« Avoir raison », c'est soutenir une proposition vraie ou justifiée ; le « puis-je savoir » redouble la difficulté, puisqu'il faudrait un critère pour juger de son propre jugement. Le sujet porte sur la possibilité d'une autovalidation.
Existe-t-il un critère interne du vrai, ou faut-il sortir de soi pour savoir si l'on a raison ?
Le plan en trois parties
Oui : le vrai porte en lui sa marque
- Une proposition résiste au doute le plus radical : je pense, donc je suis, et j'en sais la vérité sans recours extérieur.Descartes, Méditations métaphysiques
- La clarté et la distinction sont un critère interne, accessible à chacun.Descartes, Discours de la méthode
- Le vrai est indice de lui-même et du faux : avoir une idée vraie, c'est savoir qu'on l'a.Spinoza, Éthique II
Non : le sentiment de certitude n'est pas un critère
- Les erreurs les plus tenaces se présentent comme des évidences : la certitude subjective ne prouve rien.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Nous rationalisons après coup des convictions dont la source nous échappe.Freud, L'Avenir d'une illusion
- Se demander « que sais-je ? » rappelle que nous jugeons depuis une place, une époque, une coutume.Montaigne, Essais
Je le sais par l'épreuve et par autrui
- On ne prouve pas qu'on a raison, on montre qu'on n'a pas encore été démenti : la réfutation est le seul juge.Popper, Conjectures et réfutations
- Devoir justifier devant d'autres transforme une conviction en thèse défendable.Habermas, Théorie de l'agir communicationnel
- Le critère est l'usage public de la raison : ce qui ne peut être exposé à tous n'est pas encore un savoir.Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?
Le désaccord persistant d'un expert avec toute sa discipline est-il le signe d'une erreur, ou la condition possible d'une découverte ?