« Connaître la vérité », c'est posséder un jugement conforme à ce qui est et savoir qu'il l'est ; le doute est la suspension du jugement, faute de raison suffisante de trancher. Le sujet demande si les deux s'excluent : si l'on sait, on ne doute plus, mais un savoir qui ne doute plus ne risque-t-il pas de n'être qu'une croyance bien installée ?
Le doute est-il ce que la connaissance de la vérité élimine, ou ce qu'elle doit conserver en elle pour rester une connaissance ?
Le plan en trois parties
Connaître le vrai, c'est avoir mis fin au doute
- La vérité se définit comme accord du jugement avec son objet : une fois cet accord établi, le doute n'a plus d'objet.Aristote, Métaphysique
- L'évidence est un critère interne : ce que je conçois clairement et distinctement, je ne peux pas en douter pendant que je le conçois.Descartes, Discours de la méthode
- Le vrai se reconnaît lui-même : celui qui possède une idée vraie sait qu'il la possède, comme celui qui voit sait qu'il voit.Spinoza, Éthique II
Mais aucune connaissance n'est à l'abri du doute
- Les vérités tirées de l'expérience reposent sur une généralisation que rien ne garantit : l'habitude, non la preuve, fonde notre confiance.Hume, Enquête sur l'entendement humain
- Une théorie scientifique n'est jamais vérifiée définitivement : elle reste exposée à un fait qui la démentirait.Popper, Conjectures et réfutations
- À toute raison de croire, on peut opposer une raison contraire de force égale : la suspension du jugement est la seule attitude honnête.Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes
Le doute n'est pas l'envers du savoir, mais sa méthode
- Le doute volontaire et provisoire est un instrument : il écarte les opinions reçues pour laisser apparaître ce qui résiste.Descartes, Méditations métaphysiques
- On ne connaît jamais sur un terrain vierge : il faut douter de ses premières évidences, qui sont des obstacles.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Savoir jusqu'où va notre pouvoir de connaître, c'est intégrer au savoir la conscience de ses limites.Kant, Critique de la raison pure
Une société qui a désappris à douter méthodiquement est-elle mieux armée contre le mensonge, ou plus vulnérable encore ?