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L'impact de la crise de 1929 : déséquilibres économiques et sociaux

Krach de Wall Street, propagation mondiale, chômage, New Deal, réponses des démocraties, Front populaire (programme d'histoire de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « L'impact de la crise de 1929 : déséquilibres économiques et sociaux » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une prospérité fragile : les États-Unis avant le krach (1919-1929), Du krach de Wall Street à la Grande Dépression américaine (1929-1933), Une crise mondiale : capitaux, monnaie, commerce (1930-1933), Des déséquilibres sociaux : chômage de masse, misère et peurs. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Une mère migrante en Californie (1936)

Facile

Photographie documentaire · Dorothea Lange, photographie légendée « Destitute pea pickers in California. Mother of seven children. Age thirty-two. Nipomo, California », février-mars 1936, pour la Resettlement Administration ; Library of Congress, Washington, fonds FSA/OWI.

En 1936, les États-Unis sortent à peine du creux de la dépression, et des centaines de milliers de fermiers ruinés errent sur les routes de l'Ouest. La Resettlement Administration, agence fédérale créée en 1935 dans le cadre du New Deal, emploie des photographes pour documenter la misère rurale.

Description. Photographie en noir et blanc, format vertical, cadrage serré. Au centre, une femme d'une trentaine d'années, aux vêtements usés, le visage creusé et ridé, porte la main droite à son menton ; son regard, inquiet, se perd hors du cadre. De part et d'autre, deux enfants s'appuient sur ses épaules en détournant la tête vers l'arrière, cachant leur visage. Sur ses genoux dort un nourrisson enveloppé dans une couverture sale. À l'arrière-plan, on devine le pan d'une tente de toile.

Légende d'origine (traduite) : « Cueilleurs de pois démunis en Californie. Mère de sept enfants. Trente-deux ans. Nipomo, Californie. »

Informations complémentaires. Dorothea Lange a pris plusieurs clichés de cette famille en se rapprochant progressivement. Selon le récit qu'elle en a fait en 1960, la récolte de pois avait gelé et la famille survivait grâce aux légumes gelés des champs voisins et aux oiseaux tués par les enfants. La femme a été identifiée en 1978 : Florence Owens Thompson.

Analysez ce document en montrant ce qu'il révèle des conséquences sociales de la crise de 1929 dans les campagnes américaines, et en vous interrogeant sur les intentions de son commanditaire.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date, lieu et commanditaire.
  2. Décrivez la situation de la famille photographiée : quels éléments de l'image et de la légende traduisent la misère ?
  3. Replacez la photographie dans le contexte des années 1930 : quelles populations rurales sont frappées par la crise, et pourquoi ?
  4. Pourquoi une agence du New Deal commande-t-elle de telles images ? Quelles sont les limites de ce document pour l'historien ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'une photographie documentaire en noir et blanc prise par Dorothea Lange en février ou mars 1936 à Nipomo, en Californie, dans un camp de cueilleurs de pois. Lange travaille alors pour la Resettlement Administration, une agence fédérale du New Deal chargée d'aider les agriculteurs pauvres : c'est donc une commande publique, aujourd'hui conservée à la Bibliothèque du Congrès, à Washington.

2. Tout, dans l'image, dit le dénuement. Les vêtements sont usés, la couverture du nourrisson est sale, la famille n'a pour abri qu'une tente. Le visage de la mère, marqué, et sa main portée au menton expriment l'angoisse ; son regard fixe un avenir incertain. Les deux enfants qui se cachent contre elle renforcent l'impression de détresse. La légende précise qu'elle est « mère de sept enfants », « démunie », et n'a que trente-deux ans alors qu'elle paraît bien plus âgée. Selon Lange, la famille se nourrissait de légumes gelés et d'oiseaux tués par les enfants.

3. Les agriculteurs américains sont en difficulté depuis les années 1920, car les prix agricoles baissent. La crise de 1929 aggrave leur situation : les prix s'effondrent, les banques en faillite ne prêtent plus, les fermes endettées sont saisies. Dans les Grandes Plaines, les tempêtes de poussière du Dust Bowl achèvent de ruiner des centaines de milliers de familles, qui partent vers la Californie. Elles y deviennent ouvriers agricoles saisonniers, mal payés, logés dans des camps, sans assurance-chômage : même le Social Security Act de 1935 exclut les travailleurs agricoles. Cette famille, qu'elle vienne ou non des Plaines, vit le sort de ces saisonniers.

4. L'agence photographique de la Resettlement Administration veut montrer la misère pour justifier l'action fédérale devant le Congrès et l'opinion : l'image est faite pour émouvoir et pour convaincre que l'aide publique est nécessaire. Selon Lange, les autorités envoient d'ailleurs des vivres au camp après la diffusion des photographies. Pour l'historien, le document a donc des limites : c'est une image choisie parmi plusieurs clichés, cadrée pour produire un effet, qui montre un cas individuel et non une statistique. Florence Owens Thompson a dit plus tard n'avoir tiré aucun bénéfice de cette célébrité. Il faut donc croiser l'image avec des chiffres (chômage, prix agricoles) pour mesurer l'ampleur du phénomène.

Ce que cette analyse apprend — Analyser une photographie : décrire avant d'interpréter, puis s'interroger sur le commanditaire et l'intention de l'image.

Document 2 — La contraction du commerce mondial (1929-1933)

Moyen

Tableau statistique · Société des Nations, Bulletin mensuel de statistiques, 1934 ; chiffres repris par Charles P. Kindleberger, The World in Depression, 1929-1939, University of California Press, 1973.

La Société des Nations, créée en 1919 et installée à Genève, publie chaque mois les statistiques de ses membres. En 1973, l'économiste américain Charles Kindleberger reprend ces chiffres pour montrer comment la crise s'est transmise d'un pays à l'autre.

Valeur totale des importations de 75 pays au mois de janvier de chaque année (en millions d'anciens dollars-or américains)

JanvierImportations totales (millions de dollars-or)
19292 997,7
19302 738,9
19311 838,9
19321 206,0
1933992,4

Note : le dollar-or est le dollar défini par son poids d'or avant la dévaluation de 1934 ; il permet de comparer des pays aux monnaies différentes. Les importations de tous les pays, additionnées, donnent une mesure du commerce mondial. Kindleberger a présenté ces chiffres, mois par mois, sous la forme d'une spirale qui se resserre.

Analysez ce tableau en montrant ce qu'il révèle de la dimension mondiale de la crise de 1929.

  1. Présentez le document et précisez ce que mesurent exactement les chiffres.
  2. Calculez l'évolution entre janvier 1929 et janvier 1933, puis décrivez le rythme de la baisse d'une année sur l'autre.
  3. Expliquez les causes de cette contraction.
  4. Montrez que ce document éclaire la dimension mondiale de la crise et ses conséquences sociales. Quelles en sont les limites ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique présente la valeur des importations de 75 pays au mois de janvier de chaque année, de 1929 à 1933. Les chiffres ont été publiés par la Société des Nations, organisation internationale de Genève, puis repris en 1973 par l'économiste Charles Kindleberger. Ils sont exprimés en millions d'anciens dollars-or, unité stable qui permet de comparer des pays aux monnaies différentes. La somme des importations mesure les échanges mondiaux en valeur, c'est-à-dire en tenant compte à la fois des quantités et des prix.

2. Entre janvier 1929 et janvier 1933, les importations passent de 2 997,7 à 992,4 millions de dollars-or : elles sont divisées par trois (992,4 ÷ 2 997,7 ≈ 0,33), soit une baisse d'environ 67 %. Le rythme n'est pas régulier : la baisse est modérée la première année (−8,6 % entre janvier 1929 et janvier 1930), puis elle s'accélère fortement (−32,9 % en 1930-1931, −34,4 % en 1931-1932), au moment où la crise bancaire et monétaire gagne l'Europe. Elle ralentit ensuite (−17,7 % en 1932-1933) mais ne s'arrête pas.

3. Plusieurs causes se combinent. D'abord, l'effondrement des prix, surtout des matières premières et des produits agricoles, réduit la valeur des échanges même quand les quantités se maintiennent. Ensuite, la chute de la demande : chômage, faillites et raréfaction du crédit réduisent les achats. Enfin, le protectionnisme ferme les marchés : le tarif Hawley-Smoot de juin 1930 provoque des représailles, le Royaume-Uni adopte des droits de douane en 1932 et la préférence impériale à Ottawa ; l'Allemagne contrôle ses changes dès juillet 1931. Chaque pays se protège, ce qui réduit les débouchés de tous : c'est un cercle vicieux, que la spirale de Kindleberger rend visible.

4. Le document montre que la crise n'est pas seulement américaine : 75 pays sont pris dans la même contraction. Les pays exportateurs de produits bruts (Brésil, colonies, Japon pour la soie) perdent leurs revenus ; dans les pays industriels, les secteurs exportateurs (chantiers navals, textile britannique) licencient massivement. La baisse du commerce se traduit donc par du chômage et par la ruine de paysans à l'autre bout du monde. Le document a cependant des limites : il mesure des valeurs et non des volumes (les historiens estiment que les quantités échangées reculent d'environ un quart seulement, le reste venant de la baisse des prix) ; il ne retient qu'un mois par an ; il additionne tous les pays sans montrer les différences entre eux.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un document chiffré : identifier l'unité, calculer une évolution globale puis un rythme, et distinguer la baisse des prix de celle des quantités.

Document 3 — Roosevelt prend ses fonctions (4 mars 1933)

Moyen

Discours politique · Franklin Delano Roosevelt, discours d'investiture, Washington, 4 mars 1933 (extraits traduits de l'anglais).

Élu le 8 novembre 1932 contre le président sortant Herbert Hoover (472 grands électeurs contre 59), le démocrate Franklin D. Roosevelt prend ses fonctions au pire moment de la crise bancaire : la plupart des États ont fermé ou restreint leurs banques. Le discours, prononcé devant le Capitole, est retransmis à la radio dans tout le pays.

« Permettez-moi d'abord d'affirmer ma ferme conviction que la seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même, une terreur sans nom, irraisonnée et injustifiée, qui paralyse les efforts nécessaires pour transformer la retraite en marche en avant. […]

Les valeurs se sont réduites à des niveaux inimaginables ; les impôts ont augmenté ; notre capacité à payer a baissé ; les administrations de toutes sortes voient leurs recettes sérieusement amputées ; les moyens d'échange sont gelés dans les courants du commerce ; les feuilles mortes de l'entreprise industrielle jonchent le sol de toutes parts ; les fermiers ne trouvent plus de débouchés pour leur production ; l'épargne de nombreuses années a disparu dans des milliers de familles. Plus grave encore, une foule de citoyens sans emploi affronte le sinistre problème de la survie, et un nombre tout aussi grand peine au travail pour un maigre revenu. […]

Les pratiques des marchands d'argent sans scrupules sont mises en accusation devant le tribunal de l'opinion publique. […]

Notre tâche première et la plus importante est de remettre les gens au travail. […] Cette nation demande de l'action, et de l'action maintenant. […]

Je demanderai au Congrès le seul instrument qui reste pour faire face à la crise : un large pouvoir exécutif pour mener une guerre contre l'urgence, aussi grand que celui qui me serait donné si nous étions en fait envahis par un ennemi étranger. »

Analysez ce discours en montrant comment Roosevelt décrit la crise et en quoi il annonce une nouvelle politique.

  1. Présentez le document : auteur, date, circonstances et destinataires.
  2. Relevez le tableau que Roosevelt dresse de la crise : quels déséquilibres économiques et sociaux évoque-t-il ?
  3. Qui Roosevelt désigne-t-il comme responsables ? Quelles solutions annonce-t-il ?
  4. En quoi ce discours marque-t-il une rupture avec la politique de son prédécesseur ? Quelles en sont la portée et les limites ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait du discours d'investiture de Franklin Delano Roosevelt, prononcé à Washington le 4 mars 1933, jour de sa prise de fonctions. Démocrate, élu largement contre Herbert Hoover en novembre 1932, il s'exprime au moment où la panique bancaire paralyse le pays. Il s'adresse à la fois à tous les Américains, qui l'écoutent à la radio, et au Congrès, à qui il demande des pouvoirs.

2. Roosevelt dresse un tableau complet des déséquilibres. Sur le plan financier, « les valeurs se sont réduites à des niveaux inimaginables » (effondrement de la Bourse et des prix) et « les moyens d'échange sont gelés » : le crédit ne circule plus. Sur le plan économique, les « feuilles mortes de l'entreprise industrielle » évoquent les faillites, et les fermiers n'ont plus de débouchés. Les finances publiques souffrent : impôts en hausse, recettes amputées. Sur le plan social, « l'épargne de nombreuses années a disparu » dans les faillites bancaires, une « foule de citoyens sans emploi » lutte pour survivre (le chômage touche près d'un quart des actifs) et ceux qui travaillent gagnent peu. Le mot « peur » montre enfin la dimension psychologique de la crise.

3. Roosevelt désigne des coupables : les « marchands d'argent sans scrupules », c'est-à-dire les banquiers et les spéculateurs, qu'il met « en accusation devant le tribunal de l'opinion publique ». Il ne blâme donc ni le peuple ni la démocratie. Ses solutions tiennent en deux idées : « remettre les gens au travail », ce que feront les grands travaux (TVA, CCC, NIRA), et obtenir un « large pouvoir exécutif », comme en temps de guerre, pour agir vite. « De l'action, et de l'action maintenant » : c'est l'annonce des Cent-Jours.

4. Le discours rompt avec Hoover, qui comptait sur la confiance et sur un redressement spontané, et qui refusait une intervention fédérale massive. Roosevelt fait de l'État fédéral l'acteur principal de la sortie de crise. Sa portée est réelle : dès le 9 mars, l'Emergency Banking Act rouvre les banques sous contrôle, et le New Deal transforme durablement le rôle de l'État. Mais le discours a des limites : il ne donne aucun programme précis, et la métaphore de la guerre inquiète ceux qui redoutent un pouvoir personnel ; la Cour suprême annulera d'ailleurs la NIRA en mai 1935. Enfin, les résultats seront partiels : le chômage atteint encore 17,2 % en 1939.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un discours : relever les mots exacts de l'orateur, puis confronter ses promesses à ce qu'il a réellement fait.

Document 4 — Les accords de Matignon (7-8 juin 1936)

Difficile

Accord entre partenaires sociaux (texte juridique d'époque) · Accord de Matignon, signé à l'hôtel Matignon, Paris, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, entre la Confédération générale de la production française (CGPF) et la Confédération générale du travail (CGT), sous l'arbitrage du président du Conseil Léon Blum (extraits).

Après la victoire du Front populaire aux élections des 26 avril et 3 mai 1936, une vague de grèves avec occupation d'usines, commencée à la mi-mai, touche près de deux millions de salariés. Léon Blum, président du Conseil depuis le 4 juin, réunit à Matignon le patronat et la CGT, réunifiée depuis mars 1936, pour mettre fin au conflit.

« Article premier. La délégation patronale admet l'établissement immédiat de contrats collectifs de travail. […]

Article 3. L'observation des lois s'imposant à tous les citoyens, les employeurs reconnaissent la liberté d'opinion, ainsi que le droit pour les travailleurs d'adhérer librement et d'appartenir à un syndicat professionnel […].

Article 4. Les salaires réels pratiqués pour tous les ouvriers à la date du 25 mai 1936 seront, du jour de la reprise du travail, rajustés suivant une échelle décroissante commençant à 15 % pour les salaires les moins élevés pour arriver à 7 % pour les salaires les plus élevés, le total des salaires de chaque établissement ne devant, en aucun cas, être augmenté de plus de 12 %. […]

Article 5. […] Dans chaque établissement comprenant plus de dix ouvriers, […] il sera institué deux (titulaires) ou plusieurs délégués ouvriers (titulaires et suppléants) suivant l'importance de l'établissement. […]

Article 6. La délégation patronale s'engage à ce qu'il ne soit pris aucune sanction pour faits de grève. »

Analysez ce document en montrant qu'il constitue une réponse à la fois sociale et économique à la crise des années 1930, et en discutant ses effets.

  1. Présentez le document : signataires, date, arbitre et contexte immédiat.
  2. Quels droits nouveaux les ouvriers obtiennent-ils ? Quelles mesures célèbres de juin 1936 n'y figurent pas ?
  3. Pourquoi le patronat accepte-t-il ces concessions en juin 1936 ?
  4. En quoi cet accord s'inscrit-il dans une réponse à la crise opposée à la politique de 1935 ?
  5. Quels en sont les résultats économiques et sociaux ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait des accords de Matignon, signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 à l'hôtel Matignon, résidence du chef du gouvernement. Ils engagent la CGPF, qui représente le patronat, et la CGT, principal syndicat ouvrier, réunifié en mars 1936. L'arbitre est Léon Blum, socialiste, président du Conseil depuis le 4 juin. Le contexte est celui d'une explosion sociale : après la victoire électorale du Front populaire, près de deux millions de grévistes occupent les usines.

2. Les ouvriers obtiennent des contrats collectifs de travail (article 1), c'est-à-dire des règles négociées par branche plutôt qu'imposées individuellement ; la reconnaissance de la liberté syndicale (article 3) ; une hausse des salaires dégressive, de 15 % pour les plus bas à 7 % pour les plus hauts, plafonnée à 12 % de la masse salariale (article 4), ce qui favorise les ouvriers les moins payés ; des délégués ouvriers élus dans les établissements de plus de dix ouvriers (article 5) ; l'absence de sanction pour faits de grève (article 6). En revanche, les congés payés et la semaine de 40 heures ne figurent pas dans l'accord : ce sont des lois votées par le Parlement les 20 et 21 juin 1936.

3. Le patronat cède sous la pression des occupations : les usines sont tenues par les grévistes, et les chefs d'entreprise veulent avant tout récupérer leurs outils de production et rétablir l'ordre. Le gouvernement, issu d'une large victoire électorale, pèse en faveur d'un compromis. La formule « l'observation des lois s'imposant à tous les citoyens » (article 3) laisse sentir que ces concessions sont vécues comme imposées. Le patronat, qui se sentira ensuite contraint, se réorganise dès l'automne 1936 pour résister.

4. En 1935, le gouvernement Laval avait choisi la déflation : baisse de 10 % des dépenses publiques et des traitements, pour défendre le franc. Le Front populaire fait le pari inverse : la crise viendrait d'une insuffisance de pouvoir d'achat. En augmentant les salaires, on accroît la consommation, donc la production et l'emploi ; les 40 heures doivent, elles, partager le travail entre davantage de salariés. C'est une politique de relance par la demande, qui rompt avec l'orthodoxie libérale.

5. Les résultats économiques sont décevants. Les hausses de salaires sont rapidement rattrapées par la hausse des prix ; les capitaux fuient à l'étranger ; le gouvernement doit dévaluer le franc le 1er octobre 1936, puis annoncer une « pause » en février 1937 ; la production industrielle ne retrouve pas son niveau de 1929, et la rigidité des 40 heures, critiquée notamment par l'économiste Alfred Sauvy, freine la reprise. Mais les acquis sociaux demeurent : les conventions collectives, organisées par la loi du 24 juin 1936, et les délégués du personnel installent durablement le dialogue social dans l'entreprise, et les congés payés changent la vie ouvrière. L'accord est donc un échec relatif comme politique de sortie de crise, et une rupture durable dans l'histoire sociale.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte juridique : identifier les signataires et le rapport de force, lire chaque article avec précision, puis confronter ce que le texte prévoit à ses effets réels.

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Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

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