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Collège · 4ᵉ · EMC

Justice et injustice

Réfléchir aux notions de justice, d'équité et d'inégalités

À propos de cette page
Ce cours de emc en quatrième sur « Justice et injustice » suit le programme officiel de emc de quatrième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le sentiment d'injustice et les trois sens du mot « justice », Égalité, équité, mérite : trois façons de partager, Les inégalités sont-elles toutes injustes ?, Les principes d'une justice juste. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de quatrième à réussir en emc.
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Le sentiment d'injustice et les trois sens du mot « justice »

« C'est pas juste ! » : le sentiment d'injustice apparaît très tôt, quand on est puni à la place d'un autre ou quand on reçoit moins qu'un camarade sans raison. Ce sentiment est le point de départ de toute réflexion sur la justice ; mais un sentiment ne suffit pas, il faut des règles.

SensDéfinitionExemple
La justice comme valeurIdéal moral : donner à chacun ce qui lui revient, sans arbitraire ni favoritismePartager un gâteau en parts égales
La justice comme droitEnsemble des règles (lois) qui disent ce qui est permis, interdit, dû« Nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi » (DDHC, art. 8)
La justice comme institutionLes tribunaux et les juges chargés d'appliquer ces règles et de sanctionnerLe tribunal correctionnel de Marseille
Injustice. Situation dans laquelle une personne ne reçoit pas ce qui lui est dû, ou subit un traitement que rien ne justifie : une punition sans faute, une récompense sans mérite, une règle appliquée à certains et pas à d'autres. L'injustice peut venir d'une personne (un vol, une insulte), d'une règle (une loi qui exclut) ou d'une situation (naître dans la pauvreté).
Repère. Une règle juste a trois qualités : elle est connue à l'avance, la même pour tous dans une situation comparable, et proportionnée (la sanction correspond à la faute). Le règlement intérieur du collège obéit aux mêmes exigences qu'une loi.
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Égalité, équité, mérite : trois façons de partager

Comment répartir justement des places, des aides, des notes ? Depuis Aristote, on distingue plusieurs critères, qui peuvent se contredire.

CritèrePrincipeExemple au collègeLimite
Égalité stricteLa même chose pour tousTous les élèves de 3e passent le même brevet le même jourIgnore les différences de départ
Équité (selon les besoins)Plus à ceux qui ont moins, pour que chacun puisse réellement participerUn tiers-temps pour un élève dyslexique, une bourse pour une famille modesteQui décide des besoins ? Risque de se sentir « à part »
MéritePlus à ceux qui font plus d'efforts ou obtiennent de meilleurs résultatsUne mention au brevet, une place en classe européenneLe mérite dépend aussi des conditions de départ
Équité. Adapter la règle ou les moyens à la situation de chacun pour rendre l'égalité réelle. L'équité ne s'oppose pas à l'égalité : elle en est la condition quand les points de départ diffèrent. Le mot vient du latin aequus, « égal ».
Exemple. Trois enfants de tailles différentes veulent regarder un match par-dessus une palissade. Donner à chacun une caisse identique (égalité) laisse le plus petit sans vue ; donner deux caisses au plus petit et aucune au plus grand (équité) permet à tous de voir. La solution vraiment juste serait peut-être de remplacer la palissade par un grillage : changer la règle plutôt que compenser.
Attention ! « Traiter tout le monde pareil » n'est pas toujours juste : la loi elle-même prévoit des différences (tarifs réduits, aménagements pour le handicap, peines réduites pour les mineurs). Ce qui est injuste, c'est la différence sans raison légitime.
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Les inégalités sont-elles toutes injustes ?

Une inégalité est une différence d'accès à ce qui compte (argent, santé, savoir, pouvoir). Toutes ne sont pas ressenties comme injustes : personne ne trouve injuste qu'un champion olympique gagne plus qu'un débutant. Pour juger, on regarde l'origine de l'inégalité.

Origine de l'inégalitéJugement le plus courantExemple
Choix ou effort de la personnePlutôt justeDeux collègues, l'un accepte des heures de nuit et gagne plus
Naissance, hasard (famille, quartier, santé, sexe)Injuste : la personne n'y peut rienEn France, un enfant de cadre a nettement plus de chances d'obtenir un diplôme du supérieur qu'un enfant d'ouvrier
Acte d'autrui (vol, discrimination, harcèlement)Injuste et illégalUn propriétaire refuse un logement à cause d'un nom de famille
Égalité des chances. Idéal selon lequel la réussite ne doit dépendre que des efforts et des talents, et non de la naissance. La République ne promet pas l'égalité des situations (tout le monde n'aura pas le même revenu), mais elle s'engage à corriger les inégalités de départ : école gratuite et obligatoire, bourses, éducation prioritaire, Sécurité sociale.

Le philosophe américain John Rawls (Théorie de la justice, 1971) propose un test : imaginons que nous choisissions les règles de la société sans savoir quelle place nous y occuperons (riche ou pauvre, valide ou handicapé). Derrière ce « voile d'ignorance », nous accepterions des inégalités seulement si elles profitent aussi aux plus défavorisés.

Exemple. Dans une région rurale, il faut parfois attendre plusieurs mois pour un rendez-vous chez un spécialiste, contre quelques jours en ville : cette inégalité territoriale ne dépend ni du mérite ni du choix des habitants. C'est pourquoi l'État finance des maisons de santé et oblige certains médecins à des consultations en zone sous-dotée.
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Les principes d'une justice juste

Quand une injustice est commise (vol, agression, contrat non respecté), nul ne peut se faire justice soi-même : c'est l'institution judiciaire qui tranche. Pour être juste, elle obéit à des principes hérités de 1789 et inscrits dans la Constitution et le Code de procédure pénale.

PrincipeCe qu'il garantitTexte
Légalité des peinesOn ne peut être puni que pour un acte interdit par une loi antérieure, et par une peine prévue par cette loiDDHC, art. 8
Présomption d'innocenceTout suspect est innocent tant que sa culpabilité n'a pas été prouvée ; c'est à l'accusation de prouver, pas à l'accusé de se disculperDDHC, art. 9
Égalité devant la justiceMêmes règles, mêmes tribunaux pour tous ; aide juridictionnelle (loi de 1991) pour payer l'avocat des plus modestesDDHC, art. 6
Droits de la défenseConnaître les accusations, être assisté d'un avocat (commis d'office si besoin), débat contradictoireCode de procédure pénale, article préliminaire
Indépendance et impartialitéLes juges ne reçoivent d'ordres ni du gouvernement ni des parties ; les magistrats du siège sont inamoviblesConstitution, art. 64
Double degré de juridictionToute personne condamnée peut faire réexaminer sa condamnation par une autre juridiction (appel)Code de procédure pénale
Publicité et motivationAudiences publiques (sauf huis clos pour protéger un mineur ou une victime) ; le jugement explique ses raisonsCode de l'organisation judiciaire
La justice est rendue « au nom du peuple français ». Cette formule ouvre toute décision : les juges n'exercent pas un pouvoir personnel, ils appliquent la loi votée par les représentants du peuple. Voilà pourquoi les jurés de cour d'assises sont des citoyens tirés au sort (à partir de 23 ans, sur les listes électorales).
Attention ! Présumé innocent ne veut pas dire libre : un suspect peut être placé en garde à vue (24 h, renouvelable) ou en détention provisoire si l'enquête l'exige, mais « toute rigueur qui ne serait pas nécessaire » est interdite (art. 9).
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L'organisation de la justice en France

La justice française comprend deux ordres, et l'ordre judiciaire se divise en justice civile et justice pénale.

Ordre / brancheElle tranche…Juridictions
Justice civileles litiges entre personnes privées : divorce, héritage, loyer impayé, voisinage, contratTribunal judiciaire (créé le 1er janvier 2020), conseil de prud'hommes (travail), tribunal de commerce ; cour d'appel ; Cour de cassation
Justice pénaleles infractions à la loi, pour punir au nom de la sociétéTribunal de police, tribunal correctionnel, cour d'assises ou cour criminelle départementale ; cour d'appel ; Cour de cassation
Justice administrativeles conflits entre un particulier et l'administration : permis de construire refusé, sanction d'un fonctionnaire, décision d'un maireTribunal administratif, cour administrative d'appel, Conseil d'État

Au pénal, la gravité de l'infraction détermine le tribunal, la peine et le délai pour poursuivre (prescription) :

CatégorieExemplesJuridictionPeine maximalePrescription
ContraventionExcès de vitesse, tapage nocturne, injure non publiqueTribunal de policeAmende jusqu'à 1 500 € (3 000 € en récidive)1 an
DélitVol, harcèlement, conduite en état d'ivresse, discriminationTribunal correctionnelJusqu'à 10 ans de prison, amende6 ans
CrimeMeurtre, viol, vol à main arméeCour d'assises (3 juges + 6 jurés) ; cour criminelle départementale (5 juges, sans jury) pour les crimes punis de 15 ou 20 ans, depuis 2023Réclusion de 15 ans à la perpétuité20 ans
La justice des mineurs. Depuis l'ordonnance du 2 février 1945, remplacée par le Code de la justice pénale des mineurs (30 septembre 2021), un mineur est jugé par des juridictions spécialisées (juge des enfants, tribunal pour enfants) qui privilégient l'éducatif sur le répressif. Le discernement est présumé à partir de 13 ans ; les peines sont en principe réduites de moitié (« excuse de minorité ») ; les audiences ne sont pas publiques.
Repère. Le civil répare (dommages et intérêts, annulation d'un contrat) ; le pénal punit (amende, prison, travail d'intérêt général). Une même affaire peut relever des deux : la victime d'un vol obtient réparation (civil) et le voleur est condamné (pénal).
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Du délit au jugement : les acteurs du procès pénal

ActeurRôle
Le procureur de la République (magistrat du parquet)Représente la société : dirige l'enquête, décide des poursuites, requiert une peine à l'audience
Le juge (magistrat du siège)Dirige les débats, tranche en droit et en fait ; en cour d'assises, il délibère avec les jurés
L'avocatDéfend le prévenu ou l'accusé, ou la victime ; obligatoire pour un mineur
La victime (partie civile)Peut demander réparation de son préjudice devant le même tribunal
Le greffierRédige les actes, garantit le déroulement régulier de la procédure
Les jurésSix citoyens tirés au sort (neuf en appel) jugent les crimes aux côtés de trois magistrats
Vocabulaire. Devant le tribunal correctionnel, la personne poursuivie est le prévenu ; devant la cour d'assises, l'accusé. Une décision d'innocence s'appelle relaxe (délit) ou acquittement (crime). Les peines ne sont pas toutes la prison : amende, sursis (la prison n'est exécutée qu'en cas de récidive), travail d'intérêt général (créé en 1983), stage de citoyenneté, bracelet électronique.
Exemple. Un jeune de 17 ans tague la façade d'un lycée (dégradation : délit). Le procureur peut choisir une mesure de réparation : nettoyer la façade et présenter des excuses, plutôt qu'un procès. Si les faits se répètent, le tribunal pour enfants peut prononcer une peine, réduite de moitié par rapport à un majeur.
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Au-delà de la France : recours et justice internationale

Une justice peut elle-même se tromper ou une loi être injuste. Le citoyen dispose alors de recours, en France et au-delà.

RecoursQuand ?Repères
Appel, puis pourvoi en cassationContester un jugement (appel : nouveau procès) ; vérifier que la loi a été bien appliquée (cassation)Cour de cassation à Paris, pour l'ordre judiciaire ; Conseil d'État pour l'ordre administratif
Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)Un justiciable estime qu'une loi appliquée à son procès viole les droits garantis par la ConstitutionCréée par la révision de 2008, en vigueur depuis le 1er mars 2010 ; tranchée par le Conseil constitutionnel
Cour européenne des droits de l'homme (CEDH)Après épuisement des recours français, si l'État a violé la Convention européenne des droits de l'homme (1950)Strasbourg, créée en 1959 ; dépend du Conseil de l'Europe (46 États), pas de l'Union européenne

Pour les crimes les plus graves, la communauté internationale a créé des juridictions :

JuridictionSiègeCompétence
Cour internationale de justice (CIJ)La Haye (Pays-Bas), 1945Organe judiciaire de l'ONU : litiges entre États (frontières, traités) ; ne juge pas les individus
Cour pénale internationale (CPI)La Haye, Statut de Rome du 17 juillet 1998, en fonction depuis 2002Juge les individus pour génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre, crime d'agression, quand les États ne peuvent ou ne veulent pas juger ; les États-Unis, la Russie et la Chine n'en sont pas membres
Imprescriptibilité. Les crimes contre l'humanité et le génocide peuvent être poursuivis sans limite de temps (loi française de 1964, Statut de Rome) : leur gravité exclut l'oubli. Les tribunaux pour l'ex-Yougoslavie (1993) et le Rwanda (1994) ont ouvert la voie à la CPI.
Le point clé. Justice comme valeur, comme droit et comme institution se répondent : le sentiment d'injustice pousse à changer la loi (abolition de la peine de mort en 1981, lois contre les discriminations), et l'institution existe pour que personne ne se fasse justice soi-même.
En bref
  • Justice = une valeur (donner à chacun son dû), un droit (les lois) et une institution (les tribunaux). Injustice = traitement que rien ne justifie, venant d'une personne, d'une règle ou d'une situation.
  • Partager : égalité stricte (la même chose pour tous), équité (plus à ceux qui ont moins, pour une égalité réelle), mérite. La différence injuste est celle qui n'a pas de raison légitime.
  • Inégalités : liées au choix (plutôt justes), à la naissance (injustes : égalité des chances), à un acte d'autrui (illégales). Rawls, « voile d'ignorance » (1971).
  • Principes : légalité des peines (art. 8), présomption d'innocence (art. 9), égalité devant la justice (art. 6, aide juridictionnelle 1991), droits de la défense, indépendance (art. 64), appel, publicité ; justice rendue « au nom du peuple français ».
  • Organisation : civil (répare : tribunal judiciaire 2020, prud'hommes), pénal (punit : police / correctionnel / assises), administratif. Contravention (1 500 €, 1 an) – délit (10 ans, 6 ans) – crime (perpétuité, 20 ans). Mineurs : Code de 2021, discernement à 13 ans, éducatif d'abord.
  • Procès : procureur (parquet, poursuit), juge (siège), avocat, partie civile, greffier, jurés tirés au sort (23 ans). Peines : amende, sursis, TIG (1983), prison.
  • Recours : appel, cassation, QPC (2010), CEDH (Strasbourg, 1959) ; CIJ (États, 1945) et CPI (individus, Rome 1998, La Haye) ; crimes contre l'humanité imprescriptibles.
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