Document 1 — Partie 1 : transformer une réponse faible en réponse argumentée
FacileSujet de partie 1 et copie d'élève à retravailler (avant / après) · Sujet d'entraînement construit sur le programme de Terminale SES (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019, chapitre « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? ») ; copie d'élève rédigée pour l'exercice, 2026.
La question reprend un objectif du chapitre sur la croissance : comprendre que le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus. La copie réunit les défauts les plus fréquents de la partie 1 : définition vague, absence de mécanisme, hors-sujet et discussion non demandée.
Sujet (partie 1, 4 points) : « Montrez que le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus. »
Copie d'élève (avant) :
« Le progrès technique, c'est quand il y a de nouvelles technologies comme les robots ou internet. Aujourd'hui il y a beaucoup d'inégalités car certains gagnent plus que d'autres. Par exemple les patrons des GAFAM sont très riches. Aussi les robots remplacent les ouvriers dans les usines et donc il y a du chômage. Il y a aussi des inégalités entre les pays riches qui ont les technologies et les pays pauvres qui ne les ont pas. On peut dire que le progrès technique est donc une cause des inégalités, même si c'est aussi quelque chose de positif. Donc le progrès technique crée des inégalités mais il permet aussi la croissance économique, ce qui est bien pour tout le monde. »
Partie 1 — Mobilisation des connaissances (4 points). Travaillez la copie en trois étapes.
- Analysez la consigne : que demande le verbe, et quels termes fixent le périmètre de la réponse ?
- Relevez trois défauts de la copie en justifiant chacun.
- Réécrivez la réponse (après) : une phrase d'entrée, deux paragraphes AEI, une phrase de réponse.
Voir la réponse rédigée
1. « Montrez que » demande d'établir la thèse du sujet, sans la discuter. Trois termes fixent le périmètre. Le progrès technique désigne les innovations de produit, de procédé et d'organisation. Le verbe peut signale une possibilité : il s'agit de montrer des mécanismes, pas une loi valable partout. Les inégalités de revenus sont les écarts de salaires et de revenus d'activité entre individus. Sont donc hors sujet les inégalités de patrimoine, les inégalités entre pays et le rôle du progrès technique dans la croissance.
2. Premier défaut : la définition est vague (« quand il y a de nouvelles technologies ») et ne dit pas ce qu'est une innovation. Deuxième défaut : aucun mécanisme n'est expliqué. « Certains gagnent plus que d'autres » constate une inégalité sans dire pourquoi le progrès technique la produit, et l'exemple des « patrons des GAFAM » n'est relié à aucune explication ; l'idée des robots qui remplacent les ouvriers était exploitable, mais la copie conclut sur le chômage sans dire en quoi il creuse les écarts de revenus. Troisième défaut : deux passages sortent de la consigne. Les inégalités entre pays riches et pays pauvres ne sont pas demandées, et la fin (« il permet aussi la croissance… ce qui est bien pour tout le monde ») ouvre une discussion, avec un jugement de valeur, que « montrez que » n'appelle pas.
3. « Le progrès technique désigne l'ensemble des innovations de produit, de procédé et d'organisation qui transforment la production ; il peut accroître les écarts de revenus entre individus par au moins deux mécanismes.
D'abord, le progrès technique est souvent biaisé en faveur du travail qualifié. En effet, les technologies numériques et l'automatisation sont complémentaires des tâches de conception, d'analyse et d'encadrement, et remplacent les tâches répétitives. La demande de travail qualifié augmente donc plus vite que celle de travail peu qualifié, ce qui fait progresser plus vite les salaires des diplômés. Les économistes parlent de polarisation de l'emploi : les emplois intermédiaires routiniers, comme ceux d'opérateur de saisie ou d'ouvrier sur machine, reculent, tandis que progressent les emplois très qualifiés et, dans une moindre mesure, des emplois de service peu qualifiés et peu payés.
Ensuite, l'innovation procure une rente temporaire à celui qui la réalise. Comme l'a montré Joseph Schumpeter, l'entrepreneur qui innove bénéficie d'un monopole provisoire, protégé par exemple par un brevet d'une durée maximale de vingt ans : il peut vendre plus cher et en tirer des revenus très supérieurs à ceux de ses concurrents. Dans l'économie numérique, où un service peut être vendu à des millions d'utilisateurs pour un coût supplémentaire presque nul, ces rentes se concentrent sur quelques fondateurs et actionnaires, ce qui accroît les revenus du haut de la distribution.
Le progrès technique peut donc engendrer des inégalités de revenus, en modifiant la demande de travail selon les qualifications et en concentrant les gains de l'innovation. »
Ce que cette analyse apprend — En partie 1, une réponse vaut par ses mécanismes : définir, puis dérouler deux arguments AEI qui répondent exactement à la question, sans hors-sujet ni discussion.