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La Seconde Guerre mondiale

Guerre d'anéantissement, grandes phases, Shoah, Vichy et collaboration, Résistance, France libre, bilan (programme d'histoire de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « La Seconde Guerre mondiale » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une guerre mondiale en trois phases (1937-1945), Une guerre d'anéantissement : le front de l'Est et les crimes de guerre, La Shoah et le génocide des Tsiganes, Juin 1940 en France : continuer ou arrêter la guerre, un choix décisif. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Le bilan humain de la Seconde Guerre mondiale

Facile

Tableau statistique · Tableau construit pour l'exercice (2026) à partir des ordres de grandeur retenus par les historiens ; URSS : estimation officielle rendue publique en 1990 ; Juifs d'Europe : Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, trad. fr. Fayard, 1988 (5,1 millions), les estimations les plus hautes approchant 6 millions.

Les bilans de la Seconde Guerre mondiale ont été établis après 1945 à partir de recensements, d'archives militaires et de travaux démographiques, et révisés à plusieurs reprises, notamment pour l'URSS après l'ouverture des archives. Ils s'adressent aujourd'hui aux historiens et au public comme des estimations.

PaysNombre de morts (ordre de grandeur)Part de la population d'avant-guerre
URSS26 à 27 millionsenviron 14 %
Chine10 à 20 millions (très incertain)2 à 4 %
Allemagne6 à 7 millionsenviron 8 %
Pologne5,5 à 6 millionsenviron 16 %
Japon2,5 à 3 millionsenviron 4 %
Yougoslavieenviron 1 million6 à 7 %
France550 000 à 600 000environ 1,4 %
Royaume-Unienviron 450 000environ 1 %
États-Unisenviron 420 000environ 0,3 %
Total mondialde l'ordre de 60 millions—
dont Juifs d'Europe assassinés5 à 6 millionsprès des deux tiers des Juifs d'Europe

Analysez ce document en montrant ce qu'il révèle de la nature de la Seconde Guerre mondiale.

  1. Présentez le document et indiquez les précautions nécessaires pour le lire.
  2. Quels pays sont les plus touchés en valeur absolue et en proportion ? Que révèle cette différence ?
  3. En mobilisant vos connaissances, expliquez pourquoi les pertes sont si lourdes à l'Est de l'Europe.
  4. Montrez que ce bilan distingue la Seconde Guerre mondiale de la Première.
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique rassemble, pour neuf pays belligérants, le nombre de morts et la part de la population d'avant-guerre qu'ils représentent, ainsi qu'une estimation du total mondial et du nombre de Juifs assassinés. Ce sont des ordres de grandeur présentés sous forme de fourchettes : pour la Chine, l'écart va du simple au double (« 10 à 20 millions »), parce que l'état civil y était lacunaire et que les morts de famine se distinguent mal des victimes directes. Pour l'URSS, le chiffre de 26 à 27 millions n'a été rendu public qu'en 1990, après des décennies de sous-estimation officielle. Il faut donc lire ces données comme des estimations prudentes et comparer des proportions plus que des chiffres à l'unité.

2. En valeur absolue, l'URSS (26 à 27 millions) et la Chine (10 à 20 millions) sont de loin les plus touchées, devant l'Allemagne (6 à 7 millions) et la Pologne (5,5 à 6 millions). En proportion, c'est la Pologne qui paie le plus lourd tribut, avec environ 16 % de sa population, devant l'URSS (environ 14 %). À l'inverse, le Royaume-Uni (environ 1 %) et surtout les États-Unis (environ 0,3 %) sont relativement épargnés : leur territoire n'a pas été envahi, et leurs pertes sont surtout militaires. Le document révèle ainsi une guerre de nature différente selon les espaces : à l'Ouest une guerre classique, même très violente ; à l'Est une guerre qui frappe les populations entières.

3. Les pertes de l'Est s'expliquent par la guerre d'anéantissement menée par le Reich en Pologne dès 1939 et en URSS à partir du 22 juin 1941. Les nazis veulent conquérir un espace vital et détruire des peuples jugés inférieurs : exécution des élites polonaises, mort de plus de 3 millions de prisonniers de guerre soviétiques sur environ 5,7 millions, famine du siège de Leningrad, destruction de villages au nom de la lutte contre les partisans. Surtout, l'Est est le lieu principal de la Shoah : près de 3 millions de Juifs polonais sont assassinés, soit environ la moitié des pertes de la Pologne, dans les ghettos, par les fusillades des Einsatzgruppen puis dans les six centres de mise à mort installés en Pologne occupée. En Chine, la guerre dure depuis 1937 et associe massacres (Nankin), famines et déplacements de population.

4. La Première Guerre mondiale avait fait environ 10 millions de morts parmi les soldats, les pertes civiles étant proportionnellement bien moindres. Avec de l'ordre de 60 millions de morts, dont au moins la moitié de civils, la Seconde Guerre mondiale change d'échelle et de nature : les civils deviennent des cibles (génocide, bombardements, famines organisées). Le cas de la France le confirme à sa manière : elle perd moins d'hommes qu'en 1914-1918 (environ 1,4 million de soldats), mais parmi ses 550 000 à 600 000 morts figurent de nombreux civils, victimes des bombardements, de la répression et de la déportation, dont environ 76 000 Juifs déportés. Le tableau montre donc une guerre totale devenue, à l'Est, une guerre d'anéantissement.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau statistique, c'est comparer valeurs absolues et proportions, puis expliquer les écarts par ses connaissances, sans oublier que les chiffres sont des estimations.

Document 2 — La loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs

Moyen

Extrait de texte législatif · Loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs, signée à Vichy par Philippe Pétain et ses ministres, publiée au Journal officiel du 18 octobre 1940.

Trois mois après le vote des pleins pouvoirs, le gouvernement de Vichy légifère sans Parlement. Cette loi, qui s'applique aux deux zones et à l'Empire, est la première mesure antisémite de l'État français.

Article premier. — Est regardé comme juif, pour l'application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif.

Article 2. — L'accès et l'exercice des fonctions publiques et mandats énumérés ci-après sont interdits aux juifs : […]

Résumé de la suite du texte. La liste de l'article 2 couvre le sommet de l'État (chef de l'État, membres du gouvernement, Conseil d'État, Cour de cassation, Cour des comptes), la magistrature, le corps préfectoral, les officiers des armées, les membres des corps enseignants et les assemblées élues. Les articles suivants ne laissent ouverts les autres emplois publics qu'à certains anciens combattants, interdisent aux juifs les professions de la presse, du cinéma, du théâtre et de la radio, et prévoient que l'accès aux professions libérales pourra être limité par un quota. Des dérogations individuelles sont possibles pour « services exceptionnels ». La loi s'applique à l'Algérie, aux colonies, aux protectorats et aux territoires sous mandat.

Fait à Vichy, le 3 octobre 1940. Signé : Ph. Pétain. Suivent les signatures des ministres, parmi lesquels Pierre Laval, vice-président du Conseil, et Raphaël Alibert, garde des Sceaux.

Analysez ce document en montrant qu'il fait de l'antisémitisme une politique de l'État français.

  1. Présentez le document : nature, auteurs, date et contexte.
  2. Comment la loi définit-elle le « juif » ? En quoi cette définition est-elle raciale ?
  3. Quelles exclusions la loi organise-t-elle ? Montrez ce qu'elles visent.
  4. Montrez que ce texte relève d'une initiative de Vichy et replacez-le dans la chaîne qui conduit à la déportation.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'une loi, c'est-à-dire d'un texte normatif qui s'impose à tous, datée du 3 octobre 1940 et publiée au Journal officiel le 18 octobre. Elle est signée par le maréchal Pétain, chef de l'État français, et contresignée par ses ministres, dont Pierre Laval et le garde des Sceaux Raphaël Alibert. Le contexte est celui des débuts du régime de Vichy : depuis le vote du 10 juillet 1940, Pétain légifère seul ; la Révolution nationale veut régénérer la France en excluant ceux qu'elle désigne comme responsables de la défaite. Quelques jours plus tôt, le 27 septembre, une ordonnance allemande avait imposé en zone occupée le recensement des Juifs.

2. L'article premier définit le juif par sa naissance : est juive « toute personne issue de trois grands-parents de race juive », ou de deux grands-parents si le conjoint est juif. Le critère n'est ni la pratique religieuse ni un choix personnel, mais l'ascendance : on ne peut s'y soustraire par une conversion. L'expression « race juive » reprend le vocabulaire de l'antisémitisme racial du XIXe siècle et des années 1930. Sur certains points, cette définition est plus large que celle de l'ordonnance allemande, qui s'appuyait en partie sur l'appartenance religieuse.

3. L'article 2 interdit aux juifs « l'accès et l'exercice des fonctions publiques » : sommet de l'État, justice, préfectures, armée, enseignement, assemblées élues. La loi les exclut aussi de la presse, du cinéma, du théâtre et de la radio, et prévoit un quota dans les professions libérales. Ces exclusions visent deux cibles : l'État, qu'il faudrait « purifier », et l'opinion (école, presse, radio, cinéma), selon le vieux fantasme antisémite d'une « influence juive » sur la nation. L'application à l'Algérie et aux colonies montre l'ambition d'une législation complète, tandis que les dérogations pour « services exceptionnels » restent individuelles et rares.

4. Aucune clause de l'armistice n'exigeait cette loi, et elle s'applique en zone non occupée, où aucun soldat allemand ne se trouve alors : c'est une initiative de Vichy, comme l'ont établi Robert Paxton et Michael Marrus (Vichy et les Juifs, 1981) ; un brouillon annoté par Pétain, rendu public en 2010, montre même qu'il en a durci certaines dispositions. Ce texte est le premier maillon d'une chaîne : loi du 4 octobre 1940 permettant d'interner les Juifs étrangers, second statut et recensement de juin 1941, spoliation organisée par le Commissariat général aux questions juives. En 1942, les fichiers et la police française servent aux arrestations, dont la rafle du Vél' d'Hiv (16-17 juillet). Vichy n'a pas conçu l'extermination, mais sa politique d'exclusion et sa collaboration policière ont rendu possible la déportation d'environ 76 000 Juifs de France.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte de loi, c'est lire précisément ses critères et ses cibles, puis le replacer dans une chaîne de décisions pour en mesurer la portée.

Document 3 — L'« Affiche rouge » (février 1944)

Moyen

Affiche de propagande (document iconographique décrit) · Affiche dite « Affiche rouge », éditée par les services de propagande allemands et placardée à Paris et dans de nombreuses villes de France en février 1944.

En 1944, la Résistance armée se développe et l'occupant cherche à la discréditer auprès des Français. L'affiche s'adresse à l'ensemble de la population, dans les rues des villes.

Description. Affiche verticale imprimée sur un fond rouge vif. En haut, en grandes lettres, une question : « Des libérateurs ? ». Au centre, dix portraits photographiques en médaillon, disposés en triangle : ce sont des photographies prises après l'arrestation, qui montrent des hommes aux visages fatigués et mal rasés. Sous chaque portrait figurent un nom, une origine et le nombre d'actions armées attribuées à l'homme. On lit par exemple « juif polonais », « juif hongrois », « communiste italien », « espagnol rouge » ; sous le portrait de Missak Manouchian, « arménien chef de bande ».

Dans la partie basse, une série de photographies présente des traces des actions du groupe : un train déraillé, des armes saisies. En conclusion, en lettres capitales : « La libération par l'armée du crime ! ».

Circonstances. L'affiche est diffusée au moment du procès, devant un tribunal militaire allemand à Paris, de 23 membres des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – main-d'œuvre immigrée), arrêtés en novembre 1943 par les Brigades spéciales de la préfecture de police. Vingt-deux d'entre eux sont fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944 ; la seule femme du groupe, Olga Bancic, est exécutée en Allemagne le 10 mai 1944.

Analysez ce document en montrant comment la propagande de l'occupant cherche à discréditer la Résistance.

  1. Présentez l'affiche : auteur, date, contexte et destinataires.
  2. Décrivez sa composition : comment le texte et les images construisent-ils le message ?
  3. Quelle image de la Résistance l'affiche veut-elle imposer ? Sur quels préjugés s'appuie-t-elle ?
  4. Confrontez ce message à la réalité du groupe Manouchian et de la Résistance en 1944. L'affiche a-t-elle atteint son but ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est une affiche de propagande éditée par les services allemands et placardée en France en février 1944. Elle accompagne le procès très médiatisé de 23 résistants des FTP-MOI, l'organisation armée des immigrés liée au Parti communiste, dont 22 sont fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. Elle s'adresse à toute la population, dans l'espace public, à un moment où la Résistance armée se renforce et où les Alliés préparent un débarquement.

2. La composition oppose une question et une réponse. En haut, « Des libérateurs ? » reprend ironiquement le mot par lequel les résistants se désignent ; en bas, « La libération par l'armée du crime ! » donne la réponse attendue. Entre les deux, les dix portraits d'hommes épuisés, photographiés après leur arrestation, doivent inspirer la méfiance, et les photographies de sabotages (train déraillé, armes) doivent prouver leur dangerosité. Le rouge, couleur du sang et du communisme, relie l'ensemble. Les légendes, enfin, accumulent les origines et les chiffres d'« attentats » pour faire des résistants des criminels comptables de leurs actes.

3. L'affiche veut imposer l'image d'une Résistance étrangère, juive et communiste, donc « anti-française » : les légendes insistent sur les origines (« juif polonais », « juif hongrois », « espagnol rouge ») et désignent Manouchian comme « chef de bande », vocabulaire du banditisme. Elle s'appuie sur les préjugés répandus depuis les années 1930 et entretenus par Vichy : xénophobie, antisémitisme, anticommunisme. Le message implicite est que les « vrais » Français ne résistent pas, et que la Résistance n'est qu'un terrorisme au service de l'étranger.

4. Le groupe Manouchian est bien composé en majorité d'immigrés, souvent juifs d'Europe centrale, mais ces hommes combattent pour la libération de la France, dont beaucoup ont fait leur patrie. Ils ont été arrêtés par la police française, ce qui rappelle le rôle de Vichy dans la répression. En 1944, la Résistance est au contraire largement française et unifiée depuis le CNR (27 mai 1943) ; les maquis se sont gonflés de réfractaires au STO. Le but de l'affiche est donc manqué : des témoignages rapportent que des passants y ont inscrit « Morts pour la France » ou y ont déposé des fleurs, et elle est devenue, après la guerre, un symbole de l'engagement des étrangers dans la Résistance. Il faut cependant rester prudent : on ne peut mesurer précisément l'effet d'une affiche sur une population dont une grande partie reste attentiste.

Ce que cette analyse apprend — Analyser une affiche de propagande, c'est décrire sa composition, identifier le message et les préjugés qu'il mobilise, puis le confronter à la réalité historique.

Document 4 — Juin 1940 : deux voix, deux choix

Difficile

Discours radiodiffusés (courts extraits et résumés) · Document A : Philippe Pétain, allocution radiodiffusée du 17 juin 1940. Document B : Charles de Gaulle, appel lancé sur les ondes de la BBC, Londres, 18 juin 1940 (texte publié le lendemain dans la presse britannique et dans quelques journaux français).

Depuis le 10 mai, l'armée française est battue ; Paris est occupé depuis le 14 juin et des millions de réfugiés sont sur les routes. Les deux hommes s'adressent aux Français par la radio, à vingt-quatre heures d'intervalle.

Document A — Philippe Pétain, 17 juin 1940. Nommé la veille président du Conseil, le maréchal annonce qu'il prend la direction du gouvernement. Il salue l'armée, qui a lutté « avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires » contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, puis déclare : « Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. » Il poursuit : « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. » Il indique enfin qu'il s'est adressé à l'adversaire pour rechercher avec lui, « entre soldats, après la lutte et dans l'honneur », les moyens de mettre fin aux hostilités. Dans la version imprimée le lendemain, la formule devient « il faut tenter de cesser le combat ».

Document B — Charles de Gaulle, 18 juin 1940. Le général constate que les chefs des armées ont formé un gouvernement qui, « alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat ». Selon lui, ce sont les chars, les avions et la tactique des Allemands, plus que leur nombre, qui ont fait reculer l'armée française. Puis il interroge : « Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! » La France n'est pas seule : elle a un vaste empire, elle peut faire bloc avec l'Empire britannique et utiliser l'industrie des États-Unis, car « cette guerre est une guerre mondiale ». Il invite les officiers, soldats, ingénieurs et ouvriers français présents en Grande-Bretagne à se mettre en rapport avec lui et conclut : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. »

Confrontez ces deux documents pour montrer qu'en juin 1940 les Français sont placés devant un choix décisif : continuer ou arrêter la guerre.

  1. Présentez les deux documents en les situant précisément dans la crise de juin 1940.
  2. Quels arguments chacun des deux hommes avance-t-il pour justifier son choix ?
  3. Montrez que les deux discours reposent sur deux lectures opposées de la guerre.
  4. Quelle portée ces deux discours ont-ils à court terme et à plus long terme ? Nuancez.
Voir la réponse rédigée

1. Les deux documents sont des discours radiodiffusés. Le document A est prononcé le 17 juin 1940 par le maréchal Pétain, vainqueur de Verdun, âgé de 84 ans, devenu président du Conseil le 16 juin après la démission de Paul Reynaud, partisan de continuer la guerre. Le document B est l'appel du général de Gaulle, sous-secrétaire d'État à la Guerre dans le gouvernement Reynaud, parti à Londres le 17 juin et autorisé par Churchill à parler sur la BBC le 18 au soir. Le contexte est celui de la débâcle : percée de Sedan (13 mai), exode, entrée des Allemands dans Paris (14 juin). Les deux discours s'adressent à tous les Français, mais le second vise aussi les militaires et techniciens présents en Grande-Bretagne.

2. Pétain fonde son choix sur sa personne et sur l'honneur : il fait « le don de [sa] personne pour atténuer [le] malheur » de la France, présente l'armistice comme une protection de la population et affirme que l'armée a fait son devoir. Arrêter le combat « entre soldats » et « dans l'honneur » serait la seule issue raisonnable. De Gaulle, lui, avance des arguments militaires et stratégiques : la défaite vient de la supériorité mécanique allemande (« les chars, les avions et la tactique »), donc elle peut être réparée par une supériorité mécanique future ; la France dispose de son empire, de la flotte britannique et de l'industrie américaine. Il répond point par point à Pétain : « La défaite est-elle définitive ? Non ! »

3. Pétain raisonne dans le cadre d'une guerre franco-allemande : la bataille de France est perdue, donc la guerre l'est. Il envisage l'avenir dans le cadre national et pense que le Royaume-Uni sera bientôt vaincu à son tour. De Gaulle raisonne à l'échelle d'une guerre mondiale : « cette guerre est une guerre mondiale », et la bataille de France n'en est qu'un épisode. L'un voit la défaite comme la sanction d'une crise morale de la nation, ce qui annonce la Révolution nationale ; l'autre comme un retard technique et stratégique. Deux conceptions de la légitimité s'opposent aussi : Pétain est le chef légal du gouvernement, de Gaulle un officier dissident, condamné à mort par contumace par un tribunal militaire le 2 août 1940.

4. À court terme, Pétain l'emporte : son discours est entendu par des millions de Français, il rassure une population épuisée, et de nombreux soldats cessent de se battre avant même la signature de l'armistice, le 22 juin ; la correction de la version imprimée (« tenter de cesser le combat ») montre d'ailleurs l'embarras que provoque cet effet. L'appel de De Gaulle, lui, n'a pas été enregistré et n'a été entendu que par peu de personnes ; seuls quelques milliers de volontaires rejoignent la France libre à l'été 1940. À plus long terme, le rapport s'inverse : l'entrée en guerre de l'URSS et des États-Unis en 1941 confirme la lecture mondiale de De Gaulle, et l'appel devient l'acte fondateur de la France libre, qui permet à la France de figurer parmi les vainqueurs en 1945. Le choix de juin 1940 est donc bien décisif, mais sa portée ne s'est révélée qu'avec le temps.

Ce que cette analyse apprend — Confronter deux documents, c'est comparer les auteurs, les arguments et les visions du monde qui les sous-tendent, puis mesurer leur portée sans confondre audience immédiate et importance historique.

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