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Les régimes totalitaires

Fascisme italien, nazisme, stalinisme, idéologies, terreur, propagande, embrigadement, politiques expansionnistes (programme d'histoire de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Les régimes totalitaires » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les régimes totalitaires : un mot, une notion, des critères, L'URSS de Staline : transformer la société par la force, L'Italie fasciste : l'invention de l'« État totalitaire », L'Allemagne nazie : mise au pas et État racial. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — L'ascension électorale du parti nazi (1928-1933)

Facile

Tableau statistique · Résultats officiels des élections au Reichstag de 1928 à 1933, publiés par l'Office statistique du Reich (Statistisches Reichsamt) ; pourcentages des suffrages exprimés.

Sous la république de Weimar, le Reichstag est élu à la proportionnelle et le chancelier est nommé par le président du Reich. Entre 1930 et 1933, les élections se succèdent dans un climat de violences de rue entre SA nazis et militants communistes.

ÉlectionParticipationNSDAP (nazis)SPD (sociaux-démocrates)KPD (communistes)Total des sièges
20 mai 192875,6 %2,6 % · 12 sièges29,8 % · 153 sièges10,6 % · 54 sièges491
14 septembre 193082,0 %18,3 % · 107 sièges24,5 % · 143 sièges13,1 % · 77 sièges577
31 juillet 193284,1 %37,3 % · 230 sièges21,6 % · 133 sièges14,3 % · 89 sièges608
6 novembre 193280,6 %33,1 % · 196 sièges20,4 % · 121 sièges16,9 % · 100 sièges584
5 mars 193388,7 %43,9 % · 288 sièges18,3 % · 120 sièges12,3 % · 81 sièges647

Le nombre total de sièges varie car la loi électorale attribue un député pour 60 000 voix environ.

Analysez ce document en montrant comment le parti nazi parvient au pouvoir et ce que ces chiffres révèlent, ou ne révèlent pas, de l'adhésion des Allemands.

  1. Présentez le document et décrivez l'évolution des résultats du NSDAP de 1928 à juillet 1932.
  2. Le NSDAP a-t-il obtenu la majorité absolue au Reichstag ? Justifiez par un calcul.
  3. Pourquoi les élections du 5 mars 1933 ne peuvent-elles pas être considérées comme libres ?
  4. Montrez que le document ne suffit pas à expliquer l'arrivée de Hitler au pouvoir total.
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique présente les résultats des cinq élections au Reichstag, le Parlement allemand, de mai 1928 à mars 1933, pour le parti nazi (NSDAP) et les deux partis de gauche, le SPD et le KPD. L'ascension du NSDAP est fulgurante : marginal en 1928 avec 2,6 % des voix et 12 sièges, il obtient 18,3 % et 107 sièges en septembre 1930, puis devient le premier parti d'Allemagne le 31 juillet 1932 avec 37,3 % des voix et 230 sièges. La hausse simultanée de la participation, de 75,6 % à 84,1 %, suggère qu'il mobilise aussi d'anciens abstentionnistes.

2. Le NSDAP n'obtient jamais seul la majorité absolue. En juillet 1932, avec 230 sièges sur 608, il est loin des 305 sièges nécessaires ; en novembre 1932, il recule même à 33,1 % et 196 sièges, perdant environ deux millions de voix. En mars 1933, ses 288 sièges sur 647 restent encore sous la majorité de 324 : il ne l'atteint qu'avec ses alliés nationalistes du DNVP (52 sièges). Hitler n'a donc pas été porté au pouvoir par une majorité d'électeurs.

3. Le scrutin du 5 mars 1933 se déroule alors que Hitler est déjà chancelier depuis le 30 janvier. Après l'incendie du Reichstag (27 février), le décret du 28 février suspend les libertés individuelles et la liberté de la presse ; des milliers de communistes sont arrêtés, et les SA, devenus police auxiliaire en Prusse, intimident les opposants. Malgré cette pression et une participation record de 88,7 %, le NSDAP ne dépasse pas 43,9 % : ce chiffre mesure autant la peur que l'adhésion, et montre qu'une majorité d'électeurs vote encore contre lui.

4. Le tableau montre une conquête électorale, pas la prise du pouvoir. Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg, sur le conseil de conservateurs comme Franz von Papen qui pensaient pouvoir le contrôler. Le pouvoir total vient ensuite, hors des urnes : loi des pleins pouvoirs du 23 mars 1933 (444 voix contre 94, les députés communistes étant arrêtés ou en fuite), dissolution des syndicats le 2 mai, parti unique le 14 juillet 1933. Le document s'arrête au moment où les élections cessent d'être libres : le 12 novembre 1933, les électeurs n'ont plus qu'une liste unique nazie.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau électoral : calculer la majorité, repérer les ruptures et confronter les chiffres au contexte qui en limite la portée.

Document 2 — « Tout est dans l'État » : la doctrine officielle du fascisme

Moyen

Texte doctrinal (article d'encyclopédie) · Benito Mussolini (avec le philosophe Giovanni Gentile), « La Doctrine du fascisme », article « Fascismo » de l'Enciclopedia Italiana, 1932 ; extraits traduits de l'italien.

En 1932, dix ans après la marche sur Rome, le régime fasciste célèbre son anniversaire et fixe sa doctrine dans la grande encyclopédie nationale. La première partie est rédigée par le philosophe Giovanni Gentile, la seconde par Mussolini, qui signe l'ensemble.

« Anti-individualiste, la conception fasciste est pour l'État ; et elle est pour l'individu dans la mesure où celui-ci coïncide avec l'État […]. Pour le fasciste, tout est dans l'État, et rien d'humain ou de spirituel n'existe, et a fortiori n'a de valeur, en dehors de l'État. En ce sens, le fascisme est totalitaire, et l'État fasciste, synthèse et unité de toute valeur, interprète, développe et renforce toute la vie du peuple. Ni individus hors de l'État, ni groupes (partis politiques, associations, syndicats, classes). […]
Le fascisme nie que le nombre, par le simple fait d'être le nombre, puisse diriger les sociétés humaines ; il nie que ce nombre puisse gouverner au moyen d'une consultation périodique. […]
Le fascisme ne croit ni à la possibilité ni à l'utilité de la paix perpétuelle. Il repousse donc le pacifisme, qui cache un renoncement à la lutte et une lâcheté devant le sacrifice. Seule la guerre porte au maximum de tension toutes les énergies humaines et imprime un sceau de noblesse aux peuples qui ont le courage de l'affronter. […]
L'État fasciste est une volonté de puissance et d'empire. La tradition romaine est ici une idée de force. »

Montrez que ce texte définit un projet totalitaire, puis confrontez-le à la réalité du régime fasciste.

  1. Présentez le document : nature, auteurs, date, destinataires.
  2. Quelle place l'individu occupe-t-il face à l'État ? Relevez deux expressions.
  3. Quels adversaires le texte désigne-t-il ?
  4. En quoi ce texte annonce-t-il la politique extérieure de l'Italie fasciste ?
  5. Le régime fasciste a-t-il réalisé ce projet totalitaire ? Nuancez.
Voir la réponse rédigée

1. Ce texte doctrinal est extrait de l'article « Fascismo » de l'Enciclopedia Italiana, publié en 1932 sous la signature de Benito Mussolini, chef du gouvernement italien depuis 1922, avec la collaboration du philosophe Giovanni Gentile. Il paraît pour le dixième anniversaire de la marche sur Rome, dans une encyclopédie destinée au public cultivé italien et étranger : c'est la définition officielle que le régime donne de lui-même.

2. L'individu n'existe que par l'État. Le texte se dit « anti-individualiste » et n'accepte l'individu que « dans la mesure où celui-ci coïncide avec l'État ». Surtout, « rien d'humain ou de spirituel n'existe […] en dehors de l'État », qui « interprète, développe et renforce toute la vie du peuple ». Le mot « totalitaire » est ici revendiqué : l'État englobe la conscience, la culture et la vie sociale.

3. Le texte vise trois adversaires. Le libéralisme, puisqu'il refuse l'individu autonome et interdit les « groupes » libres : « partis politiques, associations, syndicats ». La démocratie, puisqu'il « nie que le nombre » puisse diriger la société par une « consultation périodique », c'est-à-dire par les élections. Le socialisme et le marxisme enfin, visés par le refus des « classes », que l'État fasciste prétend dépasser par le corporatisme. Le pacifisme est aussi rejeté comme une « lâcheté devant le sacrifice ».

4. Le texte fait de la guerre une valeur : elle seule « imprime un sceau de noblesse aux peuples », et l'État fasciste est « volonté de puissance et d'empire », dans la « tradition romaine ». Cette doctrine annonce la conquête de l'Éthiopie (octobre 1935-mai 1936), menée avec des gaz de combat, la proclamation de l'Empire en mai 1936, l'intervention aux côtés de Franco en Espagne à partir de 1936 et l'invasion de l'Albanie le 7 avril 1939.

5. Le projet n'est réalisé qu'en partie. Les lois fascistissimes de 1925-1926 imposent le parti unique, la censure et une police politique, et l'embrigadement de la jeunesse (Balilla, 1926) est réel. Mais deux pouvoirs échappent à l'État fasciste : le roi Victor-Emmanuel III, qui reste chef de l'État, et l'Église catholique, dont les accords du Latran (1929) reconnaissent l'autorité. C'est pourquoi Hannah Arendt ne voyait pas dans l'Italie un régime pleinement totalitaire, tandis que l'historien Emilio Gentile y voit une « voie italienne au totalitarisme » : le texte dit l'ambition plus que la réalité.

Ce que cette analyse apprend — Distinguer ce qu'un texte doctrinal proclame de ce que le régime réalise effectivement, en confrontant ses mots aux faits datés.

Document 3 — Guernica, la guerre totale contre les civils

Moyen

Tableau (peinture à l'huile), décrit · Pablo Picasso, Guernica, huile sur toile, 349,3 × 776,6 cm, peinte à Paris en mai-juin 1937 pour le pavillon de la République espagnole à l'Exposition internationale de Paris (1937) ; Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía.

Le lundi 26 avril 1937, jour de marché, la petite ville basque de Guernica est bombardée pendant plusieurs heures par la légion Condor allemande, appuyée par l'aviation italienne, au service des nationalistes de Franco. Picasso, Espagnol installé à Paris, qui avait reçu du gouvernement républicain une commande pour l'Exposition internationale, commence la toile quelques jours plus tard.

Description de l'œuvre. Immense toile horizontale, peinte uniquement en noir, en blanc et en gris, sans aucune couleur. La scène se déroule dans un espace clos, à la fois pièce et rue. À gauche, un taureau à la tête presque humaine domine une femme qui hurle, la tête renversée, en tenant dans ses bras un enfant mort ; près d'eux, un oiseau ouvre le bec sur une table. Au centre, un cheval, le flanc transpercé d'une lance, se cabre en criant ; son corps est couvert de petits traits qui évoquent les colonnes d'un journal. Au-dessus de lui, une ampoule électrique entourée de rayons brille comme un œil ou un soleil. Au sol gît un combattant démembré : sa main serre une épée brisée, près de laquelle pousse une petite fleur. À droite, une femme se penche par une fenêtre et tend une lampe à pétrole vers la scène ; une autre, en dessous, se traîne vers le centre en tirant une jambe ; à l'extrême droite, une silhouette lève les bras vers le ciel dans un bâtiment en flammes. Le tableau ne montre ni avion, ni bombe, ni soldat ennemi. Les lignes, anguleuses et brisées, dessinent au centre un triangle dont la lampe forme le sommet.

Montrez comment Picasso dénonce le bombardement de Guernica et ce que l'événement révèle de l'engagement des régimes totalitaires dans la guerre d'Espagne.

  1. Présentez l'œuvre et le contexte de sa création.
  2. Comment Picasso représente-t-il la violence subie par les civils ? Appuyez-vous sur trois éléments précis.
  3. Pourquoi le tableau ne montre-t-il ni avion ni soldat ennemi ? Quelle portée cela lui donne-t-il ?
  4. En quoi le bombardement de Guernica témoigne-t-il des politiques expansionnistes des régimes totalitaires ?
Voir la réponse rédigée

1. Guernica est une huile sur toile de très grand format (près de 3,5 m sur 7,8 m) peinte par Pablo Picasso à Paris en mai-juin 1937. Elle répond à une commande du gouvernement de la République espagnole pour son pavillon à l'Exposition internationale de Paris, ouvert en juillet 1937. Picasso choisit pour sujet le bombardement, le 26 avril 1937, de Guernica, petite ville basque attaquée par l'aviation allemande et italienne au service de Franco, en pleine guerre civile (juillet 1936-avril 1939). L'œuvre, destinée à un public international, est un acte d'engagement pour la République.

2. Picasso montre des victimes désarmées et surtout civiles. À gauche, une mère hurle en portant son enfant mort : c'est l'image de l'innocence frappée. À droite, une silhouette lève les bras dans un bâtiment en flammes, rappelant l'incendie de la ville. Même le combattant est à terre, démembré, son épée brisée. Les corps déformés, les bouches ouvertes, l'absence de couleur et les lignes brisées traduisent la terreur et le chaos ; le noir, le blanc et le gris évoquent aussi les photographies de presse qui ont fait connaître le drame.

3. Picasso ne montre ni avion ni soldat ennemi parce qu'il peint les effets de la violence, non l'action militaire. Le tableau ne représente pas seulement un fait daté : il fait de Guernica le symbole universel de la guerre totale contre les civils. La lampe tendue par la femme à la fenêtre et l'ampoule qui éclaire la scène suggèrent qu'il faut rendre visible ce que les agresseurs voudraient cacher, alors même que la propagande nationaliste accusait les républicains d'avoir incendié eux-mêmes la ville. Cette portée universelle explique que l'œuvre soit restée une icône antifasciste et pacifiste ; Picasso refusa qu'elle entre en Espagne tant que la démocratie n'y serait pas rétablie, et elle n'y arriva qu'en 1981.

4. Le bombardement est mené par la légion Condor, unité de l'armée de l'air envoyée par Hitler, avec des avions italiens envoyés par Mussolini : les deux régimes, liés par l'« Axe » depuis novembre 1936, soutiennent militairement Franco contre une République appuyée par l'URSS et les Brigades internationales du Komintern. L'Espagne devient ainsi le terrain d'affrontement des régimes totalitaires et un champ d'essai pour leurs armes, tandis que la France et le Royaume-Uni s'en tiennent à la non-intervention. Guernica annonce l'enchaînement de 1938-1939 : Anschluss, Munich, puis invasion de la Tchécoslovaquie.

Ce que cette analyse apprend — Analyser une œuvre d'art engagée : décrire précisément avant d'interpréter, puis relier les choix de l'artiste à l'événement et à son contexte international.

Document 4 — La Constitution soviétique de 1936 face à la Grande Terreur

Difficile

Texte constitutionnel (document officiel d'époque) · Constitution (loi fondamentale) de l'Union des Républiques socialistes soviétiques, adoptée par le VIIIe congrès extraordinaire des soviets le 5 décembre 1936, articles 1 et 125 à 128 ; traduction.

Préparée sous la direction de Staline, cette Constitution remplace celle de 1924 et proclame achevée la construction du socialisme. Elle est adoptée huit mois avant le lancement de la Grande Terreur (ordre n° 00447 du NKVD, 30 juillet 1937).

« Article 1. L'Union des Républiques socialistes soviétiques est un État socialiste des ouvriers et des paysans. […]
Article 125. Conformément aux intérêts des travailleurs et afin d'affermir le régime socialiste, la loi garantit aux citoyens de l'URSS : a) la liberté de parole ; b) la liberté de la presse ; c) la liberté de réunion et de meeting ; d) la liberté des cortèges et des manifestations de rue. […]
Article 126. Conformément aux intérêts des travailleurs et afin de développer l'initiative et l'activité politique des masses populaires, la loi garantit aux citoyens de l'URSS le droit de se grouper au sein d'organisations sociales : syndicats professionnels, associations coopératives, organisations de la jeunesse, organisations sportives et de défense, sociétés culturelles, techniques et scientifiques ; les citoyens les plus actifs et les plus conscients de la classe ouvrière et des autres couches de travailleurs s'unissent dans le Parti communiste (bolchevik) de l'URSS, qui est l'avant-garde des travailleurs dans leur lutte pour l'affermissement et le développement du régime socialiste et le noyau dirigeant de toutes les organisations de travailleurs, tant sociales que d'État.
Article 127. L'inviolabilité de la personne est garantie aux citoyens de l'URSS. Nul ne peut être arrêté autrement que par décision d'un tribunal ou avec la sanction du procureur.
Article 128. L'inviolabilité du domicile des citoyens et le secret de la correspondance sont protégés par la loi. »

Confrontez ce texte à la réalité du régime stalinien en 1937-1938 et expliquez l'intérêt, pour le régime, d'adopter une telle constitution.

  1. Présentez le document et situez-le dans l'histoire de l'URSS.
  2. Quelles libertés l'article 125 garantit-il ? Relevez la condition qui les encadre et expliquez-la.
  3. Quel rôle l'article 126 attribue-t-il au parti communiste ? Qu'en déduisez-vous sur la nature du régime ?
  4. Confrontez les articles 127 et 128 à la pratique de la Grande Terreur.
  5. Pourquoi le régime stalinien se dote-t-il d'une constitution aussi libérale en apparence ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'extraits de la Constitution de l'URSS adoptée le 5 décembre 1936 par le VIIIe congrès extraordinaire des soviets, texte officiel préparé sous la direction de Staline, seul maître du pays depuis 1929. Elle remplace la Constitution de 1924 et proclame, après les plans quinquennaux et la collectivisation forcée, que le socialisme est construit : l'article 1 définit l'URSS comme « un État socialiste des ouvriers et des paysans ». Elle s'adresse aux citoyens soviétiques, mais aussi à l'opinion étrangère.

2. L'article 125 énumère les libertés fondamentales d'une démocratie : liberté « de parole », « de la presse », « de réunion » et « des manifestations de rue ». Mais elles ne sont garanties que « conformément aux intérêts des travailleurs et afin d'affermir le régime socialiste ». Cette condition les vide de leur sens : c'est le parti qui définit ce qu'est l'intérêt des travailleurs, si bien que toute critique du régime peut être jugée contraire à ces intérêts. La liberté n'existe que pour approuver.

3. L'article 126 fait du Parti communiste (bolchevik) « l'avant-garde des travailleurs » et « le noyau dirigeant de toutes les organisations de travailleurs, tant sociales que d'État ». La Constitution inscrit donc le parti unique dans le droit : aucun autre parti n'est mentionné, et toutes les organisations (syndicats, jeunesse, associations) sont placées sous sa direction. On en déduit que l'URSS est un État-parti, conforme à l'un des critères du totalitarisme.

4. Les articles 127 et 128 promettent l'« inviolabilité de la personne », l'arrestation seulement « par décision d'un tribunal ou avec la sanction du procureur », l'inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance. Or la Grande Terreur (août 1937-novembre 1938) les contredit terme à terme : l'ordre n° 00447 du NKVD du 30 juillet 1937 fixe des quotas d'arrestations et d'exécutions par région ; des « troïkas » extrajudiciaires condamnent sans avocat ni appel ; les arrestations nocturnes à domicile et les dénonciations se multiplient. Environ 1,5 million de personnes sont arrêtées et près de 700 000 exécutées, tandis que les procès de Moscou (1936-1938) mettent en scène des aveux arrachés.

5. Cette constitution sert d'abord la propagande. À l'intérieur, elle proclame la victoire du socialisme et fait croire à une légalité protectrice. À l'extérieur, alors que l'URSS est entrée à la SDN en 1934 et que le Komintern prône depuis 1935 l'union des antifascistes, elle donne l'image d'une démocratie face aux régimes fascistes : la propagande la présente comme la plus démocratique du monde. L'écart entre le texte et la pratique est donc caractéristique d'un régime totalitaire, qui ne se contente pas d'imposer la terreur mais la masque sous une façade légale et exige qu'on y croie.

Ce que cette analyse apprend — Faire la critique d'un document officiel : relever ce qu'il proclame, repérer les formules qui en limitent la portée, puis le confronter à la pratique datée du régime.

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Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

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