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Spécialité SES · Classe de Terminale

Quelles sont les sources de la croissance économique ?

Facteurs de production, productivité globale des facteurs et rôle du progrès technique — programme de Spécialité SES Terminale

À propos de cette page
Ce cours de spécialité ses en terminale sur « Quelles sont les sources de la croissance économique ? » suit le programme officiel de spécialité ses de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La croissance économique : définition et mesure, Les facteurs de production : capital et travail, La productivité globale des facteurs (PGF), Le progrès technique comme moteur de la croissance. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité ses.
Au programme
1 · La croissance économique : définition et mesure
2 · Les facteurs de production : capital et travail
3 · La productivité globale des facteurs (PGF)
4 · Le progrès technique comme moteur de la croissance
5 · Le modèle de Solow et la croissance exogène
6 · Les théories de la croissance endogène
7 · Institutions, capital social et croissance
1La croissance économique : définition et mesure

La croissance économique désigne l'augmentation soutenue, sur une longue période, de la production de biens et services dans une économie.

Définition. Le PIB (Produit Intérieur Brut) mesure la valeur de l'ensemble des biens et services finaux produits sur le territoire national durant une période donnée. Le taux de croissance du PIB exprime la variation de cette production : $g = \frac{PIB_t - PIB_{t-1}}{PIB_{t-1}} \times 100$.

Pour comparer des périodes éloignées ou des pays aux niveaux de prix différents, on utilise le PIB en volume (ou en termes réels), qui exclut l'effet de l'inflation, plutôt que le PIB en valeur (ou nominal).

La croissance est positive si $g > 0$, nulle si $g = 0$, et négative (récession) si $g < 0$. Une récession correspond techniquement à deux trimestres consécutifs de PIB en recul.

Astuce. Ne confondez pas niveau du PIB et taux de croissance : un pays peut voir son PIB augmenter (croissance positive) tout en voyant son taux de croissance baisser d'une année sur l'autre.

Évolution du taux de croissance du PIB français (source : INSEE). La crise de 2009 et le choc Covid de 2020 sont clairement visibles.

2Les facteurs de production : capital et travail

La production résulte de la combinaison de facteurs de production, principalement le capital et le travail. C'est la base de toute analyse de la croissance.

FacteurDéfinitionIndicateur
Travail (L)Ensemble des ressources humaines mobilisées (nombre d'actifs × heures travaillées)Population active occupée, volume d'heures travaillées
Capital (K)Ensemble des biens durables utilisés pour produire d'autres biens (machines, bâtiments, équipements)Stock de capital fixe (FBCF)
Définition. La FBCF (Formation Brute de Capital Fixe) mesure l'investissement des entreprises, des ménages et des administrations en biens d'équipement durables. C'est le flux d'investissement qui fait croître le stock de capital.

La combinaison productive peut être plus ou moins capitalistique. On parle de substitution capital/travail lorsqu'une entreprise remplace des salariés par des machines (ex. : robots dans l'industrie automobile). À l'inverse, certaines activités restent intensives en travail (soins, éducation).

Exemple. Entre 1950 et 1980 en France, les « Trente Glorieuses » ont été marquées par une forte croissance extensive : afflux de main-d'œuvre (baby-boom, immigration), reconstruction et équipement massif du territoire. C'est l'accumulation de facteurs qui a tiré la croissance.
Attention ! L'accumulation de capital est soumise aux rendements décroissants : chaque unité de capital supplémentaire produit un gain de production de plus en plus faible, toutes choses égales par ailleurs. C'est la raison pour laquelle la seule accumulation de capital ne suffit pas à expliquer une croissance durable.
3La productivité globale des facteurs (PGF)

L'augmentation des quantités de facteurs de production n'explique pas à elle seule la croissance observée. Il existe un « résidu » : c'est la productivité globale des facteurs (PGF), parfois appelée résidu de Solow.

Définition. La PGF mesure la part de la croissance de la production qui n'est pas imputable à l'augmentation des quantités de capital et de travail utilisées. Elle reflète l'efficacité avec laquelle ces facteurs sont combinés : organisation, innovations, apprentissage collectif.

De manière simplifiée, la décomposition comptable de la croissance s'écrit :

$$\frac{\Delta Y}{Y} = \alpha \cdot \frac{\Delta K}{K} + (1-\alpha) \cdot \frac{\Delta L}{L} + \frac{\Delta PGF}{PGF}$$

où $\alpha$ est la part du capital dans le revenu national (environ 1/3), $(1-\alpha)$ celle du travail (environ 2/3), et $\frac{\Delta PGF}{PGF}$ est le résidu inexpliqué.

SourceContribution typique (pays développés)
Accumulation de capital ($\Delta K/K$)~1/3 de la croissance
Accroissement du travail ($\Delta L/L$)~1/5 de la croissance
PGF (progrès technique + organisation)~1/2 de la croissance
Astuce. La PGF est un « résidu » au sens comptable : ce qu'on ne parvient pas à expliquer par les facteurs. C'est pourquoi Robert Solow lui-même l'a qualifié de « mesure de notre ignorance ».

Illustration stylisée de la décomposition comptable de la croissance du PIB en France. La PGF représente la part la plus importante.

4Le progrès technique comme moteur de la croissance

Le progrès technique recouvre l'ensemble des innovations qui améliorent la productivité des facteurs de production. Il constitue la principale source de la PGF et donc de la croissance à long terme.

Définition (J. Schumpeter). L'innovation désigne l'introduction réussie d'une nouveauté dans l'économie. Schumpeter distingue : innovations de produit, de procédé, de marché, de matières premières et organisationnelles. La destruction créatrice désigne le processus par lequel les nouvelles innovations éliminent les anciennes activités tout en créant de nouvelles richesses.

On distingue plusieurs formes de progrès technique :

  • Progrès incorporé : intégré dans de nouveaux équipements (robots plus performants, ordinateurs plus puissants). L'économie en bénéficie en renouvelant son capital.
  • Progrès désincorporé : amélioration de l'organisation (méthode Toyota, lean management), des processus, des savoir-faire, sans nécessiter un équipement nouveau.

Le capital humain joue un rôle central : les investissements en éducation et en formation améliorent la qualité du travail et la capacité d'absorption des innovations. On distingue :

  • Le capital physique (machines, infrastructure)
  • Le capital humain (connaissances, compétences des travailleurs)
  • Le capital technologique ou immatériel (brevets, R&D, logiciels)
Exemple. La révolution numérique des années 1990-2000 (internet, ordinateurs, smartphones) a généré d'importants gains de productivité dans de nombreux secteurs (finance, commerce, logistique), illustrant comment le progrès technique diffuse dans toute l'économie.
5Le modèle de Solow et la croissance exogène

En 1956, Robert Solow propose un modèle qui formalise les sources de la croissance. Son apport essentiel est de montrer que la croissance à long terme ne peut reposer durablement que sur le progrès technique.

Modèle de Solow (1956). Dans ce modèle :
  • La production dépend du capital $(K)$ et du travail $(L)$ : $Y = f(K,L)$.
  • Les rendements factoriels sont décroissants : doubler le capital, toutes choses égales, ne double pas la production.
  • L'économie converge vers un état stationnaire où la production par tête ne croît plus si le progrès technique est nul.
  • Seul le progrès technique exogène (tombant « du ciel ») permet une croissance par tête durable.

Le modèle de Solow prédit la convergence : les pays pauvres, dotés de peu de capital, ont des rendements marginaux du capital élevés, donc croissent plus vite que les pays riches. En pratique, on observe une convergence conditionnelle (les pays convergent vers leur propre régime, pas vers un régime mondial unique).

Limite majeure. Dans le modèle de Solow, le progrès technique est exogène : il est supposé donné de l'extérieur et non expliqué par le modèle. Cela laisse inexpliquée la plus grande part de la croissance (le résidu de Solow). C'est ce que les théories de la croissance endogène tenteront de corriger.
Astuce. L'état stationnaire est atteint quand l'investissement brut compense exactement la dépréciation du capital et la croissance démographique. Au-delà, le capital par tête cesse de croître.
6Les théories de la croissance endogène

Depuis les années 1980-1990, des économistes comme Paul Romer, Robert Lucas ou Philippe Aghion ont développé des modèles où le progrès technique est endogène : il est produit à l'intérieur du système économique, grâce à des décisions d'investissement.

Croissance endogène. Le progrès technique résulte de décisions des agents économiques (entreprises, État) d'investir dans :
  • la R&D (recherche et développement) → modèle de Romer
  • le capital humain (éducation, formation) → modèle de Lucas
  • les infrastructures publiques → modèle de Barro
Ces investissements génèrent des externalités positives : les bénéfices débordent au-delà de l'entreprise ou de l'individu qui investit.

La non-rivalité et la non-exclusivité partielle de la connaissance sont au cœur de ces modèles : une idée peut être utilisée simultanément par un nombre illimité de producteurs (bien non rival), ce qui génère des rendements croissants à l'échelle.

ModèleMoteur de la croissance endogèneRôle de l'État
Romer (R&D)Investissement en recherche, innovation, brevetsSubventionner la R&D, protéger la PI
Lucas (capital humain)Éducation, formation, apprentissage par la pratiqueInvestir dans l'éducation publique
Barro (infrastructures)Routes, réseaux, télécoms publicsInvestissement public productif
Exemple. Le modèle de la Silicon Valley illustre la croissance endogène : concentration d'universités (capital humain), d'entreprises de R&D et de capital-risque générant des externalités positives (spillovers), et aboutissant à une innovation accélérée auto-entretenue.
Conséquence de politique économique. Si la croissance est endogène, les pouvoirs publics peuvent agir durablement sur la croissance à long terme par des politiques d'offre : soutien à la R&D, investissement dans l'éducation, développement des infrastructures.
7Institutions, capital social et croissance

Au-delà des facteurs de production et du progrès technique, la qualité des institutions et du capital social conditionne fortement la capacité d'une économie à croître.

Institutions (D. North). Les institutions désignent les règles formelles (lois, droits de propriété, contrats) et informelles (normes sociales, confiance) qui structurent les interactions économiques. Des institutions solides réduisent les coûts de transaction et favorisent l'investissement.

Des droits de propriété bien définis et garantis encouragent l'investissement et l'innovation (les entrepreneurs savent qu'ils pourront profiter des fruits de leur effort). À l'inverse, la corruption, l'instabilité politique ou l'État de droit défaillant freinent la croissance.

Capital social. Ensemble des réseaux de confiance, normes de réciprocité et réseaux de coopération au sein d'une société. Un fort capital social facilite la coordination, réduit les comportements opportunistes et favorise la diffusion des innovations.

Les travaux de Daron Acemoglu et James Robinson (Why Nations Fail, 2012) montrent que les différences de richesse entre pays s'expliquent principalement par la qualité des institutions inclusives (accès ouvert à l'économie, droits protégés) versus extractives (richesse captée par une élite).

Exemple. La Corée du Sud et la Corée du Nord avaient des conditions initiales similaires en 1945. La divergence spectaculaire de leur trajectoire économique illustre le rôle déterminant des institutions : institutions inclusives et investissement en éducation au Sud vs institutions extractives au Nord.
Attention ! Les institutions ne sont pas la seule variable explicative. Des facteurs géographiques (enclavement, climat), historiques (colonisation) et culturels interagissent avec les institutions pour expliquer les trajectoires de croissance.
À retenir
En bref :
• La croissance économique est mesurée par l'évolution du PIB réel. Elle peut être extensive (plus de facteurs) ou intensive (meilleure efficacité).
• Les deux facteurs de production principaux sont le capital (K) et le travail (L), dont l'accumulation est soumise à des rendements décroissants.
• La PGF (Productivité Globale des Facteurs) mesure la part de la croissance non expliquée par l'accumulation de facteurs : elle reflète le progrès technique et l'organisation.
• Le modèle de Solow : croissance durable à long terme uniquement grâce au progrès technique (exogène). Prédit la convergence conditionnelle.
• Les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas, Barro) : le progrès technique résulte de décisions d'investir en R&D, capital humain ou infrastructures → externalités positives, rendements croissants de la connaissance.
• Les institutions et le capital social jouent un rôle essentiel : droits de propriété, confiance, stabilité politique conditionnent l'efficacité des facteurs et du progrès technique.
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