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Lycée · Terminale · Spécialité Mathématiques

Concentration et loi des grands nombres

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev, inégalité de concentration, loi faible des grands nombres et échantillonnage (programme de Terminale spécialité maths)

À propos de cette page
Ce cours de spécialité mathématiques en terminale sur « Concentration et loi des grands nombres » suit le programme officiel de spécialité mathématiques de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : L'essentiel, L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, Moyenne d'un échantillon et inégalité de concentration, La loi faible des grands nombres. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité mathématiques.
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L'essentiel

Rappels. Pour une variable aléatoire X d'espérance μ=E(X) et de variance V(X), l'écart-type est σ(X)=V(X). Un échantillon de taille n de X est une liste (X1,,Xn) de variables aléatoires indépendantes et de même loi que X. Sa moyenne est Mn=X1++Xnn et l'on a E(Mn)=μ, V(Mn)=V(X)n, σ(Mn)=σ(X)n.
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Pour tout réel δ>0 : P(|Xμ|δ)V(X)δ2.
Inégalité de concentration. Si Mn est la moyenne d'un échantillon de taille n d'une variable d'espérance μ et de variance V, alors pour tout δ>0 : P(|Mnμ|δ)Vnδ2.
Loi faible des grands nombres. Avec les mêmes notations, pour tout δ>0 : limn+P(|Mnμ|δ)=0.
Exemple. Une variable X vérifie E(X)=7 et V(X)=2,25. Alors P(|X7|6)2,2536=0,0625 : la probabilité que X sorte de l'intervalle ]1 ; 13[ est au plus 6,25 %, quelle que soit la loi de X.
Lire l'événement. |Xμ|δ signifie « Xμδ ou Xμ+δ ». Son contraire est « μδ<X<μ+δ » (inégalités strictes).
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L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev

L'inégalité affirme qu'une variable aléatoire a peu de chances de s'éloigner beaucoup de son espérance, d'autant moins que sa variance est petite. Elle ne demande aucune connaissance de la loi de X : seules l'espérance et la variance interviennent.

Démonstration (exigible), cas d'une variable prenant un nombre fini de valeurs. Soit X prenant les valeurs x1,,xk avec les probabilités p1,,pk, et μ=E(X). Par définition, V(X)=i=1kpi(xiμ)2.
Tous les termes de cette somme sont positifs ; en ne conservant que les indices i pour lesquels |xiμ|δ, on obtient une somme plus petite : V(X)|xiμ|δpi(xiμ)2. Pour ces indices, (xiμ)2δ2, donc V(X)δ2|xiμ|δpi=δ2P(|Xμ|δ). Comme δ2>0, on divise : P(|Xμ|δ)V(X)δ2.
Lecture en écarts-types. En prenant δ=kσ (avec k>0) : P(|Xμ|kσ)1k2. Pour k=2 : au plus 14 ; pour k=3 : au plus 19. Pour k1, le majorant est supérieur ou égal à 1 : l'inégalité n'apprend rien.
Exemple. X suit la loi binomiale (50 ; 0,2) : μ=10 et V(X)=50×0,2×0,8=8. Alors P(|X10|5)825=0,32. Le calcul exact à la calculatrice, P(X5)+P(X15), donne environ 0,11 : l'inégalité est vraie, mais elle surestime largement la probabilité.
Un majorant, pas une valeur. L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev ne dit jamais « la probabilité vaut… » mais « la probabilité est au plus… ». Elle est valable pour toutes les lois de même espérance et de même variance, y compris les plus dispersées : c'est pour cela qu'elle est souvent très grossière.
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Moyenne d'un échantillon et inégalité de concentration

On répète n fois une expérience de manière indépendante et on note Xi le résultat de la i-ième répétition. Les Xi sont indépendantes, de même loi qu'une variable X d'espérance μ et de variance V. La question est : à quel point la moyenne observée Mn est-elle proche de μ ?

Propriété (inégalité de concentration). Pour tout δ>0, P(|Mnμ|δ)Vnδ2.Démonstration. D'après le chapitre précédent, E(Mn)=μ et, par indépendance, V(Mn)=Vn. On applique l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev à la variable Mn : P(|Mnμ|δ)V(Mn)δ2=Vnδ2.
Exemple. On lance 500 fois une pièce équilibrée et on note M500 la fréquence de « pile ». Chaque Xi suit la loi de Bernoulli de paramètre 0,5 : μ=0,5 et V=0,5×0,5=0,25. Alors P(|M5000,5|0,05)0,25500×0,052=0,251,25=0,2. Autrement dit, la fréquence de pile est dans ]0,45 ; 0,55[ avec une probabilité d'au moins 0,8.

Pour cette pièce et cet écart δ=0,05, le majorant vaut 0,250,0025n=100n : il décroît comme l'inverse de n.

Effet de la taille. À δ fixé, multiplier n par 4 divise le majorant par 4 ; à n fixé, diviser δ par 2 multiplie le majorant par 4. La précision se paie en taille d'échantillon.
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La loi faible des grands nombres

Théorème (loi faible des grands nombres). Soit (X1,,Xn) un échantillon d'une variable aléatoire d'espérance μ et de variance V, et Mn sa moyenne. Pour tout δ>0, limn+P(|Mnμ|δ)=0.Démonstration. Pour tout n, 0P(|Mnμ|δ)Vnδ2, et Vnδ20 quand n+. Par le théorème des gendarmes, la probabilité tend vers 0.
Interprétation.
Moyenne et espérance. La moyenne de n observations indépendantes d'une même variable se rapproche de son espérance : c'est ce qui justifie d'estimer μ par la moyenne d'un grand échantillon.
Fréquence et probabilité. Si Xi vaut 1 lorsqu'un événement A se réalise et 0 sinon, alors Mn est la fréquence de A sur n répétitions et μ=P(A) : la fréquence observée se stabilise autour de la probabilité.
Exemple. Sur un très grand nombre de tirages d'une carte dans un jeu de 32 cartes (avec remise), la proportion de cœurs observée se rapproche de 832=0,25 : c'est la loi des grands nombres qui relie l'expérience (la fréquence) au modèle (la probabilité).
Ce que la loi ne dit pas. Elle ne dit pas que Mn finit par être égale à μ, ni qu'un déséquilibre passé sera « compensé » par les tirages suivants : chaque nouveau tirage est indépendant des précédents. Elle dit seulement que les écarts importants deviennent de moins en moins probables.
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Taille d'échantillon et simulation

Choisir la taille d'un échantillon. On fixe une précision δ et un risque α (par exemple α=0,05). Pour garantir P(|Mnμ|δ)α, il suffit d'imposer Vnδ2α, c'est-à-dire nVαδ2. On arrondit à l'entier supérieur.
Exemple. La masse d'un paquet de café a pour espérance 500 g et pour écart-type 6 g. On veut que la masse moyenne de n paquets s'écarte de 500 g de moins de 0,75 g avec une probabilité d'au moins 0,96, soit un risque α=0,04 : n360,04×0,752=360,0225=1600. Il faut peser au moins 1600 paquets.
Proportion inconnue. Pour une variable de Bernoulli de paramètre p, V=p(1p)14. Quand p est inconnu, on remplace V par 14 : la taille obtenue convient pour toutes les valeurs de p.
Illustrer par simulation (Python). On lance n fois une pièce équilibrée et on mesure la proportion, sur N répétitions, des échantillons dont la fréquence s'écarte de 0,5 d'au moins delta.
from random import random

def frequence_pile(n):
    c = 0
    for k in range(n):
        if random() < 0.5:
            c = c + 1
    return c / n

def proportion_ecarts(n, N, delta):
    e = 0
    for k in range(N):
        if abs(frequence_pile(n) - 0.5) >= delta:
            e = e + 1
    return e / N

Avec n = 500, N = 10000 et delta = 0.05, on obtient une proportion d'environ 0,025, très inférieure au majorant 0,2 trouvé dans la section 3 : la simulation illustre à la fois l'inégalité de concentration (la proportion observée reste sous le majorant) et son caractère grossier.

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Méthodes

Méthode — Majorer une probabilité avec l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev
  1. Déterminer μ=E(X) et V(X) (formules de la loi, ou données de l'énoncé).
  2. Écrire l'événement sous la forme |Xμ|δ : l'intervalle doit être centré en μ et les deux inégalités larges.
  3. Appliquer P(|Xμ|δ)V(X)δ2 et calculer.
  4. Si la question porte sur l'événement contraire μδ<X<μ+δ, passer au complémentaire : P1V(X)δ2.
Exemple rédigé. X suit la loi (80 ; 0,25). Majorer P(X12 ou X28).
E(X)=80×0,25=20 et V(X)=80×0,25×0,75=15. L'événement « X12 ou X28 » est |X20|8. D'après l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev avec δ=8 : P(|X20|8)15640,234.
Méthode — Utiliser l'inégalité de concentration
  1. Identifier la variable X d'une observation, son espérance μ et sa variance V (attention : V est le carré de l'écart-type).
  2. Identifier la taille n de l'échantillon et l'écart δ demandé.
  3. Écrire P(|Mnμ|δ)Vnδ2 et calculer.
  4. Conclure par une phrase, en revenant au contexte (et à l'événement contraire si nécessaire).
Exemple rédigé. La durée de vie d'une ampoule a pour espérance 1200 h et pour écart-type 150 h. On teste 90 ampoules. Majorer la probabilité que leur durée de vie moyenne s'écarte d'au moins 30 h de 1200 h.
V=1502=22500, n=90, δ=30. D'après l'inégalité de concentration : P(|M901200|30)2250090×900=22500810000,278. La durée moyenne est donc dans ]1170 ; 1230[ avec une probabilité d'au moins 0,72.
Méthode — Déterminer une taille d'échantillon
  1. Traduire la contrainte : P(|Mnμ|δ)α (risque α, précision δ).
  2. Il suffit que le majorant soit inférieur à α : Vnδ2αnVαδ2.
  3. Si V est inconnue (proportion), la majorer par 14.
  4. Arrondir à l'entier supérieur et conclure.
Exemple rédigé. On veut estimer une proportion p inconnue par une fréquence Fn avec P(|Fnp|0,02)0,1.
V=p(1p)14, donc P(|Fnp|0,02)14n×0,022=10,0016n. Il suffit que 10,0016n0,1, soit n10,00016=6250. Un échantillon de 6250 personnes convient, quelle que soit la valeur de p.
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Pièges et erreurs classiques

Confondre variance et écart-type. Dans Vδ2, V est la variance. Si l'énoncé donne l'écart-type σ, il faut l'élever au carré : δ et σ sont dans l'unité de X, V dans l'unité au carré.
Oublier de diviser par n. Pour la moyenne d'un échantillon, la variance est Vn, pas V. Utiliser V à la place de Vn donne un majorant n fois trop grand, souvent supérieur à 1.
Un majorant supérieur à 1. Si Vδ21, l'inégalité est vraie mais inutile : on savait déjà qu'une probabilité est inférieure à 1. Cela arrive dès que δσ.
Inégalité large, contraire strict. L'événement |Xμ|δ contient les bornes μ±δ ; son contraire est μδ<X<μ+δ, avec des inégalités strictes. Pour une variable à valeurs entières, traduire soigneusement (« X12 ou X28 »).
Prendre le majorant pour la probabilité. Écrire « P()=0,32 » après l'inégalité est une erreur : la valeur exacte peut être bien plus petite. On écrit « au plus 0,32 ».
La fausse « compensation ». La loi des grands nombres ne dit pas qu'après une série de piles, face devient plus probable. Elle porte sur la fréquence à long terme, pas sur le prochain tirage.
En bref
  • Bienaymé-Tchebychev : P(|Xμ|δ)V(X)δ2 pour tout δ>0, quelle que soit la loi de X.
  • En écarts-types : P(|Xμ|kσ)1k2 ; inutile si k1.
  • Moyenne d'un échantillon : E(Mn)=μ, V(Mn)=Vn, donc P(|Mnμ|δ)Vnδ2 (inégalité de concentration).
  • Loi faible des grands nombres : P(|Mnμ|δ)0 ; la fréquence observée se stabilise autour de la probabilité.
  • Taille d'échantillon : nVαδ2, avec V14 pour une proportion inconnue.
  • Une inégalité donne un majorant, jamais la valeur exacte.
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