Le sacré sépare : il institue un domaine soustrait à l’usage ordinaire. Le désenchantement nomme le recul des puissances magiques devant la rationalisation technique et scientifique.
Le désenchantement du monde supprime-t-il le sacré, ou le déplace-t-il vers des objets que nous ne reconnaissons plus comme sacrés ?
Le plan en trois parties
Le monde moderne semble avoir liquidé le sacré
- La rationalisation évacue les puissances mystérieuses : tout est, en principe, calculable.Weber, Le Savant et le Politique
- La mort de Dieu est l’événement par lequel l’horizon des valeurs se vide.Nietzsche, Le Gai Savoir
- Le christianisme lui-même a organisé la sortie de la religion comme structure du monde.Gauchet, Le Désenchantement du monde
Mais le sacré subsiste, déplacé et méconnu
- Toute société sépare des choses intouchables : c’est la structure même du sacré.Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse
- L’homme moderne conserve des comportements hiérophaniques sans en avoir le langage.Eliade, Le Sacré et le Profane
- Le sentiment du numineux n’est pas une croyance, mais une expérience qui survit aux dogmes.Otto, Le Sacré
Un sacré sans dieux : la dignité de la personne
- Ce qui a une dignité est sans prix : l’humanité est ce qu’on ne peut traiter comme un moyen.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Le visage d’autrui interdit le meurtre avant tout commandement religieux.Lévinas, Totalité et Infini
- Les héritages religieux peuvent être traduits en principes communs à une société plurielle.Habermas, Entre naturalisme et religion
Si nos sociétés sacralisent encore, savent-elles seulement ce qu’elles tiennent pour sacré ?