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Spécialité SES Terminale

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Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?

Massification, démocratisation, inégalités de réussite scolaire, rôle de la famille et de l'institution (spécialité SES de Tle)

À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les fonctions de l'École dans une société démocratique, Une massification scolaire spectaculaire, Massification ne veut pas dire démocratisation, Le rôle de la famille : capital culturel et investissements familiaux. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — La proportion de bacheliers dans une génération depuis 1970

Facile

Tableau statistique (série longue) · D'après DEPP, L'état de l'École, édition 2020 (proportion de bacheliers dans une génération) — valeurs arrondies

La DEPP, service statistique du ministère de l'Éducation nationale, publie chaque année des séries longues sur le système éducatif. Ce tableau mesure l'accès au baccalauréat, premier grade universitaire en France.

Année197019801990200020102019
Proportion de bacheliers dans une génération (en %)202643626580

Champ : France. Toutes séries du baccalauréat confondues (générale, technologique, professionnelle). Valeurs arrondies à l'unité.

À l'aide des données du document, vous caractériserez l'évolution de l'accès au baccalauréat depuis 1970.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée de 2019.
  2. Mesurez l'évolution entre 1970 et 2019 en points de pourcentage, puis par un coefficient multiplicateur.
  3. Au cours de quelle décennie la hausse est-elle la plus forte ? Proposez deux explications.
  4. Ce document permet-il de conclure à une démocratisation scolaire ? Justifiez.
Voir la réponse rédigée

1. Selon la DEPP, en France, en 2019, environ 80 % des jeunes d'une génération ont obtenu le baccalauréat, toutes séries confondues.

2. La proportion passe de 20 % à 80 % : elle augmente de 80 − 20 = 60 points de pourcentage. Le coefficient multiplicateur est de 80 / 20 = 4 : la proportion de bacheliers dans une génération a été multipliée par 4, soit une hausse de 300 %. On évite d'écrire « une hausse de 60 % », qui serait fausse.

3. La hausse est la plus forte entre 1990 et 2000 (+ 19 points, de 43 % à 62 %), juste devant les années 1980 (+ 17 points). Deux explications : la création du bac professionnel en 1985, délivré pour la première fois en 1987, qui ouvre le bac à des élèves de lycée professionnel ; l'objectif politique de 80 % d'une génération au niveau du bac, fixé en 1985 et inscrit dans la loi Jospin de 1989. On peut ajouter la demande sociale d'éducation, renforcée par le chômage de masse.

4. Non. Le document mesure une massification : davantage de jeunes obtiennent le bac. Mais il ne donne ni l'origine sociale des bacheliers ni leur série. Or une démocratisation suppose une réduction des écarts entre groupes sociaux. Il faudrait des données croisant le bac obtenu et la profession des parents pour savoir si la démocratisation est égalisatrice ou ségrégative, au sens de Pierre Merle (2000).

Ce que cette analyse apprend — Distinguer points de pourcentage et pourcentage d'évolution, et ne jamais conclure à une démocratisation à partir d'un seul taux global.

Document 2 — L'origine sociale des étudiants selon la filière

Moyen

Tableau statistique (répartition) · D'après MESR-SIES, Repères et références statistiques (RERS) 2023, année universitaire 2022-2023, et INSEE, enquête Emploi 2022 — valeurs arrondies

Le ministère de l'Enseignement supérieur publie chaque année la répartition des étudiants par origine sociale. La dernière ligne sert de point de comparaison avec le poids des catégories dans la population active occupée.

Part des étudiants dont le parent de référence est…Cadre ou profession intellectuelle supérieureOuvrier
Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE)≈ 50 %≈ 7 %
Université (ensemble)≈ 34 %≈ 11 %
Sections de techniciens supérieurs (BTS)≈ 15 %≈ 20 %
Pour comparaison : part de la catégorie dans l'emploi total (INSEE, 2022)≈ 22 %≈ 19 %

Valeurs arrondies, ordres de grandeur. Champ : France, étudiants de nationalité française.

À l'aide des données du document, vous montrerez que l'accès aux études supérieures reste socialement différencié.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification des deux données relatives aux CPGE.
  2. Calculez, pour les CPGE, le rapport entre la part des enfants de cadres parmi les étudiants et la part des cadres dans l'emploi ; faites de même pour les enfants d'ouvriers. Interprétez.
  3. Comparez la composition sociale des CPGE et celle des BTS.
  4. Montrez que ce document illustre une démocratisation ségrégative. Quelle limite présente la comparaison avec l'emploi ?
Voir la réponse rédigée

1. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, en France, en 2022-2023, environ 50 % des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles ont un parent de référence cadre ou exerçant une profession intellectuelle supérieure, contre environ 7 % dont le parent de référence est ouvrier.

2. Pour les enfants de cadres : 50 / 22 ≈ 2,3. Ils sont environ 2,3 fois plus présents en CPGE que le poids des cadres dans l'emploi ne le laisserait attendre : ils sont surreprésentés. Pour les enfants d'ouvriers : 7 / 19 ≈ 0,37. Ils sont environ trois fois moins présents qu'attendu : ils sont sous-représentés. Un rapport égal à 1 signifierait une représentation proportionnelle.

3. La composition sociale s'inverse selon la filière. En CPGE, les enfants de cadres sont environ sept fois plus nombreux que les enfants d'ouvriers (50 / 7 ≈ 7). En BTS, les enfants d'ouvriers sont plus nombreux que les enfants de cadres (environ 20 % contre 15 %) et y sont représentés à peu près à proportion de leur poids dans l'emploi (20 / 19 ≈ 1,05). Les filières longues et sélectives accueillent surtout les milieux favorisés, les filières courtes et professionnalisantes davantage les milieux populaires.

4. Au sens de Pierre Merle (2000), la démocratisation est ségrégative lorsque l'accès progresse pour tous mais que les groupes sociaux se répartissent dans des filières hiérarchisées. C'est ce que montre le document : les enfants d'ouvriers accèdent bien au supérieur, mais surtout en BTS, filière courte, tandis que les CPGE, qui mènent aux grandes écoles, restent dominées par les enfants de cadres. Limite : la comparaison avec l'emploi total (toutes générations confondues) n'est qu'un repère ; il faudrait comparer avec la répartition des parents des jeunes de 18 à 24 ans, qui n'est pas identique.

Ce que cette analyse apprend — Calculer un rapport de représentation pour passer d'une répartition à une conclusion sur la sur- ou sous-représentation d'un groupe.

Document 3 — Filles et garçons dans les filières du supérieur

Moyen

Tableau statistique (parts par filière) · D'après DEPP et SIES, Filles et garçons sur le chemin de l'égalité, de l'école à l'enseignement supérieur, édition 2023 (données de la rentrée 2022) — valeurs arrondies

Cette publication annuelle du ministère rassemble les indicateurs de réussite et d'orientation selon le sexe, de l'école primaire au supérieur. Elle sert de base au suivi de l'égalité entre filles et garçons dans le système éducatif.

Formation (rentrée 2022)Part des filles parmi les étudiants (en %)
Ensemble de l'enseignement supérieur≈ 56
CPGE scientifiques≈ 30
Écoles d'ingénieurs≈ 29
CPGE littéraires≈ 74
Formations paramédicales et sociales≈ 85

Valeurs arrondies, ordres de grandeur. Champ : France.

À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous montrerez que la meilleure réussite scolaire des filles s'accompagne d'orientations différenciées.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée relative aux écoles d'ingénieurs.
  2. Calculez l'écart, en points de pourcentage, entre la part des filles dans les formations paramédicales et sociales et leur part dans les écoles d'ingénieurs.
  3. En quoi le document présente-t-il un paradoxe ?
  4. Expliquez ce paradoxe à l'aide de la notion de socialisation différenciée selon le genre.
Voir la réponse rédigée

1. Selon la DEPP et le SIES, en France, à la rentrée 2022, les filles représentent environ 29 % des étudiants des écoles d'ingénieurs, soit moins d'un tiers.

2. 85 − 29 = 56 points de pourcentage d'écart : les filles sont environ trois fois plus représentées dans les formations paramédicales et sociales que dans les écoles d'ingénieurs (85 / 29 ≈ 2,9).

3. Les filles sont majoritaires dans l'ensemble de l'enseignement supérieur (environ 56 %), ce qui traduit leur meilleure réussite scolaire, notamment au baccalauréat. Pourtant, elles sont nettement minoritaires dans les filières scientifiques sélectives (environ 30 % en CPGE scientifiques, 29 % en écoles d'ingénieurs), qui mènent aux emplois les mieux rémunérés. Réussir mieux ne signifie donc pas s'orienter vers les filières les plus rentables.

4. La socialisation différenciée selon le genre fait intérioriser aux filles et aux garçons des dispositions et des aspirations différentes, dans la famille puis à l'école. Les filles, incitées au travail régulier et à la conformité aux attentes scolaires, réussissent mieux ; mais elles se sous-estiment davantage en mathématiques à niveau égal et anticipent souvent la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, comme l'a montré Marie Duru-Bellat (L'École des filles, 1990). Les garçons, socialisés à la compétition et à la confiance en soi, osent davantage les filières scientifiques sélectives. Les stéréotypes associant les sciences et techniques au masculin, et le soin au féminin, orientent ainsi les choix. Baudelot et Establet (Allez les filles !, 1992) résument ce paradoxe : les filles gagnent à l'école, mais pas encore au moment de l'orientation.

Ce que cette analyse apprend — Rapprocher une donnée globale et des données par filière pour faire apparaître un paradoxe, puis l'expliquer par un mécanisme du programme.

Document 4 — Le poids de l'origine sociale dans les résultats scolaires : la France dans PISA 2022

Difficile

Tableau statistique (comparaison internationale) · D'après OCDE, Résultats du PISA 2022 (volume I), décembre 2023 — valeurs arrondies

L'enquête PISA de l'OCDE évalue tous les trois ans environ les compétences des élèves de 15 ans dans des dizaines de pays. L'édition 2022, publiée fin 2023, portait principalement sur les mathématiques.

Mathématiques, élèves de 15 ans (2022)FranceMoyenne OCDE
Score moyen474472
Écart de score entre le quart d'élèves le plus favorisé et le quart le plus défavorisé (indice de statut économique, social et culturel)≈ 113 points≈ 93 points
Part de la variance des scores associée au statut socio-économique≈ 21 %≈ 15 %

L'indice de statut économique, social et culturel combine le niveau d'éducation des parents, leur profession et les biens culturels et matériels du foyer. Valeurs arrondies.

À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous montrerez que le système scolaire français est marqué par de fortes inégalités de réussite selon l'origine sociale.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée de 113 points.
  2. Comparez la France et la moyenne de l'OCDE pour le score moyen, puis pour l'écart entre élèves favorisés et défavorisés. Que conclure ?
  3. Interprétez la donnée de 21 % : que signifie-t-elle, et que ne signifie-t-elle pas ?
  4. Proposez deux mécanismes du programme qui peuvent expliquer ces écarts, et une limite du document.
Voir la réponse rédigée

1. Selon l'OCDE, en France, en 2022, les élèves de 15 ans appartenant au quart le plus favorisé selon l'indice de statut économique, social et culturel obtiennent en mathématiques un score supérieur d'environ 113 points à celui des élèves du quart le plus défavorisé.

2. Le score moyen français (474) est presque identique à la moyenne de l'OCDE (472) : la France n'est ni en avance ni en retard en moyenne. En revanche, l'écart social y est plus fort : 113 points contre 93, soit environ 20 points de plus, ou un écart supérieur d'environ 21 % (113 / 93 ≈ 1,21). Conclusion : à niveau moyen comparable, le système français est plus inégalitaire que la moyenne des pays de l'OCDE ; les résultats y dépendent davantage de l'origine sociale.

3. En France, environ 21 % des différences de scores entre élèves sont statistiquement associées à leur statut socio-économique, contre environ 15 % en moyenne dans l'OCDE. Cela signifie que l'origine sociale « explique » une part plus importante des écarts. Cela ne signifie pas que l'origine sociale détermine le destin de chaque élève : environ 79 % des écarts tiennent à d'autres facteurs (établissement, genre, configurations familiales, motivation). Il s'agit d'une corrélation statistique, pas d'une causalité individuelle ; les réussites paradoxales étudiées par Lahire (1995) existent.

4. Premier mécanisme : le capital culturel (Bourdieu et Passeron, 1964 et 1970). L'École valorise des compétences, un langage et un rapport au savoir que les élèves favorisés reçoivent en famille ; ce capital fait d'ailleurs partie de l'indice utilisé. Second mécanisme : la ségrégation scolaire et l'effet établissement. Les stratégies résidentielles et scolaires des familles favorisées (van Zanten, 2009) concentrent les élèves défavorisés dans certains établissements, où les conditions d'apprentissage sont plus difficiles. Limite du document : il mesure des performances à 15 ans dans une épreuve standardisée, et non les diplômes ou l'orientation ; il ne permet pas non plus d'isoler la cause de l'écart, puisque l'indice mêle plusieurs dimensions de l'origine sociale.

Ce que cette analyse apprend — Lire une comparaison internationale en distinguant niveau moyen et dispersion, et ne jamais transformer une corrélation en destin individuel.

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