Se soucier de la vérité, c'est se demander si ce qu'on tient pour vrai l'est réellement, au risque de devoir y renoncer ; vivre exige seulement de se repérer avec assez de sûreté. Le sujet demande si ce souci est une exigence vitale ou un luxe philosophique.
Le souci du vrai est-il une condition de l'existence humaine, ou un choix que l'on peut ne pas faire ?
Le plan en trois parties
On vit très bien d'opinions
- Les erreurs utiles à la vie ont plus de valeur vitale que les vérités qui la découragent.Nietzsche, Par-delà le bien et le mal
- Les illusions remplissent une fonction : elles permettent de supporter l'existence.Freud, L'Avenir d'une illusion
- Une idée qui réussit dans la pratique suffit à guider l'action, sans qu'on interroge son fondement.William James, Le Pragmatisme
Non : la vie commune suppose des faits partagés
- Sans faits établis, il n'y a plus de monde commun, donc plus de politique possible : seulement des récits rivaux.Arendt, Vérité et politique
- Toute parole adressée prétend au vrai : on ne peut pas communiquer en renonçant à cette prétention.Habermas, Théorie de l'agir communicationnel
- Renoncer au souci du vrai, c'est accepter d'être dirigé par d'autres : c'est la définition de la minorité.Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?
Le souci du vrai est d'abord un souci de soi
- Une vie sans examen n'est pas digne d'être vécue : le souci du vrai est une manière d'exister.Platon, Apologie de Socrate
- Comprendre, c'est augmenter sa puissance d'agir : l'indifférence au vrai est une diminution de soi.Spinoza, Éthique
- Dire vrai est aussi un rapport à soi et un courage, non seulement une conformité aux faits.Foucault, Le Courage de la vérité
Préférer une information qui nous conforte est-il un simple confort, ou déjà une manière de renoncer à soi ?