis la révolution industrielle sur la combustion d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), qui rejette du CO2. Ce gaz s'accumule dans l'atmosphère, où il reste longtemps, et renforce l'effet de serre : selon le GIEC (2021), la température de surface a gagné environ 1,1 °C en 2011-2020 par rapport à 1850-1900. Le réchauffement menace à son tour les conditions de la production (rendements agricoles, événements extrêmes, ressources en eau). Comme les émetteurs ne paient pas le coût qu'ils imposent aux autres, il s'agit d'une externalité négative : le marché seul ne la corrige pas. La croissance mine ainsi une partie des conditions de sa propre poursuite, ce qui en fait une limite écologique.
4. La concentration dépend des émissions cumulées de tous les pays, et non des émissions d'un seul. Un pays riche peut réduire ses émissions territoriales, par l'innovation ou en important des biens produits ailleurs, pendant que les émissions de pays en forte croissance augmentent : le stock mondial continue de croître. De plus, une baisse des émissions ne fait que ralentir l'accumulation ; tant que les émissions mondiales restent positives et élevées, la concentration augmente. L'innovation doit donc se diffuser à l'échelle mondiale, ce qui suppose que les technologies bas carbone deviennent moins chères que les fossiles, comme l'a fait le solaire photovoltaïque depuis 2010, et elle doit éviter l'effet rebond décrit par Jevons en 1865.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer un stock (la concentration) et un flux (les émissions), calculer une variation annuelle moyenne en valeur absolue et en tirer un raisonnement d'échelle mondiale.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.