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Quelles sont les sources de la croissance économique ?
Facteurs de production, productivité globale des facteurs et rôle du progrès technique — programme de Spécialité SES Terminale
À propos de cette page
La croissance économique : définition et mesure
La croissance économique désigne l'augmentation soutenue, sur une longue période, de la production de biens et services dans une économie.
Pour comparer des périodes éloignées ou des pays aux niveaux de prix différents, on utilise le PIB en volume (ou en termes réels), qui exclut l'effet de l'inflation, plutôt que le PIB en valeur (ou nominal).
La croissance est positive si $g > 0$, nulle si $g = 0$, et négative (récession) si $g < 0$. Une récession correspond techniquement à deux trimestres consécutifs de PIB en recul.
Évolution du taux de croissance du PIB français (source : INSEE). La crise de 2009 et le choc Covid de 2020 sont clairement visibles.
Les facteurs de production : capital et travail
La production résulte de la combinaison de facteurs de production, principalement le capital et le travail. C'est la base de toute analyse de la croissance.
| Facteur | Définition | Indicateur |
|---|---|---|
| Travail (L) | Ensemble des ressources humaines mobilisées (nombre d'actifs × heures travaillées) | Population active occupée, volume d'heures travaillées |
| Capital (K) | Ensemble des biens durables utilisés pour produire d'autres biens (machines, bâtiments, équipements) | Stock de capital fixe (FBCF) |
La combinaison productive peut être plus ou moins capitalistique. On parle de substitution capital/travail lorsqu'une entreprise remplace des salariés par des machines (ex. : robots dans l'industrie automobile). À l'inverse, certaines activités restent intensives en travail (soins, éducation).
La productivité globale des facteurs (PGF)
L'augmentation des quantités de facteurs de production n'explique pas à elle seule la croissance observée. Il existe un « résidu » : c'est la productivité globale des facteurs (PGF), parfois appelée résidu de Solow.
De manière simplifiée, la décomposition comptable de la croissance s'écrit :
$$\frac{\Delta Y}{Y} = \alpha \cdot \frac{\Delta K}{K} + (1-\alpha) \cdot \frac{\Delta L}{L} + \frac{\Delta PGF}{PGF}$$
où $\alpha$ est la part du capital dans le revenu national (environ 1/3), $(1-\alpha)$ celle du travail (environ 2/3), et $\frac{\Delta PGF}{PGF}$ est le résidu inexpliqué.
| Source | Contribution typique (pays développés) |
|---|---|
| Accumulation de capital ($\Delta K/K$) | ~1/3 de la croissance |
| Accroissement du travail ($\Delta L/L$) | ~1/5 de la croissance |
| PGF (progrès technique + organisation) | ~1/2 de la croissance |
Illustration stylisée de la décomposition comptable de la croissance du PIB en France. La PGF représente la part la plus importante.
Le progrès technique comme moteur de la croissance
Le progrès technique recouvre l'ensemble des innovations qui améliorent la productivité des facteurs de production. Il constitue la principale source de la PGF et donc de la croissance à long terme.
On distingue plusieurs formes de progrès technique :
- Progrès incorporé : intégré dans de nouveaux équipements (robots plus performants, ordinateurs plus puissants). L'économie en bénéficie en renouvelant son capital.
- Progrès désincorporé : amélioration de l'organisation (méthode Toyota, lean management), des processus, des savoir-faire, sans nécessiter un équipement nouveau.
Le capital humain joue un rôle central : les investissements en éducation et en formation améliorent la qualité du travail et la capacité d'absorption des innovations. On distingue :
- Le capital physique (machines, infrastructure)
- Le capital humain (connaissances, compétences des travailleurs)
- Le capital technologique ou immatériel (brevets, R&D, logiciels)
Le modèle de Solow et la croissance exogène
En 1956, Robert Solow propose un modèle qui formalise les sources de la croissance. Son apport essentiel est de montrer que la croissance à long terme ne peut reposer durablement que sur le progrès technique.
- La production dépend du capital $(K)$ et du travail $(L)$ : $Y = f(K,L)$.
- Les rendements factoriels sont décroissants : doubler le capital, toutes choses égales, ne double pas la production.
- L'économie converge vers un état stationnaire où la production par tête ne croît plus si le progrès technique est nul.
- Seul le progrès technique exogène (tombant « du ciel ») permet une croissance par tête durable.
Le modèle de Solow prédit la convergence : les pays pauvres, dotés de peu de capital, ont des rendements marginaux du capital élevés, donc croissent plus vite que les pays riches. En pratique, on observe une convergence conditionnelle (les pays convergent vers leur propre régime, pas vers un régime mondial unique).
Les théories de la croissance endogène
Depuis les années 1980-1990, des économistes comme Paul Romer, Robert Lucas ou Philippe Aghion ont développé des modèles où le progrès technique est endogène : il est produit à l'intérieur du système économique, grâce à des décisions d'investissement.
- la R&D (recherche et développement) → modèle de Romer
- le capital humain (éducation, formation) → modèle de Lucas
- les infrastructures publiques → modèle de Barro
La non-rivalité et la non-exclusivité partielle de la connaissance sont au cœur de ces modèles : une idée peut être utilisée simultanément par un nombre illimité de producteurs (bien non rival), ce qui génère des rendements croissants à l'échelle.
| Modèle | Moteur de la croissance endogène | Rôle de l'État |
|---|---|---|
| Romer (R&D) | Investissement en recherche, innovation, brevets | Subventionner la R&D, protéger la PI |
| Lucas (capital humain) | Éducation, formation, apprentissage par la pratique | Investir dans l'éducation publique |
| Barro (infrastructures) | Routes, réseaux, télécoms publics | Investissement public productif |
Institutions, capital social et croissance
Au-delà des facteurs de production et du progrès technique, la qualité des institutions et du capital social conditionne fortement la capacité d'une économie à croître.
Des droits de propriété bien définis et garantis encouragent l'investissement et l'innovation (les entrepreneurs savent qu'ils pourront profiter des fruits de leur effort). À l'inverse, la corruption, l'instabilité politique ou l'État de droit défaillant freinent la croissance.
Les travaux de Daron Acemoglu et James Robinson (Why Nations Fail, 2012) montrent que les différences de richesse entre pays s'expliquent principalement par la qualité des institutions inclusives (accès ouvert à l'économie, droits protégés) versus extractives (richesse captée par une élite).
- La croissance économique est mesurée par l'évolution du PIB réel. Elle peut être extensive (plus de facteurs) ou intensive (meilleure efficacité).
- Les deux facteurs de production principaux sont le capital (K) et le travail (L), dont l'accumulation est soumise à des rendements décroissants.
- La PGF (Productivité Globale des Facteurs) mesure la part de la croissance non expliquée par l'accumulation de facteurs : elle reflète le progrès technique et l'organisation.
- Le modèle de Solow : croissance durable à long terme uniquement grâce au progrès technique (exogène). Prédit la convergence conditionnelle.
- Les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas, Barro) : le progrès technique résulte de décisions d'investir en R&D, capital humain ou infrastructures → externalités positives, rendements croissants de la connaissance.
- Les institutions et le capital social jouent un rôle essentiel : droits de propriété, confiance, stabilité politique conditionnent l'efficacité des facteurs et du progrès technique.
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