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Collège · 3ᵉ · EMC

Les institutions de la Ve République

Étudier l'organisation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire

À propos de cette page
Ce cours de emc en troisième sur « Les institutions de la Ve République » suit le programme officiel de emc de troisième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : 1958 : une Constitution pour un exécutif fort, Le Président de la République, Le Premier ministre et le gouvernement, Le Parlement : Assemblée nationale et Sénat. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de troisième à réussir en emc.
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1958 : une Constitution pour un exécutif fort

La IVe République (1946-1958) a connu 24 gouvernements en douze ans : le Parlement renversait les ministères, l'État ne parvenait pas à trancher, en particulier sur la guerre d'Algérie. En mai 1958, rappelé au pouvoir, le général de Gaulle obtient de rédiger une nouvelle Constitution, approuvée par référendum le 28 septembre 1958 (82 % de oui) et promulguée le 4 octobre 1958.

Constitution. Texte suprême qui organise les pouvoirs publics (qui décide, comment, pour combien de temps) et garantit les droits fondamentaux. Aucune loi ne peut la contredire ; on ne la modifie que par une procédure spéciale (article 89).

Son idée directrice, exposée par de Gaulle dès le discours de Bayeux (1946) : un exécutif fort et stable, un chef de l'État « au-dessus des partis », un Parlement qui légifère et contrôle sans pouvoir tout bloquer. On parle de régime semi-présidentiel : un Président puissant, mais un gouvernement responsable devant l'Assemblée comme dans un régime parlementaire.

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Le Président de la République

Élu pour cinq ans au suffrage universel direct (depuis la révision de 1962, première élection en 1965), à la majorité absolue en deux tours, il ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs (2008). Il réside à l'Élysée. L'article 5 en fait l'arbitre qui « veille au respect de la Constitution » et le garant de l'indépendance nationale.

Pouvoirs propres (sans contreseing)Article
Nommer le Premier ministre8
Soumettre un projet de loi au référendum11
Dissoudre l'Assemblée nationale (pas deux fois dans la même année)12
Pouvoirs exceptionnels en cas de menace grave et immédiate (utilisés une fois, en 1961)16
Saisir le Conseil constitutionnel54, 61
Pouvoirs partagés (contresignés par le Premier ministre)Article
Nommer les ministres sur proposition du Premier ministre, présider le Conseil des ministres8, 9
Promulguer les lois dans les 15 jours ; demander une nouvelle délibération10
Chef des armées, négocie et ratifie les traités, droit de grâce15, 52, 17
Responsabilité (art. 67-68). Le Président n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité ; pendant son mandat il ne peut être ni poursuivi ni témoin (inviolabilité, qui cesse un mois après la fin des fonctions). Seule la destitution par le Parlement réuni en Haute Cour, « en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat », peut le frapper.
Astuce. Le Président ne fait pas la loi et ne gouverne pas seul : sa force vient de son élection directe et de la majorité qui le soutient à l'Assemblée. Sans cette majorité, ses pouvoirs se réduisent à ceux du texte.
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Le Premier ministre et le gouvernement

Nommé par le Président, le Premier ministre (hôtel de Matignon) « dirige l'action du gouvernement » (art. 21), propose les ministres, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire (décrets). Le gouvernement « détermine et conduit la politique de la Nation » (art. 20) : il prépare les projets de loi et le budget, dirige l'administration et la force armée.

  • Un ministre ne peut pas rester parlementaire (art. 23) : un député nommé ministre est remplacé par son suppléant.
  • Le gouvernement est responsable devant l'Assemblée nationale (art. 49) : il peut demander la confiance (49-1), être renversé par une motion de censure (49-2), ou engager sa responsabilité sur un texte (49-3) : le texte est adopté sans vote, sauf si une motion de censure, déposée dans les 24 heures, est ensuite adoptée.
  • Le Président ne peut pas révoquer le Premier ministre de lui-même : celui-ci présente la démission du gouvernement (art. 8), mais l'usage veut qu'il le fasse à la demande du Président quand ils sont du même bord.
Attention ! L'exécutif est bicéphale (deux têtes). En période normale, le Président fixe les orientations et le Premier ministre les met en œuvre ; en cohabitation (Président et majorité de l'Assemblée opposés), le Premier ministre gouverne réellement et le Président se replie sur la défense et la diplomatie (le « domaine réservé »). Trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995, 1997-2002.
Exemple. Depuis 2022, aucune majorité absolue à l'Assemblée : les gouvernements ont multiplié les 49-3 (budget, retraites en 2023), et le 4 décembre 2024 une motion de censure a renversé un gouvernement pour la première fois depuis 1962.
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Le Parlement : Assemblée nationale et Sénat

Assemblée nationaleSénat
Membres577 députés348 sénateurs
ÉlectionSuffrage universel direct, scrutin majoritaire à deux tours par circonscription, 5 ansSuffrage universel indirect par environ 160 000 grands électeurs (élus locaux), 6 ans, renouvelé par moitié tous les 3 ans
SiègePalais BourbonPalais du Luxembourg
ParticularitésSeule à pouvoir censurer le gouvernement et à être dissoute ; dernier mot sur la loiReprésente les collectivités territoriales ; son président assure l'intérim du Président de la République

L'article 24 fixe trois missions : voter la loi, contrôler l'action du gouvernement, évaluer les politiques publiques. Le Parlement siège en session ordinaire d'octobre à juin ; le travail se fait d'abord en commissions (huit à l'Assemblée), puis en séance publique, où les ministres répondent aux questions des députés chaque semaine.

Immunité parlementaire. Un parlementaire ne peut être poursuivi pour ses opinions ou votes (irresponsabilité) et ne peut être arrêté sans l'accord de sa chambre, sauf flagrant délit (inviolabilité) : ce n'est pas un privilège personnel mais une garantie de la liberté du Parlement.
Astuce. Bicamérisme inégalitaire : les deux chambres votent la loi, mais l'Assemblée, élue directement, l'emporte en cas de désaccord et détient seule le pouvoir de censure.
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Le parcours d'une loi

MotSens
Projet de loiTexte déposé par le gouvernement (après avis du Conseil d'État et passage en Conseil des ministres) : l'immense majorité des lois votées
Proposition de loiTexte déposé par un député ou un sénateur
NavetteAller-retour du texte entre les deux chambres, chacune pouvant l'amender
Commission mixte paritaire7 députés + 7 sénateurs chargés de trouver un compromis après deux lectures (ou une, en procédure accélérée)
PromulgationActe par lequel le Président rend la loi exécutoire ; il peut demander une nouvelle délibération (art. 10) mais n'a pas de veto
Exemple chiffré. L'article 34 réserve à la loi certaines matières (droits civiques, crimes et peines, impôts…) ; tout le reste relève du règlement (décrets du gouvernement, art. 37). Le Parlement adopte environ 40 à 60 lois par an, sans compter les ratifications de traités.
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Contrôles et équilibres : censure, dissolution, cohabitation

Montesquieu voulait que « le pouvoir arrête le pouvoir ». La Constitution de 1958 donne à chaque camp une arme.

ArmeQui l'utiliseRègleExemples
Motion de censure (art. 49-2)L'Assemblée contre le gouvernementSignée par 1/10 des députés (58), adoptée à la majorité absolue des membres (289) ; seuls les votes pour sont comptésAdoptée en 1962 et le 4 décembre 2024 ; rejetée de 9 voix en mars 2023
Dissolution (art. 12)Le Président contre l'AssembléeNouvelles élections dans les 20 à 40 jours ; interdite dans l'année qui suit1962, 1968, 1981, 1988, 1997, juin 2024
49-3Le gouvernement pour faire passer un texteAdoption sans vote sauf censure ; limité depuis 2008 au budget et à un texte par sessionRéforme des retraites (2023), budgets 2022-2025
Vote de confiance (art. 49-1)Le gouvernement devant l'AssembléeMajorité simple des votantsSouvent demandé, jamais obligatoire
Exemple. Juin 2024 : le Président dissout l'Assemblée après les élections européennes ; le scrutin ne donne aucune majorité ; en décembre, 331 députés votent la censure du gouvernement (seuil : 289). La dissolution et la censure, longtemps théoriques, redeviennent des instruments réels.
Attention ! Une motion de censure ne peut viser que le gouvernement, jamais le Président ; et le Sénat ne peut ni censurer ni être dissous.
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Les gardiens : Conseil constitutionnel et autres contre-pouvoirs

Conseil constitutionnel. Neuf membres nommés pour neuf ans non renouvelables (trois par le Président de la République, trois par le président de l'Assemblée, trois par celui du Sénat), renouvelés par tiers tous les trois ans, plus les anciens Présidents (membres de droit, qui ne siègent plus en pratique). Siège au Palais-Royal.
  • Contrôle a priori (art. 61) : avant promulgation, saisi par le Président, le Premier ministre, les présidents des chambres ou 60 députés ou 60 sénateurs ; obligatoire pour les lois organiques.
  • Question prioritaire de constitutionnalité (art. 61-1, en vigueur le 1er mars 2010) : lors d'un procès, tout justiciable peut contester une loi déjà promulguée ; filtre par le Conseil d'État ou la Cour de cassation, puis décision sous trois mois.
  • Juge des élections nationales et des référendums ; proclame les résultats de la présidentielle.

D'autres institutions limitent le pouvoir : le Conseil d'État (conseille le gouvernement sur les projets de loi et juge l'administration), la Cour de cassation (juridiction judiciaire suprême), la Cour des comptes (contrôle l'usage de l'argent public), le Défenseur des droits (autorité indépendante créée en 2008, saisissable gratuitement par tout citoyen), l'Arcom pour les médias. La presse libre, les syndicats, les associations et l'opposition sont des contre-pouvoirs hors institutions.

Attention ! Le Conseil constitutionnel n'est pas une cour d'appel : il ne rejuge pas un procès, il ne dit pas si une loi est bonne, seulement si elle respecte la Constitution et le bloc de constitutionnalité (DDHC de 1789, préambule de 1946, Charte de l'environnement).
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Réviser la Constitution

L'article 89 organise la révision : l'initiative appartient au Président sur proposition du Premier ministre, ou aux parlementaires ; le texte doit être voté en termes identiques par les deux chambres (le Sénat a ici un vrai droit de veto), puis approuvé soit par référendum, soit par le Congrès (députés et sénateurs réunis à Versailles) à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. La forme républicaine du gouvernement ne peut pas être révisée.

Exemples. 1962 : élection directe du Président, par référendum (article 11, procédure contestée). 2000 : quinquennat, par référendum. 2008 : grande réforme des institutions, par le Congrès (une voix de plus que les trois cinquièmes). 2024 : liberté de recourir à l'IVG inscrite à l'article 34, par le Congrès (780 voix pour).
Débats en cours. Faut-il introduire une part de proportionnelle aux législatives ? Créer un référendum d'initiative citoyenne ? Réduire le nombre de parlementaires ? Ces questions reviennent à chaque législature ; en EMC, on présente les arguments des uns et des autres sans trancher.
Méthode brevet. Face à une situation institutionnelle : 1) nommer l'acteur et l'institution ; 2) citer l'article ou la règle (seuil, délai, majorité) ; 3) appliquer la règle aux chiffres de l'énoncé ; 4) conclure sur l'équilibre des pouvoirs. Quatre étapes, quatre points.
En bref
  • Constitution du 4 octobre 1958 (référendum du 28 septembre) : exécutif fort, régime semi-présidentiel ; révisée 25 fois (1962, 2000, 2008, 2024).
  • Président : 5 ans, suffrage direct depuis 1962, deux mandats maximum ; nomme le Premier ministre (art. 8), dissout (12), référendum (11), pouvoirs exceptionnels (16).
  • Gouvernement : détermine et conduit la politique de la Nation (art. 20), responsable devant l'Assemblée (49) ; 49-3 = adoption sans vote.
  • Parlement : 577 députés (direct, 5 ans) et 348 sénateurs (indirect, 6 ans) ; vote la loi, contrôle, évalue (art. 24) ; dernier mot à l'Assemblée (45).
  • Loi : projet ou proposition → commission → navette → CMP → Conseil constitutionnel (60 députés/sénateurs) → promulgation sous 15 jours.
  • Équilibres : censure (58 signatures, 289 voix ; 1962, 2024), dissolution (1997, 2024), cohabitation (1986, 1993, 1997).
  • Conseil constitutionnel : 9 membres, 9 ans ; contrôle a priori et QPC (2010) ; révision par Congrès aux 3/5 ou référendum (art. 89).
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