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Collège · 3ᵉ · EMC

La justice en France

Comprendre le fonctionnement de la justice et les droits de la défense

À propos de cette page
Ce cours de emc en troisième sur « La justice en France » suit le programme officiel de emc de troisième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Pourquoi une justice ? Les principes, Deux ordres, des juridictions, Civil ou pénal ? Litiges et infractions, Le procès pénal, étape par étape. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de troisième à réussir en emc.
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Pourquoi une justice ? Les principes

Sans justice, chacun se ferait justice lui-même : la vengeance remplacerait la loi. Dans un État de droit, l'État détient seul le pouvoir de juger et de punir, mais il l'exerce selon des règles qui protègent tout le monde, y compris l'accusé. La justice est rendue « au nom du peuple français ».

PrincipeSignificationTexte
LégalitéOn ne peut être arrêté ou puni que dans les cas prévus par une loi antérieure aux faitsDDHC, art. 7 et 8
Présomption d'innocenceTout homme est « présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable »DDHC, art. 9 ; Convention européenne des droits de l'homme, art. 6
ÉgalitéLa loi est la même pour tous, « soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse »DDHC, art. 6
IndépendanceLes juges du siège sont inamovibles ; le Président est garant de l'indépendance avec le Conseil supérieur de la magistratureConstitution, art. 64
Contradictoire et publicitéChaque partie connaît et discute les arguments de l'autre ; les audiences sont publiques (sauf mineurs, huis clos)Code de procédure pénale
Double degré de juridictionToute décision peut être rejugée en appel, puis contrôlée en cassationLoi
Article 66 de la Constitution. « Nul ne peut être arbitrairement détenu. L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe. » La justice n'est pas seulement là pour punir : elle protège les libertés contre l'État lui-même.
Astuce. La justice est gratuite (on ne paie pas le juge) mais pas sans frais (avocat, expertise) : l'aide juridictionnelle prend en charge tout ou partie des frais des personnes à faibles revenus.
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Deux ordres, des juridictions

OrdreQui juge quoi ?1er degréAppelSommet
JudiciaireLitiges entre personnes privées (civil) et infractions (pénal)Tribunal judiciaire (civil), tribunal de police, tribunal correctionnel, cour d'assises, tribunaux spécialisés (prud'hommes, commerce)Cour d'appel (cour d'assises d'appel)Cour de cassation (Paris)
AdministratifLitiges entre une personne et l'administration (État, mairie, hôpital public, université)Tribunal administratifCour administrative d'appelConseil d'État (Paris)
Appel et cassation. L'appel rejuge entièrement l'affaire (faits et droit) ; le pourvoi en cassation ne rejuge pas les faits : la Cour vérifie seulement que la loi a été correctement appliquée et, si ce n'est pas le cas, renvoie l'affaire devant une autre cour d'appel.
Exemples. Un locataire qui conteste son expulsion : tribunal judiciaire. Un salarié licencié : conseil de prud'hommes (juges non professionnels issus des employeurs et des salariés). Un lycéen qui conteste un refus d'inscription à l'université : tribunal administratif. Un litige entre deux entreprises : tribunal de commerce.
Attention ! Le Conseil constitutionnel n'appartient à aucun des deux ordres : il ne juge pas des procès mais la conformité des lois à la Constitution (contrôle avant promulgation, et QPC depuis 2010). Et au-dessus des deux ordres, la Cour européenne des droits de l'homme (Strasbourg) peut condamner la France une fois tous les recours épuisés.
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Civil ou pénal ? Litiges et infractions

Le civil règle un conflit entre personnes (divorce, dette, voisinage, contrat) : le juge tranche et peut condamner à payer des dommages et intérêts, jamais à de la prison. Le pénal sanctionne une infraction, c'est-à-dire un comportement interdit par la loi, au nom de la société tout entière.

InfractionGravitéExemplesPeines maximalesJuridiction
ContraventionFaibleExcès de vitesse, tapage nocturne, injure non publiqueAmende jusqu'à 1 500 € (3 000 € en récidive), 5 classesTribunal de police
DélitMoyenneVol, escroquerie, violences, conduite en état d'ivresse, harcèlementJusqu'à 10 ans de prison, amendesTribunal correctionnel (3 juges, ou juge unique)
CrimeLa plus graveMeurtre, viol, vol à main armée, trafic de stupéfiants en bande organisée15 ans à la perpétuitéCour d'assises (3 magistrats + 6 jurés tirés au sort ; 9 en appel) ou cour criminelle départementale (5 magistrats, crimes punis de 15 ou 20 ans, depuis 2023)
Attention ! Prévenu, accusé, mis en examen : trois mots pour trois situations. Le mis en examen est visé par une instruction ; le prévenu comparaît devant le tribunal de police ou correctionnel ; l'accusé comparaît devant la cour d'assises. Aucun des trois n'est encore coupable.
Astuce. Un même fait peut donner lieu aux deux justices : la victime d'une agression obtient au pénal la condamnation de l'agresseur et, en se constituant partie civile, une indemnisation.
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Le procès pénal, étape par étape

ActeurRôle
Procureur de la République (parquet, « magistrat debout »)Reçoit les plaintes, dirige l'enquête, décide des poursuites, requiert une peine au nom de la société ; dépend du ministre de la Justice (garde des Sceaux)
Juge d'instructionEnquête « à charge et à décharge » sur les affaires complexes ; peut mettre en examen
Juge des libertés et de la détention (2000)Seul à pouvoir placer en détention provisoire
Juges du siège (« magistrats assis »)Président l'audience, délibèrent et jugent ; indépendants et inamovibles
AvocatConseille et défend son client, plaide ; secret professionnel
GreffierGarantit la procédure, rédige et authentifie les actes
JurésCitoyens de 23 ans et plus tirés au sort sur les listes électorales pour siéger aux assises
Exemple. En 2023, les parquets ont traité plus de 3 millions d'affaires ; moins d'une sur cinq aboutit à un procès, les autres étant classées (auteur inconnu, infraction insuffisante) ou réglées par des alternatives : rappel à la loi, médiation, composition pénale.
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Les droits de la défense

Garde à vue. Mesure qui permet de retenir un suspect dans les locaux de la police ou de la gendarmerie pour les besoins de l'enquête : 24 heures, renouvelables une fois sur autorisation du procureur (jusqu'à 96 heures, voire 144 heures, pour le crime organisé et le terrorisme). Ce n'est ni une condamnation ni une preuve de culpabilité.

Dès le début de la garde à vue, la personne est informée de ses droits (loi du 14 avril 2011, après une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme) :

  • connaître les faits reprochés et la durée de la mesure ;
  • garder le silence ;
  • être assistée d'un avocat dès la première heure et pendant les interrogatoires ;
  • faire prévenir un proche et son employeur, être examinée par un médecin ;
  • bénéficier d'un interprète si elle ne comprend pas le français.

Pendant tout le procès : accès au dossier, droit de contester chaque preuve (contradictoire), dernier mot à l'accusé avant le délibéré, droit de faire appel. La détention provisoire (prison avant jugement) reste l'exception, décidée par le juge des libertés et de la détention, limitée dans le temps.

Exemple. Un journal titre « le coupable arrêté » à propos d'un suspect en garde à vue : il viole la présomption d'innocence et peut être condamné ; la loi interdit aussi de diffuser l'image d'une personne menottée sans son accord.
Attention ! Relaxe (tribunal de police ou correctionnel) et acquittement (cour d'assises) désignent la même chose : la personne est déclarée non coupable. Le doute profite toujours à l'accusé.
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Les peines : punir, réparer, réinsérer

Une peine a trois fonctions : sanctionner la faute, protéger la société et les victimes, réinsérer le condamné pour éviter la récidive. La peine de mort a été abolie en France par la loi du 9 octobre 1981 (Robert Badinter) ; son interdiction est inscrite dans la Constitution depuis 2007.

PeineContenu
AmendeSomme versée à l'État ; jours-amende
Travail d'intérêt général (1983)20 à 400 heures de travail non rémunéré pour une collectivité ou une association, avec l'accord du condamné
SursisLa prison n'est pas exécutée si le condamné ne récidive pas ; le sursis probatoire y ajoute des obligations (soins, formation, indemnisation)
Détention à domicile sous surveillance électroniqueBracelet électronique, horaires de sortie fixés
Emprisonnement, réclusion criminelleDe quelques mois à la perpétuité ; aménagements possibles (semi-liberté, libération conditionnelle)
Peines complémentairesRetrait du permis, interdiction de territoire, inéligibilité, stage de citoyenneté
Débat. Faut-il plus de prisons ou plus de peines alternatives ? Les partisans des alternatives soulignent que la prison favorise la récidive et coûte cher ; leurs adversaires invoquent la protection des victimes et le sens de la sanction. En EMC, on expose les deux arguments avant de conclure.
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La justice des mineurs

Depuis l'ordonnance du 2 février 1945, la France juge les mineurs autrement que les adultes : priorité à l'éducation, juridictions spécialisées, atténuation des peines. Le Code de la justice pénale des mineurs (CJPM), en vigueur depuis le 30 septembre 2021, reprend ces principes.

ÂgeRègle
Moins de 13 ansPrésumé incapable de discernement : pas de peine, mais des mesures éducatives possibles
13 à 15 ansResponsable pénalement ; peines réduites de moitié ; pas de garde à vue avant 13 ans (retenue de 12 heures maximum entre 10 et 13 ans)
16 à 18 ansPeines réduites de moitié en principe ; la cour d'assises des mineurs juge les crimes
Une procédure en deux temps. Le juge des enfants ou le tribunal pour enfants statue d'abord sur la culpabilité (dans les trois mois), puis ouvre une période de mise à l'épreuve éducative de six à neuf mois, avant l'audience sur la sanction. Les parents sont convoqués ; l'audience se tient à huis clos ; la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) accompagne le mineur.
Exemple. Un élève de 15 ans reconnu coupable de harcèlement sur un camarade peut être condamné à un stage de citoyenneté, à une mesure de réparation envers la victime et à un suivi éducatif ; la prison reste l'exception et ne peut excéder la moitié de la peine encourue par un adulte.
Méthode brevet. Face à un cas : 1) civil ou pénal, et quelle infraction ? 2) quelle juridiction et quels acteurs ? 3) quels droits pour les parties ? 4) quelle décision possible, et quel recours ? Quatre étapes, quatre points.
En bref
  • Justice rendue au nom du peuple : légalité, présomption d'innocence (DDHC art. 9), égalité, indépendance (art. 64), contradictoire, publicité, double degré.
  • Deux ordres : judiciaire (Cour de cassation) et administratif (Conseil d'État) ; Conseil constitutionnel à part ; CEDH à Strasbourg.
  • Civil (litiges, dommages et intérêts) ≠ pénal (infractions) : contravention → tribunal de police ; délit → correctionnel ; crime → assises (6 jurés, 9 en appel) ou cour criminelle départementale (2023).
  • Procès pénal : enquête → procureur (poursuit, requiert) → juge d'instruction / JLD → audience contradictoire → décision → appel sous 10 jours → cassation.
  • Droits de la défense : garde à vue 24 h + 24 h, avocat dès la première heure, silence, interprète (loi de 2011) ; relaxe ou acquittement en cas de doute.
  • Peines : abolition de la peine de mort (1981), amende, TIG, sursis probatoire, bracelet, prison ; surpopulation carcérale > 130 %.
  • Mineurs : ordonnance de 1945, CJPM (2021), discernement à 13 ans, peines réduites de moitié, juge et tribunal pour enfants, procédure en deux temps.
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