« Critiquer » ne signifie pas condamner mais délimiter la portée et les titres d’une prétention. Le sujet oppose donc une critique interne, qui purifie la religion, à une critique destructrice qui l’élimine.
La critique de la religion conduit-elle nécessairement à son rejet, ou peut-elle être la condition d’une foi devenue adulte ?
Le plan en trois parties
La critique moderne a été faite pour rejeter
- La religion est la projection aliénée de l’essence humaine : la critique vise à la reprendre.Feuerbach, L’Essence du christianisme
- Critiquer le ciel n’a de sens que pour critiquer la terre qui le produit.Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel
- La morale religieuse est dénoncée comme un renversement des valeurs par ressentiment.Nietzsche, La Généalogie de la morale
Mais la critique la plus rigoureuse peut préserver la foi
- Supprimer le savoir pour faire place à la croyance : la critique protège la foi de la métaphysique.Kant, Critique de la raison pure
- Interpréter l’Écriture par elle-même sépare la piété de la superstition, sans nier la piété.Spinoza, Traité théologico-politique
- La foi cherchant l’intelligence : la tradition elle-même soumet le dogme à l’examen.Anselme, Proslogion
La critique comme travail du sens : du soupçon à la seconde naïveté
- Traverser l’école du soupçon permet de revenir au symbole sans naïveté première.Ricœur, De l’interprétation
- Le symbole donne à penser : la critique fait passer du récit pris à la lettre à son sens.Ricœur, La Symbolique du mal
- Distinguer religion statique et religion dynamique permet de critiquer l’une au nom de l’autre.Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion
Une religion qui accepte d’être critiquée est-elle affaiblie, ou est-elle enfin devenue capable de convaincre ?