Le « ne… que » réduit la croyance religieuse à une affaire intime, sans portée collective ni prétention objective. Or croire, en religion, c’est adhérer à un contenu partagé, transmis et pratiqué avec d’autres.
La croyance religieuse est-elle un acte intérieur qui n’engage que celui qui croit, ou un fait social dont la dimension collective est constitutive ?
Le plan en trois parties
La foi est bien un acte personnel, irréductible à la contrainte
- Nul ne peut croire à la place d’un autre : la conviction intérieure échappe au magistrat.Locke, Lettre sur la tolérance
- La foi est un risque assumé par un individu seul, contre l’universel et contre l’évidence.Kierkegaard, Crainte et Tremblement
- Le cœur atteint ce que la démonstration n’établit pas : l’adhésion est une affaire de sujet.Pascal, Pensées
Mais la croyance religieuse est un fait social avant d’être une conviction
- Une religion est un système de croyances et de pratiques qui unit une communauté morale.Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse
- Ce qu’on tient pour sacré vient d’une tradition reçue, non d’un examen individuel.Montaigne, Essais
- Croire, c’est entrer dans une forme de vie, avec ses gestes et son langage partagés.Wittgenstein, Leçons sur la croyance religieuse
Personnelle dans son acte, publique dans ses effets : d’où la nécessité d’un cadre commun
- La foi intérieure reste libre, mais ses manifestations entrent dans l’espace commun et s’y règlent.Spinoza, Traité théologico-politique
- La religion est en démocratie une institution politique, par les mœurs qu’elle soutient.Tocqueville, De la démocratie en Amérique
- L’État séculier doit accueillir les raisons religieuses à condition qu’elles se traduisent en arguments publics.Habermas, Entre naturalisme et religion
Si la croyance déborde toujours la sphère privée, la laïcité protège-t-elle la foi ou seulement l’espace commun ?