Exercice 1 — Définitions
a) Laïcité : Principe fondamental de la République française issu de la loi de 1905, qui établit la séparation de l'Église et de l'État et garantit la neutralité religieuse dans l'espace public ; les convictions religieuses relèvent de la sphère privée.
b) Harki : Algérien ayant combattu aux côtés de l'armée française pendant la guerre d'Algérie (1954-1962) ; après l'indépendance de 1962, de nombreux Harkis ont été abandonnés et victimes de représailles ou ont pu se réfugier en France dans des conditions difficiles.
c) Négationnisme : Doctrine qui nie ou minimise la réalité du génocide des Juifs d'Europe (la Shoah), notamment l'existence des chambres à gaz et le nombre de victimes ; interdit en France par la loi Gayssot de 1990.
d) Regroupement familial : Dispositif juridique qui permet à un étranger résidant légalement en France de faire venir son conjoint et ses enfants mineurs pour vivre avec lui sur le territoire français ; officiellement autorisé en 1976 malgré la suspension de l'immigration de travail en 1974.
Exercice 2 — Chronologie de l'immigration en France
Ordre chronologique correct :
- b) Création de l'Office National d'Immigration (ONI) — 1945
L'ONI est créé après la Seconde Guerre mondiale pour organiser le recrutement de travailleurs étrangers nécessaires à la reconstruction et à la croissance des Trente Glorieuses. - d) Marche pour l'égalité et contre le racisme, dite « Marche des Beurs » — 1983
Cette marche rassemble des jeunes issus de l'immigration maghrébine pour revendiquer l'égalité des droits et lutter contre les violences racistes. - a) Suspension de l'immigration de travail par le gouvernement français — 1974
(Note : dans l'ordre de classement chronologique absolu, cet événement précède 1983, mais la question demande de classer les cinq événements entre eux.)
Ordre final :
1. b) ONI — 1945
2. a) Suspension de l'immigration de travail — 1974
3. d) Marche des Beurs — 1983
4. e) Loi Taubira — 2001
5. c) Reconnaissance officielle de la guerre d'Algérie — 1999
Tableau récapitulatif :- 1945 — b) Création de l'ONI
- 1974 — a) Suspension de l'immigration de travail (réaction au choc pétrolier de 1973)
- 1983 — d) Marche pour l'égalité et contre le racisme (« Marche des Beurs »)
- 1999 — c) La loi reconnaît officiellement que le conflit algérien est une « guerre »
- 2001 — e) Loi Taubira reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité
Exercice 3 — Questions de cours
a) Le modèle républicain d'intégration (2 points)
Le modèle républicain d'intégration repose sur les principes suivants :
- L'école de la République : l'école laïque, gratuite et obligatoire (lois Ferry, 1881-1882) transmet la langue française et les valeurs républicaines à tous les enfants, quelle que soit leur origine ; elle est le principal vecteur d'ascension sociale.
- La laïcité : la loi de 1905 sépare l'Église de l'État ; l'espace public est neutre sur le plan religieux, les convictions restent dans la sphère privée.
- La citoyenneté individuelle : la République française ne reconnaît pas de communautés ethniques ou religieuses dans l'espace public — elle ne connaît que des citoyens individuels. La nationalité s'obtient par le droit du sol (naissance en France) ou par la naturalisation.
- L'assimilation : contrairement au multiculturalisme, le modèle français valorise l'adoption de la langue, des lois et des valeurs communes au détriment de la reconnaissance des identités communautaires dans l'espace public.
b) Les mémoires concurrentes de la guerre d'Algérie (3 points)On parle de « mémoires concurrentes » car les différents groupes impliqués dans le conflit (1954-1962) ont des vécus très différents et parfois opposés :
- Les soldats français du contingent : appelés à faire la guerre sans qu'elle soit officiellement reconnue comme telle (le terme « guerre » n'est reconnu par la loi qu'en 1999), ils ont souvent gardé un silence douloureux sur leur expérience.
- Les Harkis : Algériens ayant combattu aux côtés de l'armée française, ils ont été abandonnés lors de l'indépendance en 1962, souvent victimes de représailles en Algérie et accueillis dans des conditions précaires en France ; ils revendiquent une reconnaissance officielle de leur sacrifice.
- Les Pieds-Noirs : Français (et Européens) d'Algérie contraints de quitter le pays en 1962, ils gardent la mémoire d'un arrachement à leur terre natale et réclament la reconnaissance de leur drame.
- Les combattants du FLN et les Algériens : du côté algérien, le conflit est vécu comme une guerre de libération nationale ; la mémoire algérienne insiste sur les violences coloniales et les actes de torture de l'armée française (notamment lors de la bataille d'Alger en 1957).
Exercice 4 — Analyse d'un document
a) Différence entre mémoire et histoire selon Pierre Nora (2 points)
Selon Pierre Nora, la mémoire est « sélective et partielle » : elle est vivante, subjective, portée par des groupes ou des individus, et peut être « blessante » car elle s'ancre dans les émotions et l'identité. Elle est influencée par le présent et les besoins du groupe qui se souvient.
L'histoire, en revanche, est un « regard posé sur le passé à partir du présent » qui doit être « aussi objectif que possible ». L'historien doit « résister à la pression du présent », c'est-à-dire analyser les faits avec recul critique, méthode scientifique et rigueur, sans se laisser dicter sa lecture par les émotions ou les enjeux politiques du moment.
En résumé : la mémoire est vécue et subjective ; l'histoire vise l'objectivité scientifique.
b) Ce point de vue et les débats sur les lois mémorielles (2 points)
Pierre Nora critique implicitement les lois mémorielles en soulignant le risque de voir la vérité légale (imposée par la loi) se substituer à la vérité historique (établie par les historiens). Quand le Parlement légifère sur le passé (par exemple en déclarant qu'un événement est un crime ou en qualifiant le rôle « positif » de la colonisation), il peut figer une interprétation officielle et entraver le travail libre des historiens.
Exemple : La loi Gayssot (1990) interdit la négation de la Shoah et peut sembler imposer une vérité légale sur un fait historique. De même, l'article controversé de la loi du 23 février 2005 demandait aux manuels scolaires de souligner le « rôle positif » de la colonisation — une injonction que de nombreux historiens ont jugée comme une instrumentalisation politique de l'histoire et non une démarche scientifique. Cet article a d'ailleurs été abrogé en 2006 après de vives protestations.
Exercice 5 — Question de réflexion
Éléments attendus dans la réponse :
- Définir la notion de « mémoires concurrentes » : tensions entre différents groupes qui estiment que leur mémoire collective est insuffisamment reconnue au regard de celle d'autres communautés.
- Expliquer pourquoi ces mémoires existent : la France a une histoire marquée par de multiples traumatismes collectifs (Shoah, colonisation, guerre d'Algérie, esclavage) qui concernent des groupes différents aux vécus distincts. Chaque groupe cherche une reconnaissance officielle de ses souffrances spécifiques.
- Donner un exemple concret : par exemple, les descendants des victimes de la Shoah, les descendants d'esclaves (sensibles à la loi Taubira de 2001), les anciens combattants et descendants de soldats coloniaux (sensibles à l'exemple du film Indigènes, 2006), ou les Harkis réclamant la reconnaissance de leur abandon en 1962.
Exemple de réponse rédigée attendue :Dans la société française actuelle, plusieurs groupes portent des mémoires de souffrances passées et réclament chacun une reconnaissance officielle. Ces mémoires peuvent entrer en concurrence lorsque l'une semble mieux reconnue que les autres. Ainsi, la mémoire de la Shoah bénéficie d'une forte reconnaissance institutionnelle (discours de Chirac en 1995, loi Gayssot, Mémorial de la Shoah). En revanche, la mémoire de l'esclavage a attendu 2001 et la loi Taubira pour être officiellement reconnue. De même, les soldats coloniaux (
tirailleurs) qui ont combattu pour la France lors de la Seconde Guerre mondiale ont dû attendre la décristallisation de leurs pensions (2002) et le film
Indigènes (2006) pour voir leur rôle reconnu. Ces décalages dans la reconnaissance officielle créent des tensions entre communautés de mémoire, chacune estimant que son histoire mérite autant d'attention que les autres.