Je réserve ici
Spécialité Mathématiques Terminale

Ressources · Terminale · Spécialité Mathématiques

Concentration et loi des grands nombres

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev, minoration d’un intervalle, inégalité de concentration pour la moyenne d’un échantillon, loi faible des grands nombres et choix d’une taille d’échantillon.

À propos de cette page
Ce cours de spécialité maths de Terminale suit cinq parties : l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev et sa démonstration, son usage pour minorer la probabilité d’un intervalle ou comparer à une valeur exacte, l’inégalité de concentration pour la moyenne d’un échantillon, la loi faible des grands nombres avec une simulation en Python, et le calcul d’une taille d’échantillon selon la précision et le risque.
1

L’inégalité de Bienaymé-Tchebychev

Ce qu’il faut savoir

Rappels. Une variable aléatoire X prend les valeurs x1,…,xk avec les probabilités p1,…,pk. Son espérance est μ=E(X)=∑pixi, sa variance V(X)=∑pi(xi−μ)2 et son écart type σ=V(X).

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Pour toute variable aléatoire X d’espérance μ et de variance V(X), et pour tout réel δ>0 :

P(|X−μ|⩾δ)⩽V(X)δ2.

Lire l’événement. |X−μ|⩾δ signifie « X⩽μ−δ ou X⩾μ+δ » : X s’écarte de son espérance d’au moins δ. Les deux inégalités sont larges.

En écarts types. Avec δ=kσ (k>0) : P(|X−μ|⩾kσ)⩽1k2. Pour k=2 : au plus 14 ; pour k=3 : au plus 19.

L’inégalité ne demande que μ et V(X) : elle vaut pour toutes les lois, sans connaître la loi de X.

Exemples

Démonstration (variable à valeurs en nombre fini). Tous les termes de V(X)=∑pi(xi−μ)2 sont positifs. Si l’on ne garde que les indices i tels que |xi−μ|⩾δ, la somme diminue :

V(X)⩾∑|xi−μ|⩾δpi(xi−μ)2.

Pour ces indices, (xi−μ)2⩾δ2, donc V(X)⩾δ2∑|xi−μ|⩾δpi. Or cette dernière somme est exactement P(|X−μ|⩾δ). On obtient V(X)⩾δ2P(|X−μ|⩾δ), et l’on divise par δ2>0. ∎

Appliquer. X vérifie E(X)=7 et V(X)=2,25. Avec δ=6 : P(|X−7|⩾6)⩽2,2536=0,0625. La probabilité que X sorte de l’intervalle ]1;13[ est au plus 6,25%, quelle que soit la loi de X.

Le même calcul en écarts types. Ici σ=2,25=1,5 et 6=4×1,5 : c’est un écart de 4 écarts types, d’où le majorant 142=116=0,0625.

Réflexe — Je repère μ et la variance V(X) (si l’énoncé donne l’écart type σ, je l’élève au carré). J’écris l’événement sous la forme |X−μ|⩾δ, puis je cite « d’après l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev » et je calcule V(X)δ2.

Attention — L’inégalité donne un majorant, pas la probabilité : on écrit « au plus 0,0625 », jamais « =0,0625 ». Et V est une variance : avec σ=3, on divise 9 par δ2, pas 3.

1 / 5

2

Utiliser l’inégalité : contraire, intervalle, valeur exacte

Ce qu’il faut savoir

Événement contraire. Le contraire de |X−μ|⩾δ est |X−μ|<δ, c’est-à-dire μ−δ<X<μ+δ (inégalités strictes). D’où la minoration :

P(μ−δ<X<μ+δ)⩾1−V(X)δ2.

Intervalle non centré. Si a>μ, l’événement X⩾a est contenu dans |X−μ|⩾a−μ, donc P(X⩾a)⩽V(X)(a−μ)2.

Trouver δ. Pour un risque α donné, V(X)δ2⩽α⟺δ⩾V(X)α : on obtient un intervalle centré en μ qui contient X avec une probabilité d’au moins 1−α.

Majorant inutile. Si δ⩽σ, alors V(X)δ2⩾1 : l’inégalité est vraie mais n’apprend rien.

Exemples

Avec une loi binomiale. X suit la loi ℬ(80;0,25) : E(X)=80×0,25=20 et V(X)=80×0,25×0,75=15. L’événement « X⩽12 ou X⩾28 » est |X−20|⩾8, donc P(|X−20|⩾8)⩽1564≈0,235 (par excès). Par contraire, P(12<X<28)⩾4964≈0,765 (par défaut) ; comme X est entière, c’est P(13⩽X⩽27).

Intervalle à 95%. Même X, risque α=0,05 : 15δ2⩽0,05⟺δ2⩾300, soit δ⩾300≈17,32. Donc P(|X−20|<300)⩾0,95 ; pour des entiers, |X−20|<300 revient à 3⩽X⩽37.

Comparer à la valeur exacte. Y suit ℬ(50;0,2) : E(Y)=10, V(Y)=8. L’inégalité donne P(|Y−10|⩾5)⩽825=0,32. À la calculatrice, P(Y⩽5)+P(Y⩾15)≈0,109 : l’inégalité est vraie mais grossière.

Un seul côté. Même Y : Y⩾18 entraîne |Y−10|⩾8, donc P(Y⩾18)⩽864=0,125.

Réflexe — Question « au moins » sur un intervalle : je le centre en μ, je passe au contraire et j’écris 1−Vδ2. Intervalle d’un seul côté : j’inclus l’événement dans un |X−μ|⩾δ. Je donne le majorant exact (fraction) avant sa valeur approchée.

Attention — Le contraire de « ⩾δ » est « <δ » : bornes exclues. Et un majorant arrondi se donne par excès (0,2083… donne « au plus 0,209 »), un minorant par défaut.

2 / 5

3

Moyenne d’un échantillon et inégalité de concentration

Ce qu’il faut savoir

Rappel (chapitre Sommes de variables aléatoires). Un échantillon de taille n de la loi de X est une liste (X1,…,Xn) de variables indépendantes de même loi que X. Sa moyenne Mn=X1+⋯+Xnn vérifie E(Mn)=μ et V(Mn)=Vn, où V=V(X).

Inégalité de concentration. Pour tout réel δ>0 :

P(|Mn−μ|⩾δ)⩽Vnδ2.

Fréquence. Si Xi vaut 1 quand un événement de probabilité p se réalise et 0 sinon (loi de Bernoulli), Mn est la fréquence Fn de l’événement, μ=p et V=p(1−p).

Effet de la taille. À δ fixé, le majorant est divisé par k quand n est multiplié par k ; à n fixé, diviser δ par 2 multiplie le majorant par 4.

Exemples

Démonstration. On applique l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev à la variable Mn, d’espérance μ et de variance Vn : P(|Mn−μ|⩾δ)⩽V(Mn)δ2=Vnδ2. ∎

Une pièce lancée 500 fois. F500 est la fréquence de pile d’une pièce équilibrée : μ=0,5 et V=0,5×0,5=0,25. Avec δ=0,05 :

P(|F500−0,5|⩾0,05)⩽0,25500×0,0025 =0,251,25=0,2.

La fréquence de pile est donc dans ]0,45;0,55[ avec une probabilité d’au moins 0,8. Pour un nombre n quelconque de lancers, le majorant vaut 0,250,0025n=100n.

Avec un écart type. La durée de vie d’une ampoule a pour espérance 1200 h et pour écart type 150 h ; on en teste 90. Ici V=1502=22500 et, avec δ=30 : P(|M90−1200|⩾30)⩽2250090×900 =518≈0,278. La durée moyenne est dans ]1170;1230[ avec une probabilité d’au moins 1318≈0,722.

Réflexe — J’identifie la variable d’une observation (son μ, sa variance V), puis n et δ. J’écris « d’après l’inégalité de concentration » et je calcule Vnδ2 ; je conclus par une phrase dans le contexte.

Attention — Oublier le n revient à appliquer Bienaymé-Tchebychev à une seule observation : le majorant est n fois trop grand. Et l’inégalité exige des Xi indépendantes et de même loi.

3 / 5

4

La loi faible des grands nombres

Ce qu’il faut savoir

Loi faible des grands nombres. Soit Mn la moyenne d’un échantillon de taille n d’une variable aléatoire d’espérance μ. Pour tout réel δ>0 :

limn→+∞P(|Mn−μ|⩾δ)=0.

Moyenne et espérance. La moyenne de n observations indépendantes se rapproche de l’espérance : on estime μ par la moyenne d’un grand échantillon.

Fréquence et probabilité. Avec des variables de Bernoulli, Mn=Fn et μ=p : la fréquence observée se stabilise autour de la probabilité. C’est le lien entre l’expérience et le modèle.

Exemples

Démonstration. Pour tout n⩾1, une probabilité est positive et l’inégalité de concentration s’applique :

0⩽P(|Mn−μ|⩾δ)⩽Vnδ2.

Comme δ et V sont fixés, limn→+∞Vnδ2=0. D’après le théorème des gendarmes, la probabilité tend vers 0. ∎

Des cartes. On tire une carte avec remise dans un jeu de 32 cartes, un très grand nombre de fois. La proportion de cœurs observée se rapproche de 832=0,25.

Simulation en Python. On mesure, sur N échantillons de n lancers d’une pièce équilibrée, la proportion de ceux dont la fréquence de pile s’écarte de 0,5 d’au moins d :

from random import random

def freq(n):
    c = 0
    for k in range(n):
        if random() < 0.5:
            c = c + 1
    return c / n

def proportion(n, N, d):
    e = 0
    for j in range(N):
        x = abs(freq(n) - 0.5)
        x = round(x, 9)
        if x >= d:
            e = e + 1
    return e / N

Avec proportion(500, 10000, 0.05), on obtient environ 0,028 (la valeur exacte de la probabilité est 0,0283 à 10−4 près) : bien en dessous du majorant 0,2 trouvé plus haut pour 500 lancers. La simulation illustre l’inégalité de concentration et montre qu’elle est grossière.

Le round évite une erreur d’arrondi des flottants : sans lui, 0,45−0,5 ne donne pas exactement −0,05, et le cas F=0,45 ne serait pas compté.

Réflexe — Pour justifier qu’une probabilité d’écart « tend vers 0 », j’encadre entre 0 et Vnδ2 et je cite le théorème des gendarmes. Pour interpréter, je dis : « la moyenne (ou la fréquence) se rapproche de l’espérance (ou de la probabilité) quand n grandit ».

Attention — La loi ne dit pas que Mn finit par égaler μ, ni qu’un déséquilibre passé sera « compensé » : après dix piles, face garde la probabilité 0,5. Les écarts deviennent seulement de moins en moins probables. Sans indépendance, la loi peut être fausse : si X1=X2=⋯=Xn, alors Mn=X1 ne se rapproche pas de μ.

4 / 5

5

Choisir la taille d’un échantillon

Ce qu’il faut savoir

Taille d’échantillon. On fixe une précision δ et un risque α. Pour garantir P(|Mn−μ|⩾δ)⩽α, il suffit que Vnδ2⩽α, c’est-à-dire :

n⩾Vαδ2.

On prend le plus petit entier qui convient (on arrondit à l’entier supérieur).

Proportion inconnue. Pour tout réel p, p(1−p)=14−(p−12)2⩽14. Quand p est inconnu, on remplace V=p(1−p) par 14 : la taille obtenue convient pour toutes les valeurs de p.

Précision pour un n donné. À n et α fixés, la plus petite précision garantie est δ=Vnα.

Exemples

Remplir des bouteilles. Le volume d’une bouteille de jus a pour espérance 1000 mL et pour écart type 8 mL. On veut que le volume moyen de n bouteilles s’écarte de 1000 mL de moins de 2 mL avec une probabilité d’au moins 0,95. Ici V=64, δ=2, α=0,05 : n⩾640,05×4=320. Il faut au moins 320 bouteilles.

Sondage sans connaître p. On veut P(|Fn−p|⩾0,02)⩽0,1. Comme V=p(1−p)⩽14, le majorant est au plus 0,250,0004n. Il suffit que n⩾0,250,1×0,0004=6250 : un échantillon de 6250 personnes convient, quelle que soit la valeur de p.

Précision obtenue. Avec n=2500 personnes, p inconnu et α=0,05 : δ=0,252500×0,05=0,002≈0,045. La fréquence est à moins de 0,045 de p avec une probabilité d’au moins 0,95.

Réflexe — Je traduis l’énoncé en « précision δ » et « risque α » (probabilité d’au moins 0,96 : α=0,04), j’écris Vnδ2⩽α, j’isole n et je prends l’entier supérieur. Si p est inconnu, V=14.

Attention — Vαδ2=487,5 donne n=488, pas 487. Et la taille trouvée est suffisante, pas forcément nécessaire : l’inégalité étant grossière, un échantillon plus petit peut déjà convenir.

5 / 5

+

Pour aller plus loin

Espérance et variance d’une somme. La linéarité de l’espérance, l’additivité de la variance pour des variables indépendantes (admise au programme) et les égalités E(Mn)=μ et V(Mn)=Vn qui en découlent sont traitées dans le chapitre Sommes de variables aléatoires.

Intervalle exact avec la loi binomiale. Quand la loi est connue (binomiale), la calculatrice donne la probabilité exacte d’un intervalle, bien plus précise que Bienaymé-Tchebychev : voir le chapitre Loi binomiale.

À retenir
  • Bienaymé-Tchebychev : P(|X−μ|⩾δ)⩽V(X)δ2 pour tout δ>0 ; avec δ=kσ, le majorant est 1k2.
  • Contraire : P(μ−δ<X<μ+δ)⩾1−V(X)δ2 (bornes exclues) ; un majorant n’est jamais la valeur exacte.
  • Concentration : P(|Mn−μ|⩾δ)⩽Vnδ2, car V(Mn)=Vn ; pour une fréquence, V=p(1−p).
  • Loi des grands nombres : P(|Mn−μ|⩾δ)→0 ; la moyenne se rapproche de l’espérance, la fréquence de la probabilité.
  • Taille d’échantillon : n⩾Vαδ2, entier supérieur ; p inconnu : V⩽14.

Questions fréquentes

Que dit l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev ?

Pour une variable aléatoire X d’espérance μ et de variance V(X), et pour tout réel δ > 0, P(|X − μ| ≥ δ) ≤ V(X)/δ². La probabilité que X s’écarte de son espérance d’au moins δ est au plus V(X)/δ², quelle que soit la loi de X.

Comment minorer la probabilité qu’une variable soit dans un intervalle ?

On écrit l’intervalle sous la forme μ − δ < X < μ + δ, c’est-à-dire |X − μ| < δ : c’est le contraire de |X − μ| ≥ δ. On obtient P(μ − δ < X < μ + δ) ≥ 1 − V(X)/δ². Pour un intervalle d’un seul côté, on l’inclut dans un événement |X − μ| ≥ δ.

Quelle est la différence entre l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev et l’inégalité de concentration ?

L’inégalité de concentration est Bienaymé-Tchebychev appliquée à la moyenne Mₙ d’un échantillon de taille n, dont la variance est V/n. Elle donne P(|Mₙ − μ| ≥ δ) ≤ V/(nδ²) : le majorant diminue quand n augmente.

Que dit la loi faible des grands nombres ?

Pour tout δ > 0, la probabilité que la moyenne d’un échantillon s’écarte de l’espérance d’au moins δ tend vers 0 quand la taille n tend vers +∞. La moyenne se rapproche de l’espérance et la fréquence de la probabilité, sans compensation des écarts passés.

Comment trouver la taille d’échantillon nécessaire ?

On veut P(|Mₙ − μ| ≥ δ) ≤ α : il suffit que V/(nδ²) ≤ α, soit n ≥ V/(αδ²), puis on prend l’entier supérieur. Pour une proportion inconnue, on remplace la variance p(1 − p) par 1/4, sa valeur maximale.

Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

Prof de maths à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs