Thème 2 — Axe 2 : le défi de la construction de la paix
Traités de Westphalie, l'ONU sous Kofi Annan, le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix depuis 1945 (spécialité HGGSP de Tle)
À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Thème 2 — Axe 2 : le défi de la construction de la paix » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Construire la paix : un processus, pas un moment, 1648 : les traités de Westphalie, une paix de compromis, Le « système westphalien » : un modèle ou un mythe ?, La sécurité collective : de la SDN à l'ONU (1920-1996). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Les traités de Westphalie : construire une paix durable
Facile
Extraits de traités (traduction du latin) · Traité de Münster (Instrumentum Pacis Monasteriensis) et traité d'Osnabrück (Instrumentum Pacis Osnabrugensis), signés le 24 octobre 1648 ; traduction française des passages cités établie d'après le texte latin.
Signés après cinq ans de congrès, ces traités mettent fin à la guerre de Trente Ans dans le Saint-Empire. Rédigés en latin, langue de la diplomatie, ils engagent l'empereur Ferdinand III, le roi de France Louis XIV (alors mineur), la reine Christine de Suède et les États de l'Empire.
Traité de Münster, article 1. Qu'il y ait une paix chrétienne, universelle et perpétuelle, et une amitié vraie et sincère entre Sa Majesté sacrée impériale et Sa Majesté très chrétienne [le roi de France], ainsi qu'entre tous et chacun de leurs alliés et adhérents […] ; et que cette paix soit observée et cultivée si sincèrement que chaque partie procure l'utilité, l'honneur et l'avantage de l'autre.
Traité de Münster, article 2. Qu'il y ait de part et d'autre un oubli et une amnistie perpétuels de tout ce qui a été commis de façon hostile, depuis le commencement de ces troubles, en quelque lieu et de quelque manière que ce soit, par l'une ou l'autre partie […].
Traité d'Osnabrück, article VIII, § 2. Que chacun des États [de l'Empire] jouisse librement et à perpétuité du droit de faire des alliances entre eux et avec les étrangers, pour sa conservation et sa sûreté ; pourvu néanmoins que ces alliances ne soient dirigées ni contre l'empereur et l'Empire, ni contre la paix publique de l'Empire, ni surtout contre la présente transaction.
Traité d'Osnabrück, article XVII, § 5 et 6 (résumé). Tous les signataires sont tenus de défendre et de protéger chacune des dispositions de cette paix contre quiconque, sans distinction de religion. La partie lésée doit d'abord chercher un règlement amiable ou judiciaire ; si le différend n'est pas réglé dans un délai de trois ans, tous doivent prendre les armes avec elle pour repousser l'injustice.
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez comment les traités de Westphalie cherchent à construire une paix durable en Europe, et quelles en sont les limites.
Présentez le document : nature, date, signataires, contexte.
Relevez les moyens par lesquels les traités cherchent à rendre la paix durable.
Montrez que l'article VIII, § 2 transforme l'équilibre politique du Saint-Empire.
Confrontez le document à vos connaissances : pourquoi ces traités ont-ils été vus comme la naissance d'un « système westphalien », et pourquoi faut-il nuancer cette lecture ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document réunit des extraits des deux traités signés le 24 octobre 1648 qui forment la paix de Westphalie : le traité de Münster, entre l'empereur Ferdinand III et le roi de France Louis XIV, alors enfant et représenté par les plénipotentiaires de la régence d'Anne d'Autriche et de Mazarin (le comte d'Avaux, Abel Servien), et le traité d'Osnabrück, entre l'empereur et la reine Christine de Suède. Les États du Saint-Empire y sont parties. Ce sont des actes juridiques rédigés en latin, qui concluent un congrès ouvert en 1643-1644 pour mettre fin à la guerre de Trente Ans, commencée en Bohême en 1618 et qui a ravagé l'Empire.
2. Les traités combinent trois moyens. D'abord une paix « universelle et perpétuelle » (art. 1) qui engage non seulement les souverains, mais « tous et chacun de leurs alliés » : la paix est générale, elle ne laisse pas de foyer de guerre secondaire dans l'Empire. Ensuite « un oubli et une amnistie perpétuels » (art. 2) : on renonce à poursuivre les actes commis pendant la guerre, pour éviter les vengeances qui relanceraient le conflit. Enfin une garantie collective (Osnabrück, art. XVII) : tous les signataires doivent défendre la paix, d'abord par la voie amiable ou judiciaire, puis par les armes au bout de trois ans. La paix repose donc à la fois sur la réconciliation et sur la dissuasion.
3. L'article VIII, § 2 accorde à chaque État de l'Empire le droit « de faire des alliances entre eux et avec les étrangers ». Les quelque 300 principautés, villes libres et évêchés deviennent des acteurs de la politique européenne : un prince allemand peut s'allier à la France ou à la Suède. L'empereur voit son autorité limitée, ce que recherchaient Richelieu puis Mazarin pour affaiblir les Habsbourg. Mais la restriction finale (« ni contre l'empereur et l'Empire ») montre que l'Empire subsiste : ce droit reste encadré.
4. Au XXe siècle, des juristes comme Leo Gross (1948) ont vu dans ces traités la naissance d'un ordre fondé sur des États souverains, égaux et sans autorité supérieure : le « système westphalien ». Le document semble le confirmer : négociation multilatérale, droit d'alliance, religion laissée aux princes (confirmation de la paix d'Augsbourg), pape tenu à l'écart, Innocent X condamnant d'ailleurs les traités. Il faut pourtant nuancer. Les traités reconnaissent aux princes un « droit territorial » à l'intérieur de l'Empire, non une souveraineté pleine ; le Saint-Empire dure jusqu'en 1806 ; la guerre franco-espagnole continue jusqu'à la paix des Pyrénées (1659). Le texte exprime aussi le point de vue des puissances qui ont gagné la guerre : la France et la Suède, garantes, obtiennent des territoires (droits en Alsace, Poméranie occidentale) et un droit de regard sur les affaires allemandes. L'historien Andreas Osiander (2001) parle ainsi d'un « mythe westphalien ».
Ce que cette analyse apprend — Distinguer ce que dit un texte de 1648 de ce que les siècles suivants lui ont fait dire.
Document 2 — Les opérations de paix de l'ONU pendant les mandats de Kofi Annan
Moyen
Tableau de données (résolutions du Conseil de sécurité) · Tableau construit d'après les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies adoptées entre 1999 et 2006 (textes officiels, série S/RES).
Kofi Annan est secrétaire général de l'ONU du 1er janvier 1997 au 31 décembre 2006. Le tableau recense une sélection d'opérations créées ou autorisées par le Conseil de sécurité pendant ses mandats, après les échecs du Rwanda (1994) et de Srebrenica (1995).
Territoire
Opération
Résolution
Date
Nature
Kosovo
MINUK
1244
10 juin 1999
Administration civile intérimaire ; sécurité confiée à une force de l'OTAN (KFOR)
Timor oriental
INTERFET
1264
15 septembre 1999
Force multinationale autorisée au titre du chapitre VII, dirigée par l'Australie
Sierra Leone
MINUSIL
1270
22 octobre 1999
Maintien de la paix, désarmement des combattants
Timor oriental
ATNUTO
1272
25 octobre 1999
Administration transitoire jusqu'à l'indépendance (2002)
RD Congo
MONUC
1279
30 novembre 1999
Observation du cessez-le-feu, puis protection des civils
Afghanistan
FIAS
1386
20 décembre 2001
Force multinationale autorisée pour la sécurité de Kaboul
Liberia
MINUL
1509
19 septembre 2003
Mission multidimensionnelle après la guerre civile
Côte d'Ivoire
ONUCI
1528
27 février 2004
Mission multidimensionnelle
Haïti
MINUSTAH
1542
30 avril 2004
Mission de stabilisation
Soudan
MINUS
1590
24 mars 2005
Appui à l'accord de paix entre le Nord et le Sud
Liban
FINUL renforcée
1701
11 août 2006
Surveillance de la cessation des hostilités entre Israël et le Hezbollah
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez comment l'ONU transforme la sécurité collective sous les mandats de Kofi Annan, et quelles limites le document laisse voir ou passe sous silence.
Présentez le document et expliquez ce que signifie une force « autorisée au titre du chapitre VII ».
Classez les opérations selon leur nature : quelles évolutions du maintien de la paix apparaissent ?
Où se situent ces opérations ? Expliquez cette répartition.
Quelles limites de l'action de l'ONU le tableau ne montre-t-il pas ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'un tableau construit à partir des résolutions du Conseil de sécurité adoptées entre 1999 et 2006, c'est-à-dire des décisions officielles de l'organe chargé de la paix par la Charte de 1945. Il recense onze opérations dans dix territoires, créées ou autorisées pendant les mandats de Kofi Annan. Une force « autorisée au titre du chapitre VII » n'est pas une force de l'ONU : le Conseil, constatant une menace contre la paix, permet à des États (l'Australie au Timor oriental, puis l'OTAN en Afghanistan à partir de 2003) d'employer la force en son nom. C'est la sécurité collective déléguée.
2. Trois types d'opérations apparaissent. Les missions classiques de maintien de la paix (observation du cessez-le-feu au Congo, FINUL au Liban) prolongent le modèle né en 1948-1956. Les forces multinationales autorisées (INTERFET, FIAS) relèvent de l'imposition de la paix. Surtout, l'ONU innove avec des administrations de territoires (MINUK au Kosovo, ATNUTO au Timor oriental) et des missions multidimensionnelles (Liberia, Côte d'Ivoire), chargées de désarmer les combattants, de former la police, d'organiser des élections. C'est l'application du rapport Brahimi (2000) : la paix ne se maintient plus seulement, elle se construit. Le mandat de la MONUC, étendu à la protection des civils, traduit aussi les leçons du Rwanda.
3. Cinq opérations sur onze concernent l'Afrique (Sierra Leone, RDC, Liberia, Côte d'Ivoire, Soudan), où se multiplient après 1990 des guerres civiles liées à l'effondrement d'États et à l'exploitation des ressources. Les autres touchent les Balkans (Kosovo), l'Asie (Timor oriental, Afghanistan), les Caraïbes (Haïti) et le Moyen-Orient (Liban). Ce sont surtout des conflits internes, et non des guerres entre États : la sécurité collective s'adapte à des conflits pour lesquels la Charte n'avait pas été pensée.
4. Le tableau ne montre que ce que le Conseil a voté. Il passe sous silence les guerres menées sans lui : les bombardements de l'OTAN sur la Serbie (mars-juin 1999), avant la résolution 1244, et surtout l'invasion de l'Irak en 2003, que Kofi Annan jugea « illégale » en 2004. Il ne dit rien de l'impuissance au Darfour à partir de 2003, ni de l'attentat contre le siège de l'ONU à Bagdad (19 août 2003), ni des abus commis par des casques bleus en RDC. Enfin, créer une mission ne garantit pas son succès : la MONUC n'a pas mis fin aux violences dans l'est du Congo. Le document est une liste officielle ; il faut le confronter aux résultats sur le terrain.
Ce que cette analyse apprend — Faire parler un tableau en classant ses lignes, puis chercher ce qu'il ne contient pas.
Document 3 — La guerre des Six Jours et la résolution 242
Moyen
Carte (description) et texte officiel de l'ONU · Document 1 : carte construite d'après les lignes d'armistice de 1949 et les lignes de cessez-le-feu de juin 1967. Document 2 : résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à l'unanimité le 22 novembre 1967 (extraits).
En six jours de juin 1967, Israël bat l'Égypte, la Jordanie et la Syrie. Cinq mois plus tard, le Conseil de sécurité, où siègent les États-Unis et l'URSS, adopte à l'unanimité un texte de compromis préparé par le Royaume-Uni.
Document 1 — carte (description). La carte représente Israël et ses voisins en juin 1967. Un trait plein figure la « ligne verte », limite fixée par les armistices de 1949. Des aplats hachurés montrent les territoires occupés par Israël à l'issue de la guerre des Six Jours (5-10 juin 1967) : la péninsule du Sinaï et la bande de Gaza (sous contrôle égyptien avant la guerre), la Cisjordanie et Jérusalem-Est (sous contrôle jordanien), le plateau du Golan (syrien). Le canal de Suez devient la ligne de front entre Israël et l'Égypte ; une flèche signale le détroit de Tiran, dont la fermeture par l'Égypte en mai 1967 a précédé la guerre.
Document 2 — résolution 242 (extraits). Le Conseil de sécurité, […] Soulignant l'inadmissibilité de l'acquisition de territoire par la guerre et la nécessité d'œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité, […] 1. Affirme que l'accomplissement des principes de la Charte exige l'instauration d'une paix juste et durable au Moyen-Orient qui devrait comprendre l'application des deux principes suivants : i) Retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ; ii) Cessation de toutes assertions de belligérance ou de tous états de belligérance et respect et reconnaissance de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque État de la région et de leur droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues à l'abri de menaces ou d'actes de force ; 2. Affirme en outre la nécessité a) De garantir la liberté de navigation sur les voies d'eau internationales de la région ; b) De réaliser un juste règlement du problème des réfugiés ; c) De garantir l'inviolabilité territoriale et l'indépendance politique de chaque État de la région, par des mesures comprenant la création de zones démilitarisées ; 3. Prie le Secrétaire général de désigner un représentant spécial pour se rendre au Moyen-Orient […].
En analysant les documents, en les confrontant à vos connaissances, vous montrerez ce que la résolution 242 propose pour construire la paix au Proche-Orient et pourquoi elle n'a été appliquée que partiellement.
Présentez les deux documents et leur contexte.
À l'aide de la carte, identifiez les territoires occupés en 1967 et expliquez en quoi cette occupation change les enjeux du conflit.
Montrez que la résolution 242 cherche un équilibre entre les demandes des États arabes et celles d'Israël.
Confrontez les documents à vos connaissances : quelles ambiguïtés et quelles absences expliquent l'application partielle de la résolution ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document 1 est une carte qui compare la « ligne verte » des armistices de 1949 et les lignes de cessez-le-feu de juin 1967. Le document 2 est un extrait de la résolution 242, adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité le 22 novembre 1967, sur une proposition britannique. Elle intervient après la guerre des Six Jours (5-10 juin 1967), déclenchée par Israël après la fermeture du détroit de Tiran par l'Égypte de Nasser et la concentration de troupes égyptiennes dans le Sinaï.
2. Israël occupe le Sinaï et Gaza (auparavant sous contrôle égyptien), la Cisjordanie et Jérusalem-Est (jordaniennes), le plateau du Golan (syrien). Son territoire contrôlé est multiplié par plus de trois (ordre de grandeur), le canal de Suez devient une ligne de front. Le conflit change de nature : il ne porte plus seulement sur l'existence d'Israël, mais sur des territoires occupés, peuplés de plus d'un million de Palestiniens (ordre de grandeur), et sur Jérusalem, ville sainte des trois monothéismes. Ces territoires deviennent une monnaie d'échange possible pour la paix.
3. La résolution associe deux principes. Aux États arabes, elle accorde le retrait israélien « des territoires occupés » et rappelle « l'inadmissibilité de l'acquisition de territoire par la guerre ». À Israël, elle accorde la fin de « tous états de belligérance », la reconnaissance de la souveraineté de « chaque État de la région » et son droit de vivre dans des « frontières sûres et reconnues », ainsi que la liberté de navigation (détroit de Tiran, canal de Suez). C'est le principe « la terre contre la paix ». Un représentant spécial du secrétaire général, le Suédois Gunnar Jarring, est chargé de le mettre en œuvre.
4. Le texte est un compromis ambigu. La version anglaise parle de retrait « from territories », sans article défini : Israël y lit un retrait de certains territoires, les États arabes un retrait de tous. Surtout, les Palestiniens n'y sont pas nommés : ils n'apparaissent que sous la forme d'un « problème des réfugiés », ce qui explique que l'OLP rejette la résolution jusqu'en 1988. Au sommet de Khartoum (septembre 1967), la Ligue arabe refuse paix, reconnaissance et négociation avec Israël. L'application est donc partielle : le Sinaï est rendu à l'Égypte après le traité de 1979, mais Israël annexe Jérusalem-Est (loi de 1980) et le Golan (1981), et la Cisjordanie reste occupée. La résolution 242 demeure pourtant la base juridique de toutes les négociations ultérieures, de Camp David à Oslo.
Ce que cette analyse apprend — Confronter une carte et un texte pour montrer qu'un compromis diplomatique repose sur des mots choisis pour être lus différemment.
Document 4 — De la non-ingérence à la responsabilité de protéger
Difficile
Deux textes juridiques officiels · Document 1 : Charte des Nations unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945, article 2, § 4 et § 7. Document 2 : Document final du Sommet mondial de 2005, résolution 60/1 de l'Assemblée générale des Nations unies, septembre 2005, § 138 et 139 (extraits).
La Charte est rédigée en 1945 par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Le Document final est adopté soixante ans plus tard par les chefs d'État et de gouvernement réunis à New York, au terme du second mandat de Kofi Annan, qui avait posé la question de l'intervention humanitaire devant l'Assemblée générale en septembre 1999.
Document 1 — Charte des Nations unies (1945), article 2. § 4. Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. […] § 7. Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ni n'oblige les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte ; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII.
Document 2 — Document final du Sommet mondial (2005). § 138. C'est à chaque État qu'il incombe de protéger ses populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité. Cette responsabilité consiste notamment dans la prévention de ces crimes, y compris la prévention de l'incitation à les commettre, par les moyens nécessaires et appropriés. Nous acceptons cette responsabilité et agirons de manière à nous y conformer. […] § 139. Il incombe également à la communauté internationale, dans le cadre de l'Organisation des Nations Unies, de mettre en œuvre les moyens diplomatiques, humanitaires et autres moyens pacifiques appropriés, conformément aux Chapitres VI et VIII de la Charte, afin d'aider à protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité. Dans ce contexte, nous sommes prêts à mener en temps voulu une action collective résolue, par l'entremise du Conseil de sécurité, conformément à la Charte, notamment son Chapitre VII, au cas par cas […], lorsque ces moyens pacifiques se révèlent inadéquats et que les autorités nationales n'assurent manifestement pas la protection de leurs populations […].
En analysant les documents, en les confrontant à vos connaissances, vous montrerez comment la communauté internationale a cherché, sous les mandats de Kofi Annan, à concilier la souveraineté des États et la protection des populations, et vous en mesurerez la portée.
Présentez les deux documents : nature, auteurs, dates, portée juridique.
Quel principe le document 1 pose-t-il, et quelle exception prévoit-il ?
Montrez ce que le document 2 change dans la conception de la souveraineté, et expliquez pourquoi ce changement intervient entre 1995 et 2005.
Relevez les précautions et les limites contenues dans le document 2.
Confrontez le document 2 à vos connaissances : comment la responsabilité de protéger a-t-elle été appliquée après 2005 ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document 1 est un extrait de la Charte des Nations unies, traité signé le 26 juin 1945 par 50 États à San Francisco et entré en vigueur le 24 octobre 1945 : c'est la norme suprême du droit international, qui s'impose à tous les membres. Le document 2 est un extrait du Document final du Sommet mondial de septembre 2005, adopté par l'Assemblée générale sous la forme de la résolution 60/1. C'est une résolution de l'Assemblée : elle a une grande portée politique, mais n'est pas juridiquement contraignante comme un traité.
2. Le document 1 pose deux principes liés : l'interdiction du recours à la force entre États (§ 4) et la non-intervention dans les affaires « qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État » (§ 7). La souveraineté protège donc un État contre toute ingérence, y compris de l'ONU. La seule exception concerne les « mesures de coercition prévues au Chapitre VII », c'est-à-dire les décisions du Conseil de sécurité face à une menace contre la paix. La Charte de 1945 pense la paix entre États, non la protection des populations contre leur propre État.
3. Le document 2 renverse la perspective : la souveraineté n'est plus seulement un droit, c'est une responsabilité (« C'est à chaque État qu'il incombe de protéger ses populations »). Si l'État y manque « manifestement », la communauté internationale peut agir, jusqu'à une « action collective résolue » au titre du chapitre VII. Ce changement répond aux échecs des années 1990 : le génocide des Tutsi au Rwanda (1994) et le massacre de Srebrenica (1995), commis sous les yeux des casques bleus. Il répond aussi à l'intervention de l'OTAN au Kosovo (1999), menée sans aval du Conseil : Kofi Annan cherche à éviter à la fois l'inaction et l'intervention hors du droit. La commission réunie par le Canada (CIISE) a forgé la notion en 2001.
4. Le texte est prudent. Il limite la responsabilité à quatre crimes précis. Il privilégie la prévention et les moyens pacifiques (chapitres VI et VIII). L'usage de la force passe obligatoirement « par l'entremise du Conseil de sécurité », donc reste soumis au veto, et se décide « au cas par cas » : il n'y a aucune obligation d'intervenir. Les États du Sud, méfiants envers un droit d'ingérence qui rappelle la colonisation, ont obtenu ces garde-fous.
5. La responsabilité de protéger est invoquée en mars 2011 par la résolution 1973, qui autorise la protection des civils en Libye. Mais l'intervention de l'OTAN, qui contribue à la chute de Kadhafi, est dénoncée par la Russie et la Chine comme un détournement du mandat. En Syrie, ces deux pays opposent leur veto à de nombreux projets de résolution à partir d'octobre 2011. La responsabilité de protéger reste donc un principe politique fort, mais son application dépend du consensus entre membres permanents : elle illustre à la fois l'ambition réformatrice des années Annan et les limites structurelles de la sécurité collective.
Ce que cette analyse apprend — Comparer deux textes juridiques pour mesurer une évolution du droit, puis en discuter la portée réelle.
Bloqué sur ce chapitre ?
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