Penser suppose l’examen, le doute et la possibilité de se dédire ; croire semble au contraire fixer l’esprit sur un contenu soustrait à la discussion. Il faut cependant distinguer la croyance dogmatique et la foi réfléchie.
La croyance suspend-elle l’exercice de la pensée, ou peut-elle être le point de départ d’une pensée qui se sait croyante ?
Le plan en trois parties
Oui : la croyance ferme la question que la pensée ouvre
- La superstition demande l’obéissance là où il faudrait examiner les causes.Spinoza, Traité théologico-politique
- La coutume nous fait tenir pour évident ce que nous n’avons jamais interrogé.Montaigne, Essais
- Croire par désir, c’est prendre pour vrai ce qu’on souhaite : l’esprit y renonce à se contredire.Freud, L’Avenir d’une illusion
Non : croire est un acte de la pensée, non son abandon
- Croire c’est tenir pour vrai subjectivement suffisant : c’est un mode du jugement.Kant, Critique de la raison pure
- La foi cherche l’intelligence : elle demande à comprendre ce qu’elle tient.Anselme, Proslogion
- Croire pour comprendre, comprendre pour croire : le mouvement est circulaire, non suspensif.Augustin, Sermons
Ce qui distingue les croyances : leur rapport à leur propre incertitude
- La croyance devient fanatisme quand elle oublie qu’elle est croyance.Voltaire, Traité sur la tolérance
- Le soupçon bien conduit reconduit au symbole et relance l’interprétation.Ricœur, De l’interprétation
- Une foi qui sait qu’elle risque reste pensée, parce qu’elle se sait exposée.Kierkegaard, Crainte et Tremblement
Une pensée qui ne croirait rien aurait-elle encore quelque chose à penser ?