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Les sociétés face aux risques

Aléa, vulnérabilité, résilience, risques naturels et technologiques, prévention, inégalités face aux catastrophes (programme de géographie de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours d' en seconde sur « Les sociétés face aux risques » suit le programme officiel d' de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Risque, aléa, vulnérabilité : les notions pour analyser les sociétés face aux risques, Un monde inégalement exposé aux aléas naturels, Les risques technologiques : des dangers produits par les sociétés, Des sociétés inégalement vulnérables face aux catastrophes. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Sept catastrophes, des bilans sans rapport avec la seule force de l'aléa

Facile

Tableau statistique · Tableau construit pour l'exercice d'après la base de données EM-DAT (CRED, UCLouvain) et le catalogue des séismes de l'US Geological Survey ; chiffres arrondis, état des connaissances en 2024.

Ces sept catastrophes, survenues entre 1995 et 2011, touchent des pays riches (Japon, États-Unis), un pays émergent (Chili) et des pays pauvres (Haïti, Birmanie). Les bilans humains sont des estimations établies après coup, parfois très discutées.

LieuDateAléaMorts (estimations arrondies)
Kobe (Japon)17 janvier 1995Séisme, magnitude 6,9environ 6 400
Océan Indien (Indonésie, Sri Lanka, Inde, Thaïlande…)26 décembre 2004Séisme, magnitude 9,1, suivi d'un tsunamienviron 230 000
La Nouvelle-Orléans (États-Unis)29 août 2005Ouragan Katrinaenviron 1 800
Delta de l'Irrawaddy (Birmanie)2-3 mai 2008Cyclone Nargisenviron 138 000 morts et disparus
Port-au-Prince (Haïti)12 janvier 2010Séisme, magnitude 7,0plus de 200 000 (estimations très variables)
Région du Maule (Chili)27 février 2010Séisme, magnitude 8,8, suivi d'un tsunamienviron 500
Tōhoku (Japon)11 mars 2011Séisme, magnitude 9,0, suivi d'un tsunamienviron 18 500 morts et disparus

Rappel : la magnitude suit une échelle logarithmique ; un degré de plus correspond à environ 32 fois plus d'énergie libérée.

Analyse de document. Après avoir présenté le document, montrez que le bilan humain d'une catastrophe dépend davantage de la vulnérabilité des sociétés que de la seule intensité de l'aléa.

  1. Présentez le document et classez les catastrophes selon le type d'aléa.
  2. Comparez les séismes d'Haïti et du Chili en 2010 : que constatez-vous ?
  3. Le Japon est un pays riche et très bien préparé. Comment expliquer qu'il figure deux fois dans ce tableau ?
  4. Quelles sont les limites de ce tableau pour mesurer la gravité d'une catastrophe ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique, construit à partir de la base EM-DAT et des données de l'US Geological Survey, recense sept catastrophes survenues entre 1995 et 2011 et leur bilan humain estimé. Trois familles d'aléas y figurent : des séismes seuls (Kobe en 1995, Haïti en 2010), des séismes suivis d'un tsunami (océan Indien en 2004, Chili en 2010, Tōhoku en 2011) et des cyclones tropicaux (Katrina en 2005, Nargis en 2008). Ce sont tous des aléas naturels, géologiques ou hydrométéorologiques.

2. Le séisme du Chili, de magnitude 8,8, est bien plus puissant que celui d'Haïti, de magnitude 7,0 : avec 1,8 degré d'écart sur une échelle logarithmique, il libère environ 500 fois plus d'énergie. Pourtant, le tableau indique « environ 500 » morts au Chili contre « plus de 200 000 » en Haïti. Le bilan n'est donc pas proportionnel à l'aléa. Il s'explique par la vulnérabilité : Haïti, pays le plus pauvre du continent américain, a un bâti fragile construit sans contrôle et une capitale surpeuplée proche de l'épicentre ; le Chili applique depuis des décennies des normes parasismiques et prépare sa population.

3. Le Japon apparaît en 1995 (Kobe, environ 6 400 morts) et en 2011 (Tōhoku, environ 18 500 morts et disparus). Un pays riche n'échappe pas aux catastrophes : il est très exposé, sur la ceinture de feu du Pacifique, et l'aléa de 2011 est exceptionnel (magnitude 9,0 et tsunami). Mais la comparaison avec l'océan Indien est éclairante : pour un séisme de puissance comparable (9,1), le tsunami de 2004 fait environ 230 000 morts dans des pays sans système d'alerte. La préparation japonaise a donc limité le bilan sans l'empêcher.

4. Le tableau ne donne que les morts : il ignore les blessés, les sans-abri, les pertes économiques (le Tōhoku est l'une des catastrophes les plus coûteuses de l'histoire) et la durée de la reconstruction. Il ne précise ni la population exposée ni la distance à l'épicentre. Enfin, les chiffres sont des estimations, « très variables » pour Haïti, ce qui interdit toute précision à l'unité.

Conclusion : le document montre qu'à aléa comparable ou supérieur, les sociétés les mieux préparées subissent des bilans bien plus faibles : le risque dépend d'abord de la vulnérabilité.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en comparant les lignes deux à deux, puis mettre en relation chaque chiffre avec une explication extérieure au document.

Document 2 — Le cadre de Sendai : une stratégie mondiale de réduction des risques

Moyen

Texte officiel international (présentation traduite et résumée) · Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030, adopté le 18 mars 2015 à la troisième Conférence mondiale des Nations unies sur la réduction des risques de catastrophe (Sendai, Japon), approuvé par l'Assemblée générale des Nations unies le 3 juin 2015 (résolution 69/283). Traduction et résumé pour l'exercice.

Le texte est adopté par les États membres de l'ONU en mars 2015, quatre ans après le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, dans une ville du Tōhoku elle-même touchée par la catastrophe. Il prend la suite du cadre d'action de Hyogo (2005-2015).

Résultat attendu d'ici à 2030 : réduire nettement les pertes en vies humaines et les atteintes aux moyens de subsistance, à la santé et aux biens économiques, sociaux, culturels et environnementaux des personnes, des entreprises, des collectivités et des pays ; pour cela, prévenir l'apparition de nouveaux risques et réduire les risques existants.

Sept cibles mondiales, dont :
(a) réduire nettement la mortalité due aux catastrophes, en comparant la période 2020-2030 à la période 2005-2015 ;
(b) réduire nettement le nombre de personnes touchées ;
(c) réduire les pertes économiques directes par rapport au produit intérieur brut mondial ;
(d) réduire les dommages causés aux infrastructures essentielles, notamment les établissements de santé et d'enseignement ;
(e) augmenter d'ici à 2020 le nombre de pays dotés de stratégies nationales et locales de réduction des risques ;
(f) renforcer la coopération internationale avec les pays en développement ;
(g) améliorer l'accès des populations aux systèmes d'alerte précoce multirisques et à l'information sur les risques.

Quatre priorités d'action :
1. Comprendre les risques de catastrophe.
2. Renforcer la gouvernance des risques pour mieux les gérer.
3. Investir dans la réduction des risques pour renforcer la résilience.
4. Mieux se préparer pour intervenir efficacement et « mieux reconstruire » lors du relèvement et de la reconstruction.

Principe directeur : chaque État a la responsabilité première de prévenir et de réduire les risques, mais cette responsabilité doit être partagée avec les autorités locales, le secteur privé et les autres acteurs concernés.

Analyse de document. En présentant le document, montrez comment la communauté internationale entend réduire les risques de catastrophe et discutez la portée de ce texte.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date, lieu. Pourquoi le choix de Sendai est-il symbolique ?
  2. Montrez que le texte agit surtout sur la vulnérabilité des sociétés plutôt que sur l'aléa.
  3. Quels acteurs et quelles échelles d'action le texte mobilise-t-il ?
  4. Quelles sont les limites d'un tel texte ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un texte officiel international, le cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030, adopté le 18 mars 2015 par les États réunis à la troisième Conférence mondiale des Nations unies sur ce thème, puis approuvé par l'Assemblée générale le 3 juin 2015. Le choix de Sendai est symbolique : cette ville du nord-est du Japon a été frappée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, qui ont fait environ 18 500 morts et disparus dans la région du Tōhoku. Le texte succède au cadre de Hyogo, adopté à Kobe en 2005, autre ville japonaise marquée par un séisme en 1995.

2. Le texte ne prétend pas empêcher les séismes ou les cyclones : il vise les « pertes », les « personnes touchées », les « infrastructures essentielles ». Toutes ses cibles portent sur les conséquences, donc sur la vulnérabilité. Il veut « prévenir l'apparition de nouveaux risques », par exemple en évitant de construire dans les zones dangereuses, et « réduire les risques existants ». Les moyens proposés relèvent de la prévention (stratégies nationales, cible e), de la prévision et de l'alerte (systèmes d'« alerte précoce multirisques », cible g) et de la reconstruction (« mieux reconstruire », priorité 4).

3. Le texte articule plusieurs échelles. L'échelle mondiale est celle des cibles communes et de la coopération avec les pays en développement (cible f). L'échelle nationale est centrale : « chaque État a la responsabilité première ». Mais les stratégies doivent être aussi « locales » (cible e), et la responsabilité est « partagée » avec les autorités locales et le secteur privé. La gestion des risques est donc pensée comme une gouvernance à plusieurs acteurs, du quartier au monde.

4. Ce cadre n'est pas contraignant : il fixe des objectifs sans sanction, et chaque État les applique selon ses moyens. Or les pays les plus vulnérables, comme Haïti, sont aussi ceux qui ont le moins de ressources pour construire des normes, des abris ou des systèmes d'alerte. Les cibles sont formulées de façon relative (« réduire nettement »), sans chiffre précis pour la plupart. Enfin, le texte ne peut rien contre la hausse des aléas climatiques, qui relève d'autres négociations, comme l'accord de Paris adopté la même année.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte officiel en distinguant ce qu'il vise (les objectifs), ce qu'il propose (les moyens) et ce qu'il ne peut pas garantir (sa portée réelle).

Document 3 — La stèle d'Aneyoshi : la mémoire du risque gravée dans la pierre

Moyen

Document iconographique : photographie d'une stèle et de son inscription (description) · Stèle érigée après le tsunami du 3 mars 1933 au-dessus du hameau d'Aneyoshi (ville de Miyako, préfecture d'Iwate, Japon) ; photographiée et traduite dans la presse internationale après le 11 mars 2011, notamment par Martin Fackler, « Tsunami Warnings, Written in Stone », The New York Times, 20 avril 2011.

Les habitants d'Aneyoshi font graver cette stèle après le tsunami de 1933, qui avait ravagé le hameau comme celui de 1896. Au XXe siècle, beaucoup de villes de cette côte se sont au contraire étendues vers le rivage, protégées par des digues.

Description. La photographie montre une stèle de pierre dressée en bordure d'une route étroite qui monte à flanc de colline, au-dessus du hameau d'Aneyoshi, sur la côte pacifique du Tōhoku. La pierre porte une inscription gravée en caractères japonais. En contrebas, on devine une petite baie encaissée, ouverte sur l'océan.

L'inscription (traduction). La première phrase affirme que des habitations construites en hauteur garantissent la paix de leurs descendants. Les deux suivantes disent : « Souvenez-vous du désastre des grands tsunamis. Ne construisez pas vos maisons en dessous de ce point. »

Informations complémentaires. La côte du Sanriku, au nord-est du Japon, a été frappée par des tsunamis meurtriers en 1896 et en 1933 ; des centaines de pierres semblables, parfois très anciennes, jalonnent ce littoral. Le 11 mars 2011, dans la baie d'Aneyoshi, la vague atteint plusieurs dizaines de mètres de hauteur de remontée. Selon les habitants interrogés en 2011, elle s'arrête une centaine de mètres en contrebas de la stèle ; les maisons du hameau, toutes bâties au-dessus, sont épargnées.

Analyse de document. Après avoir présenté le document, montrez ce qu'il révèle du rôle de la mémoire et de la prévention dans la réduction des risques.

  1. Présentez le document : nature, date, auteurs, lieu.
  2. Quel est le message de l'inscription ? À quel type de mesure de prévention correspond-il ?
  3. Pourquoi cette consigne a-t-elle été efficace en 2011, alors que des digues ont été franchies par le tsunami, comme à Taro ?
  4. Quelles sont les limites de la mémoire du risque, telles que le contexte permet de les deviner ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document est la photographie d'une stèle commémorative, érigée après le tsunami du 3 mars 1933 par les habitants du hameau d'Aneyoshi, sur la côte pacifique du Tōhoku (préfecture d'Iwate, nord-est du Japon). Son auteur est donc collectif : une communauté villageoise qui avait subi deux tsunamis meurtriers, en 1896 et en 1933. Elle a été connue du grand public après la catastrophe du 11 mars 2011, lorsque la presse internationale l'a photographiée et traduite.

2. L'inscription est un avertissement adressé aux générations futures : « Souvenez-vous du désastre des grands tsunamis. Ne construisez pas vos maisons en dessous de ce point. » Elle associe deux choses : la mémoire (« souvenez-vous ») et une règle d'aménagement (une limite au-dessous de laquelle il est interdit de bâtir). C'est une mesure de prévention qui agit sur l'exposition des enjeux : au lieu de se protéger de l'aléa, on s'installe hors de sa portée. Elle rappelle, avec des moyens très simples, le principe d'un zonage du risque.

3. La consigne a été efficace parce qu'elle ne cherche pas à arrêter la vague mais à s'en éloigner. En 2011, la vague atteint plusieurs dizaines de mètres de hauteur de remontée dans la baie, mais elle s'arrête « une centaine de mètres en contrebas de la stèle » et les maisons « bâties au-dessus » sont épargnées. À l'inverse, la digue de 10 mètres de Taro, sur la même côte, est franchie : une protection est dimensionnée pour un aléa donné et devient inutile quand l'aléa le dépasse. Elle peut même créer un faux sentiment de sécurité et attirer les constructions derrière elle.

4. Le contexte indique qu'au XXe siècle beaucoup de villes de cette côte se sont « étendues vers le rivage ». La mémoire s'efface quand les générations passent : le texte de 1933 rappelait déjà un désastre de 1896, signe qu'on l'avait oublié ou négligé. Les besoins économiques (pêche, port, terrains plats près de la mer) poussent aussi à s'installer en bas. La mémoire ne suffit donc pas : elle doit être entretenue par l'éducation, les exercices et des règles d'urbanisme. Enfin, cette solution convient à un petit hameau, pas à une grande ville portuaire.

Ce que cette analyse apprend — Décrire précisément un document iconographique avant de l'interpréter, puis le confronter à un contre-exemple connu pour en mesurer la portée.

Document 4 — Rousseau répond à Voltaire : le désastre de Lisbonne est-il l'œuvre de la nature ?

Difficile

Lettre (document d'époque) · Jean-Jacques Rousseau, lettre à Voltaire du 18 août 1756, dite « Lettre sur la Providence ».

Le 1er novembre 1755, un séisme suivi d'un tsunami et d'incendies détruit une grande partie de Lisbonne et fait plusieurs dizaines de milliers de morts. En 1756, Voltaire publie un Poème sur le désastre de Lisbonne qui s'en prend aux « philosophes trompés » affirmant que « tout est bien » ; Rousseau, qui lui a reçu le poème, lui répond par cette lettre.

« Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez, par exemple, que la nature n'avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également, et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul. Tout eût fui au premier ébranlement, et on les eût vus le lendemain à vingt lieues de là, tout aussi gais que s'il n'était rien arrivé. Mais il faut rester, s'opiniâtrer autour des masures, s'exposer à de nouvelles secousses, parce que ce qu'on laisse vaut mieux que ce qu'on peut emporter. Combien de malheureux ont péri dans ce désastre pour vouloir prendre l'un ses habits, l'autre ses papiers, l'autre son argent ? »

Analyse de document. En présentant le document et en le replaçant dans son contexte, montrez en quoi ce texte du XVIIIe siècle annonce l'analyse géographique actuelle des risques, et quelles en sont les limites.

  1. Présentez le document et le débat dans lequel il s'inscrit.
  2. Selon Rousseau, qu'est-ce qui explique l'ampleur du désastre ? Traduisez son raisonnement avec les notions d'aléa, d'enjeux et de vulnérabilité.
  3. Quels comportements humains aggravent le bilan, selon lui ?
  4. En quoi ce texte annonce-t-il la géographie actuelle des risques ? Quelles en sont les limites ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait de la lettre que Jean-Jacques Rousseau adresse à Voltaire le 18 août 1756. Il répond au Poème sur le désastre de Lisbonne, dans lequel Voltaire, bouleversé par le séisme du 1er novembre 1755, attaque l'optimisme des philosophes qui soutiennent que « tout est bien » et s'interroge sur la place de la Providence face à tant de souffrances. Le débat est donc d'abord philosophique : faut-il accuser la nature, ou Dieu, de la catastrophe ? Rousseau déplace la question vers la responsabilité des hommes.

2. Pour Rousseau, la nature n'est pas seule en cause : « la nature n'avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages ». Le séisme est l'aléa ; les maisons hautes et serrées, et leurs habitants, sont les enjeux ; leur concentration et leur hauteur font leur vulnérabilité. Si les habitants avaient été « dispersés plus également, et plus légèrement logés », le « dégât eût été beaucoup moindre ». Autrement dit, le même aléa aurait produit un risque plus faible dans une ville moins dense et moins haute. C'est exactement le raisonnement « risque = aléa × vulnérabilité ».

3. Rousseau accuse aussi les comportements pendant et après le choc. Les habitants refusent de fuir : ils préfèrent « s'opiniâtrer autour des masures » et s'exposer « à de nouvelles secousses », c'est-à-dire aux répliques. Beaucoup meurent pour sauver « ses habits », « ses papiers », « son argent ». L'attachement aux biens matériels, propre à une société urbaine et marchande, aggrave donc le bilan. Rousseau décrit ici ce qu'on appellerait aujourd'hui une mauvaise culture du risque : l'absence de réflexe d'évacuation.

4. Le texte annonce la géographie actuelle des risques, qui refuse de parler de catastrophe « purement naturelle » : on retrouve son idée chez Gilbert F. White en 1945 ou chez Neil Smith en 2006. Il met en avant la densité urbaine, la hauteur du bâti et les comportements, que les géographes rangent aujourd'hui dans la vulnérabilité. Mais il a des limites. Rousseau ignore le tsunami et les incendies, qui ont tué au-delà des effondrements. Il suppose que les habitants pouvaient se disperser librement, sans voir que la ville concentre les emplois et les échanges. Enfin, il fait porter la faute sur les victimes elles-mêmes, alors que l'analyse actuelle insiste sur les choix collectifs : normes de construction, aménagement, alerte. Le marquis de Pombal en tirera d'ailleurs des leçons pratiques en reconstruisant la ville basse avec des structures pensées contre les secousses.

Ce que cette analyse apprend — Relire un document d'époque avec les notions d'aujourd'hui, sans anachronisme : montrer ce qu'il annonce, puis ce que son auteur ne pouvait pas ou ne voulait pas voir.

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