Une vérité se dit d’un jugement conforme à son objet et susceptible d’être établi ; parler de vérité de foi semble donc contradictoire, puisque la foi se passe de preuve. Il faut distinguer le vrai démontré et le vrai tenu pour tel.
Peut-on parler de vérité là où manque la preuve, ou l’expression « vérité de foi » n’est-elle qu’une manière de couvrir une croyance du prestige du savoir ?
Le plan en trois parties
Non : sans preuve, il n’y a pas de vérité, mais une opinion
- Ce qui ne se démontre ni ne s’observe ne relève pas de la connaissance.Kant, Critique de la raison pure
- Un témoignage extraordinaire reste moins probable que sa propre fausseté.Hume, Enquête sur l’entendement humain
- Prendre l’imagination pour un savoir, c’est la définition même de la superstition.Spinoza, Traité théologico-politique
Oui : certaines vérités engagent celui qui les tient
- Le cœur connaît des principes premiers que la raison ne démontre pas.Pascal, Pensées
- La subjectivité est la vérité quand il s’agit d’exister, non de connaître un objet.Kierkegaard, Crainte et Tremblement
- Là où l’option est vivante et la preuve indisponible, croire n’est pas irrationnel.James, La Volonté de croire
Ni savoir ni opinion : le statut propre du postulat et du symbole
- Les postulats de la raison pratique ne sont pas des connaissances, mais des exigences.Kant, Critique de la raison pratique
- Le symbole donne à penser une vérité qui n’a pas la forme d’un énoncé vérifiable.Ricœur, La Symbolique du mal
- La religion présente en images une vérité que le concept doit reprendre.Hegel, Leçons sur la philosophie de la religion
Appeler vérité ce qu’on ne peut prouver, est-ce un abus de langage ou l’aveu que la vérité nous dépasse ?