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Histoire-Géographie 2ⁿᵈᵉ

Ressources · 2ⁿᵈᵉ · Histoire-Géographie

Des ressources majeures sous pression : tensions, gestion

Eau et ressources énergétiques, inégale répartition, conflits d'usage, gestion durable, transition énergétique (programme de géographie de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en seconde sur « Des ressources majeures sous pression : tensions, gestion » suit le programme officiel d'histoire-géographie de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce qu'une ressource ? Une construction sociale, L'eau : une ressource inégalement répartie et inégalement accessible, Les conflits d'usage de l'eau, du local à l'international, Gérer l'eau : de la course à l'offre au partage. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en histoire-géographie.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — L'eau renouvelable disponible par habitant dans huit pays

Facile

Tableau statistique · D'après FAO, base de données AQUASTAT, ressources en eau renouvelables totales rapportées à la population ; valeurs arrondies en ordre de grandeur, données vers 2020.

La FAO, organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, recense les ressources en eau de chaque pays dans sa base AQUASTAT. Le tableau divise l'eau renouvelable totale (pluies, cours d'eau, nappes rechargées, apports étrangers) par la population.

PaysEau renouvelable par habitant (m³ par an, ordre de grandeur)
Canada75 000
Brésil40 000
États-Unis9 000
France3 100
Chine2 000
Inde1 400
Égypte550
Arabie saoudite70

Note 1 : seuils de Falkenmark (1989) : sous 1 700 m³ par habitant et par an, stress hydrique ; sous 1 000 m³, pénurie ; sous 500 m³, pénurie absolue.

Note 2 : pour l'Égypte, environ 97 % de ce volume est apporté par le Nil depuis des pays situés en amont.

Après avoir présenté le document, montrez qu'il met en évidence une inégale répartition de l'eau, puis montrez-en les limites.

  1. Présentez le document : nature, source, date, unité utilisée.
  2. Classez les huit pays à l'aide des seuils de Falkenmark.
  3. Expliquez la situation particulière de l'Égypte à l'aide de la note 2.
  4. Montrez que ce tableau ne suffit pas à mesurer la pression sur l'eau d'un pays.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un tableau statistique établi d'après la base AQUASTAT de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, avec des données des années 2020. Il indique, pour huit pays, la quantité d'eau renouvelable disponible par habitant, exprimée en mètres cubes par an et arrondie en ordre de grandeur. Il permet donc de comparer des pays de tailles et de populations très différentes.

2. Les seuils de Falkenmark permettent de distinguer trois groupes. Le Canada (75 000 m³), le Brésil (40 000 m³), les États-Unis (9 000 m³), la France (3 100 m³) et la Chine (2 000 m³) sont au-dessus de 1 700 m³ : ils ne sont pas en stress hydrique à l'échelle nationale, même si la Chine est proche du seuil. L'Inde, avec 1 400 m³, est en stress hydrique. L'Égypte (550 m³) est en pénurie, tout près de la pénurie absolue, et l'Arabie saoudite (70 m³) est en pénurie absolue. L'écart entre le Canada et l'Arabie saoudite est de plus de mille fois.

3. L'Égypte est un pays désertique : l'essentiel de son eau ne tombe pas sur son territoire. La note 2 indique qu'environ 97 % de son eau renouvelable est apportée par le Nil depuis l'amont, c'est-à-dire depuis l'Éthiopie et la région des Grands Lacs. Ses 550 m³ par habitant dépendent donc des choix d'autres États : c'est un pays d'aval, très vulnérable, ce qui explique son inquiétude face au barrage éthiopien de la Renaissance, inauguré en 2025.

4. Ce tableau mesure seulement la disponibilité de l'eau, pas la pression réelle. D'abord, c'est une moyenne nationale : le nord de la Chine, qui porte une grande partie des terres cultivées et de la population, dispose de beaucoup moins d'eau que le sud. Ensuite, il ne dit rien des usages : l'Inde prélève massivement dans ses nappes pour irriguer, alors que le Canada utilise une faible part de son eau. Enfin, il ne dit rien de l'accès : le Brésil dispose de 40 000 m³ par habitant, mais tous ses habitants n'ont pas l'eau potable à domicile, car l'accès dépend des réseaux, c'est-à-dire de la rareté économique. Un pays pauvre en eau et riche en argent, comme l'Arabie saoudite, compense en partie par le dessalement.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau statistique, c'est classer les valeurs à l'aide d'un seuil, puis montrer ce que la moyenne cache.

Document 2 — Le bassin du Nil, un fleuve partagé entre onze États

Moyen

Carte (description détaillée d'une carte de synthèse) · Carte construite pour l'exercice. Données : accord égypto-soudanais du 8 novembre 1959 ; Initiative du bassin du Nil (1999) ; FAO, AQUASTAT ; gouvernement éthiopien, inauguration du GERD en septembre 2025.

La carte fait la synthèse d'un conflit ancien, relancé en 2011 par le début des travaux du barrage éthiopien. Elle superpose la géographie physique du fleuve, ses aménagements et les accords qui le régissent.

Fond de carte. Le bassin versant du Nil, d'environ 3 millions de km² (près d'un dixième de l'Afrique), est partagé entre onze États : Burundi, Rwanda, Tanzanie, Kenya, Ouganda, République démocratique du Congo, Soudan du Sud, Éthiopie, Érythrée, Soudan et Égypte. Les pays d'amont sont en vert, le Soudan en jaune, l'Égypte en orange.

Le fleuve. Le Nil Blanc naît dans la région des Grands Lacs (lac Victoria) ; le Nil Bleu naît du lac Tana, sur les hauts plateaux éthiopiens. Ils se rejoignent à Khartoum. Une large flèche bleue partant d'Éthiopie (Nil Bleu, Sobat, Atbara) porte la mention : « environ 85 % du débit annuel mesuré à Assouan ».

Les barrages (triangles noirs). Haut barrage d'Assouan (Égypte, achevé en 1970, lac Nasser) ; barrage de Roseires (Soudan, sur le Nil Bleu) ; Grand barrage de la Renaissance, ou GERD (Éthiopie, sur le Nil Bleu, à une quinzaine de kilomètres de la frontière soudanaise ; travaux lancés en 2011, inauguré en septembre 2025 ; réservoir d'environ 74 milliards de m³, vocation hydroélectrique).

Encadré 1 — Accord égypto-soudanais du 8 novembre 1959. Débit moyen de référence : 84 milliards de m³ par an à Assouan ; 10 milliards comptés pour l'évaporation du lac de retenue ; partage du reste : 55,5 milliards pour l'Égypte, 18,5 milliards pour le Soudan. Aucun autre État riverain n'est partie à l'accord.

Encadré 2 — Égypte. Plus de 100 millions d'habitants, concentrés à plus de 95 % dans la vallée et le delta ; environ 97 % de l'eau renouvelable vient de l'amont.

Encadré 3 — Négociations. Initiative du bassin du Nil (1999), réunissant les États riverains ; accord-cadre d'Entebbe (2010), signé par des États d'amont, rejeté par l'Égypte et le Soudan, entré en vigueur en 2024 ; déclaration de principes de Khartoum (23 mars 2015) entre l'Égypte, le Soudan et l'Éthiopie.

Montrez que le Nil est une ressource partagée, source de tensions entre États d'amont et d'aval, mais aussi objet de négociations.

  1. Identifiez les États d'amont et d'aval et montrez l'asymétrie entre eux.
  2. Sur quels arguments l'Égypte fonde-t-elle sa position ?
  3. Quels arguments l'Éthiopie peut-elle opposer ?
  4. Montrez que ce bassin est aussi un espace de négociation, et les limites de celle-ci.
Voir la réponse rédigée

1. Le Nil traverse onze États. Les États d'amont sont ceux où naît le fleuve : les pays des Grands Lacs (Ouganda, Tanzanie, Kenya, Rwanda, Burundi, République démocratique du Congo) pour le Nil Blanc, et surtout l'Éthiopie pour le Nil Bleu. Les États d'aval sont le Soudan et surtout l'Égypte. L'asymétrie est double : l'Éthiopie fournit, selon la carte, « environ 85 % du débit annuel mesuré à Assouan », mais c'est l'Égypte, en aval, qui en dépend le plus, puisque 97 % de son eau renouvelable vient de l'amont (encadré 2).

2. L'Égypte avance trois arguments. Un argument de survie : plus de 100 millions d'habitants vivent à plus de 95 % dans la vallée et le delta, dans un pays désertique. Un argument de droit : l'accord de 1959 lui attribue 55,5 milliards de m³ par an sur les 84 milliards du débit moyen (encadré 1). Un argument d'antériorité : elle a aménagé le fleuve depuis longtemps, comme le montre le haut barrage d'Assouan, achevé en 1970. Elle craint que le remplissage et la gestion du GERD réduisent le débit qu'elle reçoit, surtout en année sèche.

3. L'Éthiopie répond d'abord que l'essentiel de l'eau vient de son territoire (85 % du débit). Elle rappelle ensuite que l'accord de 1959 a été conclu sans elle : l'encadré 1 précise qu'« aucun autre État riverain n'est partie à l'accord ». Elle invoque enfin son développement : le GERD, inauguré en septembre 2025, a une vocation hydroélectrique, destinée à fournir de l'électricité à une population dont une grande partie n'y a pas accès. Un barrage hydroélectrique ne consomme pas l'eau comme l'irrigation : il la stocke puis la restitue, mais il en contrôle le rythme.

4. Le bassin est aussi un espace de négociation. L'Initiative du bassin du Nil (1999) réunit les États riverains ; la déclaration de principes de Khartoum (23 mars 2015) montre que l'Égypte, le Soudan et l'Éthiopie ont accepté de discuter du barrage. Mais ces négociations ont des limites : l'accord-cadre d'Entebbe (2010), entré en vigueur en 2024, est rejeté par l'Égypte et le Soudan, et aucun accord contraignant sur le remplissage et la gestion du barrage en période de sécheresse n'a été signé à la date de l'inauguration. La tension reste donc diplomatique : c'est un exemple d'hydrodiplomatie inachevée, pas une « guerre de l'eau ».

Ce que cette analyse apprend — Analyser une carte de conflit, c'est identifier les acteurs, reconstituer les arguments de chacun, puis mesurer ce que la négociation règle et ce qu'elle laisse ouvert.

Document 3 — Les objectifs de la politique énergétique française fixés en 2015

Moyen

Texte de loi (Code de l'énergie) · Code de l'énergie, articles L100-1 et L100-4, rédaction issue de la loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte (extraits).

La loi est promulguée le 17 août 2015, sous la présidence de François Hollande, quatre mois avant la COP21 que la France accueille à Paris. Elle s'adresse à l'État, aux collectivités, aux entreprises et aux ménages ; ses objectifs ont été modifiés par la loi énergie-climat du 8 novembre 2019, puis par la loi du 22 juin 2023 sur le nucléaire.

Article L100-1. La politique énergétique : […]

2° Assure la sécurité d'approvisionnement et réduit la dépendance aux importations ; […]

5° Garantit la cohésion sociale et territoriale en assurant un droit d'accès de tous les ménages à l'énergie sans coût excessif au regard de leurs ressources ; […]

Article L100-4. I. – La politique énergétique nationale a pour objectifs :

1° De réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030 et de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. […]

2° De réduire la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à la référence 2012, en visant un objectif intermédiaire de 20 % en 2030. […]

3° De réduire la consommation énergétique primaire des énergies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à l'année de référence 2012 […] ;

4° De porter la part des énergies renouvelables à 23 % de la consommation finale brute d'énergie en 2020 et à 32 % de cette consommation en 2030 […] ;

5° De réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % à l'horizon 2025 ; […]

Montrez que ce texte définit une politique de gestion durable de l'énergie, puis discutez sa portée.

  1. Présentez le document et son contexte.
  2. Relevez les objectifs chiffrés de l'article L100-4 et classez-les selon les leviers de la transition énergétique.
  3. Montrez que la politique énergétique doit concilier plusieurs exigences.
  4. À l'aide de vos connaissances, discutez la portée de ces objectifs.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document réunit des extraits de deux articles du Code de l'énergie, dans la rédaction issue de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte. C'est un texte juridique : il fixe les objectifs que l'État, les collectivités et les entreprises doivent poursuivre. Il est adopté quelques mois avant la COP21 de Paris (décembre 2015) : la France veut montrer l'exemple en matière de climat.

2. Les objectifs relèvent de trois leviers. La sobriété et l'efficacité : réduire la consommation d'énergie finale de 20 % en 2030 et de 50 % en 2050 par rapport à 2012 (2°). La sortie progressive des fossiles : réduire leur consommation de 30 % en 2030 (3°), afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030 et de les « diviser par quatre » d'ici 2050 (1°). La diversification des sources : porter les renouvelables à 23 % de la consommation en 2020 et à 32 % en 2030 (4°), et ramener le nucléaire à 50 % de la production d'électricité en 2025 (5°).

3. La politique énergétique doit concilier trois exigences. La sécurité : l'article L100-1 veut réduire « la dépendance aux importations », car la France importe presque tout son pétrole et son gaz. La justice sociale : elle doit garantir à tous les ménages un accès à l'énergie « sans coût excessif au regard de leurs ressources », ce qui renvoie à la lutte contre la précarité énergétique. Le climat : la réduction des émissions (1°). Ces exigences peuvent se contredire : réduire le nucléaire, énergie produite en France et peu émettrice de CO₂, oblige à développer très vite les renouvelables pour ne pas émettre plus ni importer davantage.

4. La portée du texte est réelle : il inscrit dans la loi une trajectoire chiffrée et fait de la transition une obligation, pas seulement un souhait. Mais les objectifs ont été difficiles à tenir et ont changé. En 2020, les renouvelables ne représentaient qu'environ 19 % de la consommation finale brute, loin des 23 % visés. La loi énergie-climat du 8 novembre 2019 repousse à 2035 l'objectif de 50 % de nucléaire et remplace le facteur quatre par la neutralité carbone en 2050 ; la loi du 22 juin 2023 supprime cet objectif de 50 % pour relancer la construction de réacteurs. Le texte montre donc qu'une gestion durable de l'énergie dépend de choix politiques qui évoluent avec le contexte, comme la crise énergétique de 2022.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte de loi, c'est en relever les objectifs, montrer les exigences qu'il cherche à concilier, puis confronter ces objectifs à ce qui s'est réellement passé.

Document 4 — Partager un fleuve en 1922 : le pacte du Colorado

Difficile

Extrait de traité entre États fédérés (document d'époque) · Colorado River Compact, signé à Santa Fe (Nouveau-Mexique) le 24 novembre 1922, articles I, II, III, IV et VII (extraits, traduction pour l'exercice).

Le pacte est négocié par les représentants des sept États du bassin, sous la présidence d'Herbert Hoover, alors secrétaire au Commerce du gouvernement fédéral. Les États d'amont craignent que la Californie, qui croît vite, s'approprie l'eau selon la règle du « premier arrivé, premier servi » ; le pacte ouvre la voie au barrage Hoover, achevé en 1936.

Article I. Les principaux objets du présent pacte sont de pourvoir à une division et à une répartition équitables de l'usage des eaux du système du Colorado ; d'établir l'importance relative des différents usages bénéfiques de l'eau ; de promouvoir la bonne entente entre les États ; d'écarter les causes de controverses présentes et futures […].

Article II. […] (c) Les « États de la division supérieure » sont le Colorado, le Nouveau-Mexique, l'Utah et le Wyoming. (d) Les « États de la division inférieure » sont l'Arizona, la Californie et le Nevada. […] Lee Ferry marque la limite entre le bassin supérieur et le bassin inférieur.

Article III. (a) Il est attribué à perpétuité, sur le système du Colorado, au bassin supérieur et au bassin inférieur respectivement, l'usage exclusif, à des fins de consommation bénéfique, de 7 500 000 acres-pieds d'eau par an […]. (b) En sus […], le bassin inférieur a le droit d'augmenter son usage bénéfique de ces eaux d'un million d'acres-pieds par an. (c) Si […] les États-Unis d'Amérique reconnaissent aux États-Unis du Mexique un droit à l'usage d'une partie des eaux du système du Colorado, celle-ci sera d'abord prélevée sur les eaux excédentaires […]. (d) Les États de la division supérieure ne provoqueront pas, à Lee Ferry, une diminution du débit du fleuve en deçà d'un total de 75 000 000 acres-pieds pour toute période de dix années consécutives […].

Article IV. […] (b) Sous réserve des dispositions du présent pacte, les eaux du système du Colorado peuvent être retenues et utilisées pour la production d'énergie électrique, mais cette retenue et cet usage sont subordonnés à l'usage et à la consommation de ces eaux à des fins agricoles et domestiques […].

Article VII. Rien dans le présent pacte ne saurait être interprété comme affectant les obligations des États-Unis d'Amérique envers les tribus indiennes.

Note : un acre-pied vaut environ 1 233 m³ ; 7,5 millions d'acres-pieds représentent environ 9,25 milliards de m³.

Après avoir présenté le document, montrez comment il organise le partage d'une ressource sous pression, puis portez un regard critique sur ses choix.

  1. Présentez le document : nature, date, acteurs, objectifs affichés.
  2. Selon quel principe l'eau du Colorado est-elle partagée ?
  3. Quelle hiérarchie des usages le pacte établit-il ? Pourquoi ?
  4. Montrez les angles morts du pacte, puis expliquez, à l'aide de vos connaissances, pourquoi il est difficile à appliquer aujourd'hui.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait du pacte du Colorado, un accord juridique entre sept États fédérés des États-Unis, signé à Santa Fe le 24 novembre 1922 sous l'égide du gouvernement fédéral, représenté par Herbert Hoover. Les acteurs sont les États du bassin, répartis en une « division supérieure » (Colorado, Nouveau-Mexique, Utah, Wyoming) et une « division inférieure » (Arizona, Californie, Nevada). L'article I affiche trois objectifs : une répartition « équitable » de l'eau, une hiérarchie des usages et la prévention des « controverses présentes et futures ». C'est donc un texte de prévention des conflits d'usage, rédigé avant que la pénurie ne se déclare.

2. Le partage repose sur un principe amont/aval et non sur des frontières d'États : le fleuve est coupé en deux à Lee Ferry, et chaque bassin reçoit « à perpétuité » 7,5 millions d'acres-pieds par an, soit environ 9,25 milliards de m³ (article III a). Le bassin inférieur, où la Californie irrigue déjà, obtient un million d'acres-pieds de plus (III b). Pour protéger l'aval, l'amont s'engage à laisser passer 75 millions d'acres-pieds sur dix ans à Lee Ferry (III d) : c'est une obligation de livraison, qui fait peser le risque de sécheresse sur l'amont.

3. L'article IV (b) place les usages « agricoles et domestiques » avant la production d'électricité : l'hydroélectricité est autorisée, mais « subordonnée ». Ce choix s'explique par l'économie de l'Ouest américain dans les années 1920 : l'irrigation fait vivre les vallées agricoles de Californie et d'Arizona, et les villes croissent. L'électricité n'est pas exclue : le pacte prépare le barrage Hoover (1936), mais l'eau doit d'abord servir à produire de la nourriture et à alimenter les habitants.

4. Le pacte a plusieurs angles morts. Le Mexique, pays d'aval, n'est pas partie : ses droits ne pourront venir que des eaux « excédentaires » (III c) ; il faudra un traité entre les deux pays, en 1944, pour lui garantir 1,5 million d'acres-pieds. Les nations amérindiennes ne reçoivent qu'une phrase de réserve (article VII), sans quantité attribuée. Le milieu n'est jamais mentionné : aujourd'hui, le fleuve n'atteint plus que rarement le golfe de Californie. Surtout, le partage repose sur des débits surestimés : les 16,5 millions d'acres-pieds attribués (7,5 + 7,5 + 1), plus ceux du Mexique, dépassent le débit moyen réel du fleuve au XXe siècle, proche de 15 millions, et bien plus encore celui des années 2000. Avec la croissance de villes comme Las Vegas ou Phoenix et le réchauffement climatique, le niveau du lac Mead a tant baissé que le gouvernement fédéral a déclaré en août 2021, pour la première fois, une situation officielle de pénurie. Le pacte montre qu'un partage figé « à perpétuité » s'adapte mal à une ressource renouvelable mais variable.

Ce que cette analyse apprend — Critiquer un document d'époque, c'est chercher ce qu'il ne dit pas (les acteurs absents, les hypothèses implicites) et le confronter à ce qui s'est passé ensuite.

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