Consoler, c’est adoucir une peine sans supprimer sa cause ; le « ne… que » réduit la religion à cette fonction affective. Le sujet oppose donc l’efficacité subjective de la religion à sa prétention à la vérité.
La religion se ramène-t-elle à la consolation qu’elle procure, ou cette fonction en cache-t-elle d’autres, cognitives, morales et politiques ?
Le plan en trois parties
Oui : elle naît de la détresse et vit d’elle
- Elle est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur.Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel
- Elle accomplit les désirs les plus anciens de l’humanité face à la nature et à la mort.Freud, L’Avenir d’une illusion
- La fabulation neutralise la représentation déprimante de l’inévitable.Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion
Non : elle institue autant qu’elle console
- Elle fonde une communauté morale et produit les catégories mêmes de la pensée collective.Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse
- Elle a soutenu une éthique du travail et de la discipline, non une simple évasion.Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme
- Elle a soutenu des mœurs sans lesquelles la liberté démocratique se corrompt.Tocqueville, De la démocratie en Amérique
Une exigence plutôt qu’un réconfort
- La foi morale n’apaise pas : elle soutient une obligation inconditionnelle.Kant, Critique de la raison pratique
- La foi d’Abraham est angoisse, non consolation : elle expose au lieu de rassurer.Kierkegaard, Crainte et Tremblement
- La responsabilité pour autrui pèse au lieu de réconforter : c’est là que le religieux commence.Lévinas, Totalité et Infini
Une foi qui n’apporte aucune consolation est-elle encore attirante, ou enfin désintéressée ?