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Le modèle britannique et son influence

Révolutions anglaises, Habeas corpus, Bill of Rights, monarchie parlementaire, Locke, Voltaire, Montesquieu (programme d'histoire de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours d' en seconde sur « Le modèle britannique et son influence » suit le programme officiel d' de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une monarchie limitée par la tradition (1215-1603), Les Stuarts contre le Parlement (1603-1642), La première révolution anglaise (1642-1660), La Restauration et l'Habeas Corpus (1660-1685). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Le Bill of Rights : le Parlement fixe les règles du règne

Facile

Texte juridique (loi du Parlement d'Angleterre) · An Act declaring the Rights and Liberties of the Subject and Settling the Succession of the Crown (Bill of Rights), loi du Parlement d'Angleterre sanctionnée le 16 décembre 1689 ; extraits du préambule et des articles 1, 4, 5, 6, 8, 9 et 13, traduction.

Réuni après la fuite de Jacques II en France (décembre 1688), le Parlement-Convention rédige une Déclaration des droits que Guillaume III et Marie II acceptent le 13 février 1689, le jour où ils reçoivent la couronne. Elle devient loi en décembre 1689 et s'adresse au roi, aux sujets et aux souverains à venir.

« Considérant que le feu roi Jacques II, assisté de divers mauvais conseillers, juges et ministres employés par lui, a entrepris de renverser et d'extirper la religion protestante, ainsi que les lois et libertés de ce royaume [...], les Lords spirituels et temporels et les Communes [...], pour défendre et affirmer leurs anciens droits et libertés, déclarent :

1. Que le prétendu pouvoir de l'autorité royale de suspendre les lois ou l'exécution des lois, sans le consentement du Parlement, est illégal. [...]

4. Que toute levée d'argent pour la Couronne ou à son usage, sous prétexte de prérogative, sans le consentement du Parlement, pour un temps plus long ou d'une autre manière qu'il n'est ou ne sera accordé, est illégale.

5. Que c'est un droit des sujets de présenter des pétitions au roi, et que tout emprisonnement ou poursuite pour de telles pétitions est illégal.

6. Que lever ou entretenir une armée dans le royaume en temps de paix, sans le consentement du Parlement, est contraire à la loi. [...]

8. Que les élections des membres du Parlement doivent être libres.

9. Que la liberté de parole, des débats et des procédures au sein du Parlement ne peut être entravée ni mise en cause devant aucune cour ni en aucun lieu hors du Parlement. [...]

13. Et que, pour remédier à tous les griefs, et pour amender, renforcer et préserver les lois, les Parlements doivent être tenus fréquemment. »

Après avoir présenté le document, montrez comment il limite le pouvoir royal au profit du Parlement.

  1. Présentez le document : nature, auteurs, date, contexte.
  2. Quels abus le texte reproche-t-il à Jacques II ? Reliez-les à des faits précis.
  3. Montrez que le texte réserve au Parlement des pouvoirs essentiels et protège son fonctionnement.
  4. En quoi ce texte fonde-t-il une monarchie parlementaire ? Quelles en sont les limites ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait du Bill of Rights, loi votée par le Parlement d'Angleterre et sanctionnée le 16 décembre 1689 par Guillaume III et Marie II. C'est un texte juridique qui reprend la Déclaration des droits présentée aux nouveaux souverains le 13 février 1689, au moment où le Parlement leur offrait la couronne. Il est écrit au lendemain de la Glorieuse Révolution : Jacques II, roi catholique, s'est enfui en France en décembre 1688 après le débarquement de Guillaume d'Orange. Les auteurs sont « les Lords spirituels et temporels et les Communes », c'est-à-dire tout le Parlement : évêques, nobles et députés élus.

2. Le préambule accuse Jacques II d'avoir voulu « renverser et extirper la religion protestante » ainsi que « les lois et libertés de ce royaume », avec de « mauvais conseillers ». Chaque article répond à un abus précis : le pouvoir de « suspendre les lois » (article 1) vise les déclarations d'indulgence de 1687 et 1688, par lesquelles le roi avait suspendu les lois contre les catholiques et les dissidents ; l'interdiction d'une armée en temps de paix sans accord du Parlement (article 6) vise l'armée permanente qu'il avait grossie après la révolte de Monmouth (1685) ; la protection du droit de pétition (article 5) rappelle le procès des sept évêques poursuivis en 1688 pour une pétition au roi.

3. Le texte réserve au Parlement les pouvoirs qui font un État. La loi : le roi ne peut plus la suspendre « sans le consentement du Parlement » (article 1). L'impôt : « toute levée d'argent » sans ce consentement est « illégale » (article 4), ce qui reprend l'exigence déjà posée en 1628. L'armée : elle dépend aussi de l'accord des élus (article 6). Le texte protège enfin le Parlement lui-même : élections « libres » (article 8), liberté de parole des députés, qui ne peuvent être poursuivis pour leurs discours (article 9), réunions « fréquentes » (article 13). Le roi garde le pouvoir exécutif, mais il ne peut plus gouverner sans le Parlement.

4. Le document fonde une monarchie parlementaire parce que le roi règne désormais à des conditions fixées par le Parlement, qui vient de le choisir : le Parlement devient l'arbitre de la légitimité politique. Le texte se présente pourtant comme la défense d'« anciens droits et libertés » : les Anglais pensent restaurer, non inventer. Ses limites sont nettes. Il protège les droits du Parlement et des sujets protestants, non ceux de tous les hommes : la loi exclut d'ailleurs les catholiques du trône. Il ne dit rien de qui vote, et seule une petite minorité de propriétaires élit les Communes. Enfin, il ne crée pas encore un gouvernement responsable devant le Parlement : cela viendra au XVIIIe siècle, avec Walpole.

Ce que cette analyse apprend — Relier chaque article d'un texte juridique à l'abus précis qu'il veut empêcher, puis dire ce que le texte ne garantit pas.

Document 2 — Le Parlement sous les Stuarts : se réunir ou non

Moyen

Tableau chronologique construit pour l'exercice · Tableau établi pour l'exercice d'après les dates de convocation, d'ajournement et de dissolution des Parlements d'Angleterre entre 1604 et 1716.

Sous les Stuarts, le roi convoque, ajourne et dissout le Parlement quand il le veut ; il en a pourtant besoin pour obtenir de l'argent. Ce tableau permet de mesurer la place réelle de l'assemblée dans le gouvernement du royaume.

RègneRéunions du ParlementPlus longue période sans Parlement
Jacques Ier (1603-1625)Quatre Parlements : 1604-1611, 1614, 1621-1622, 1624-1625Près de 7 ans (1614-1621)
Charles Ier (1625-1649)1625, 1626, 1628-1629 ; puis « Court Parlement » (avril-mai 1640) et « Long Parlement » à partir de novembre 164011 ans (mars 1629-avril 1640)
Charles II (1660-1685)Parlement « cavalier » de 1661 à 1679, sans élections pendant 18 ans ; trois Parlements courts de 1679 à 16814 ans (mars 1681-1685)
Jacques II (1685-1688)Un seul Parlement, réuni en mai 1685, ajourné en novembre 1685, dissous en 16873 ans (novembre 1685-fin 1688)
Guillaume III et Marie II (1689-1702)Sessions chaque année à partir de 1689 ; Triennial Act (1694) : élections au moins tous les 3 ansMoins d'un an
George Ier (1714-1727)Sessions annuelles ; Septennial Act (1716) : durée maximale d'une législature portée à 7 ansMoins d'un an

La période républicaine (1649-1660) n'est pas représentée.

À partir de ce tableau et de vos connaissances, montrez comment la place du Parlement dans le gouvernement de l'Angleterre change au cours du XVIIe siècle.

  1. Quel règne connaît la plus longue période sans Parlement ? Comment appelle-t-on cette période ?
  2. Montrez que, jusqu'en 1688, les réunions du Parlement dépendent de la volonté du roi. Pourquoi le roi ne peut-il pourtant pas s'en passer durablement ?
  3. Qu'est-ce qui change après 1689 ? Expliquez-le à l'aide de vos connaissances.
  4. Qu'est-ce que ce tableau ne permet pas de savoir sur le Parlement et sur la nature du régime ?
Voir la réponse rédigée

1. La plus longue interruption se situe sous Charles Ier : aucun Parlement ne siège de mars 1629 à avril 1640, soit onze ans. C'est le « gouvernement personnel » : après la Pétition du droit de 1628, qu'il juge humiliante, le roi dissout le Parlement et gouverne seul avec son Conseil, en levant des taxes contestées comme le ship money.

2. Jusqu'en 1688, le Parlement se réunit au gré du roi. Jacques Ier s'en passe près de sept ans (1614-1621) ; Charles II ne le réunit plus pendant ses quatre dernières années (1681-1685) ; Jacques II l'ajourne dès novembre 1685, quelques mois après l'avoir convoqué. À l'inverse, Charles II garde dix-huit ans sans élections le Parlement « cavalier », parce qu'il lui est favorable : le roi choisit le moment et la durée. Mais il ne peut s'en passer durablement, car seul le Parlement vote les impôts extraordinaires. C'est le manque d'argent pour combattre la révolte écossaise de 1637 qui oblige Charles Ier à le convoquer en 1640 : le « Long Parlement » se retourne alors contre lui.

3. Après 1689, le Parlement siège chaque année, et la colonne des interruptions tombe à « moins d'un an ». Le Bill of Rights exige que les Parlements soient tenus « fréquemment » ; surtout, les élus ne votent l'impôt et le maintien de l'armée (Mutiny Act de 1689) que pour de courtes durées, si bien que le roi doit les réunir tous les ans. Le Triennial Act de 1694 impose en outre des élections au moins tous les trois ans. La réunion du Parlement cesse d'être une faveur du roi : elle devient une règle du régime.

4. Le tableau mesure la fréquence des réunions, pas le pouvoir réel ni la représentativité de l'assemblée. Il ne dit pas qui élit les Communes : une petite minorité d'hommes propriétaires, avec des circonscriptions presque vides, les « bourgs pourris ». Il ne montre pas non plus que le Septennial Act de 1716, en espaçant les élections, renforce les majorités en place, comme celle de Walpole. Enfin, il laisse de côté la période républicaine (1649-1660), où le Parlement a gouverné sans roi avant d'être chassé par Cromwell en 1653.

Ce que cette analyse apprend — Tirer d'un tableau une évolution (continuité jusqu'en 1688, rupture en 1689) et dire ce que les chiffres ne montrent pas.

Document 3 — Le Léviathan de Hobbes : l'image d'un souverain absolu

Moyen

Gravure (frontispice d'un ouvrage de philosophie politique) · Frontispice gravé de Thomas Hobbes, Leviathan, or the Matter, Forme and Power of a Common Wealth Ecclesiasticall and Civil, Londres, Andrew Crooke, 1651 ; gravure généralement attribuée à Abraham Bosse.

Thomas Hobbes, philosophe royaliste réfugié à Paris depuis 1640, publie le Léviathan à Londres en 1651, deux ans après l'exécution de Charles Ier. Il s'adresse au public lettré anglais, au sortir d'une guerre civile qu'il veut rendre impossible à l'avenir.

Description. La moitié supérieure de l'image est occupée par un géant couronné qui surgit derrière des collines. Son torse et ses bras sont formés de centaines de minuscules personnages, vus de dos, tournés vers sa tête. De la main droite, il brandit une épée ; de la main gauche, une crosse d'évêque. À ses pieds s'étendent une campagne, des villages et une ville fortifiée dominée par une église. Au-dessus de sa tête, une inscription latine tirée du livre de Job : « Non est potestas super terram quae comparetur ei » (« Il n'est sur terre aucune puissance qui lui soit comparable »).

La moitié inférieure est divisée en trois colonnes. Au centre, un rideau porte le titre de l'ouvrage, le nom de l'auteur, « Thomas Hobbes de Malmesbury », et la date, 1651. À gauche, cinq vignettes représentent le pouvoir civil : une forteresse, une couronne, un canon, des armes et des drapeaux, une bataille. À droite, cinq vignettes leur répondent pour le pouvoir religieux : une église, une mitre d'évêque, des foudres (l'excommunication), des instruments de la dispute savante, un tribunal ecclésiastique.

Analysez cette image en montrant quelle conception du pouvoir elle défend, et pourquoi l'Angleterre de 1689 prend le chemin inverse.

  1. Présentez le document et son contexte.
  2. Décrivez la figure du géant : de quoi est-il fait, que tient-il ?
  3. Quelle conception du pouvoir cette image exprime-t-elle ?
  4. Pourquoi cette théorie, née de la guerre civile anglaise, ne l'emporte-t-elle pas en Angleterre ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est le frontispice, c'est-à-dire la gravure placée en tête du livre, du Léviathan de Thomas Hobbes (1588-1679), publié à Londres en 1651 chez l'éditeur Andrew Crooke ; la gravure est généralement attribuée au Français Abraham Bosse. Hobbes, partisan du roi, vit en exil à Paris depuis 1640. Il écrit après la guerre civile (1642-1648) et l'exécution de Charles Ier (30 janvier 1649), quand l'Angleterre est devenue une république. Le livre s'adresse aux lecteurs instruits et veut expliquer comment éviter le retour du chaos.

2. Le géant couronné domine tout le paysage : il est plus grand que les villes et les campagnes, ce qui dit sa souveraineté sur tout le territoire. Son corps n'est pas fait de chair mais de centaines de petits sujets, tournés vers sa tête : l'État est composé des individus eux-mêmes, qui lui ont remis leur pouvoir et regardent vers lui. Il tient l'épée, symbole du pouvoir civil et militaire, et la crosse, symbole du pouvoir religieux. Les vignettes du bas répètent cette symétrie : forteresse, couronne et canon d'un côté, église, mitre et tribunal ecclésiastique de l'autre.

3. L'image exprime une conception absolue du pouvoir. Pour Hobbes, sans autorité commune, les hommes vivent dans un état de guerre « de chacun contre chacun » ; pour y échapper, ils conviennent de remettre tout leur pouvoir à un souverain unique. Celui-ci concentre donc tout : le glaive et la crosse, l'État et l'Église, sans partage ni contre-pouvoir, comme le proclame l'inscription : aucune puissance sur terre ne lui est comparable. Nuance importante : cet absolutisme ne repose pas sur le droit divin, mais sur un contrat entre les hommes et sur la peur de la guerre civile.

4. L'Angleterre ne suit pas cette voie. La république autoritaire de Cromwell (1653-1658) échoue ; la monarchie restaurée en 1660 doit compter avec le Parlement, et quand Jacques II semble gouverner sans lui, la Glorieuse Révolution le renverse (1688-1689). Le Bill of Rights sépare ce que le Léviathan réunissait : le roi garde l'épée, mais l'impôt, la loi et l'armée dépendent du Parlement. En 1689, John Locke reprend l'idée de contrat pour en tirer la conclusion inverse : le pouvoir est confié pour protéger la vie, la liberté et les biens, et le peuple peut le reprendre s'il en abuse. Le Léviathan devient ainsi l'anti-modèle du modèle anglais, alors qu'il est né de la même crise.

Ce que cette analyse apprend — Décrire une image plan par plan avant de l'interpréter, puis relier chaque symbole à une idée politique et à son contexte.

Document 4 — Voltaire et le Parlement anglais

Difficile

Texte d'époque (lettre philosophique) · Voltaire, Lettres philosophiques, lettre VIII « Sur le Parlement », 1734 (version anglaise parue à Londres en 1733 sous le titre Letters concerning the English Nation) ; extraits.

Exilé en Angleterre de 1726 à 1728, après une querelle avec le chevalier de Rohan et un séjour à la Bastille, Voltaire publie en 1734 ces lettres destinées au public français. Le parlement de Paris les condamne et les fait brûler en juin 1734.

« La nation anglaise est la seule de la terre qui soit parvenue à régler le pouvoir des rois en leur résistant, et qui d'effort en effort ait enfin établi ce gouvernement sage où le prince, tout-puissant pour faire du bien, a les mains liées pour faire le mal ; où les seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux, et où le peuple partage le gouvernement sans confusion.

La Chambre des pairs et celle des communes sont les arbitres de la nation, le roi est le surarbitre. [...]

Il en a coûté sans doute pour établir la liberté en Angleterre ; c'est dans des mers de sang qu'on a noyé l'idole du pouvoir despotique ; mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher de bonnes lois. Les autres nations n'ont pas eu moins de troubles, n'ont pas versé moins de sang qu'eux ; mais ce sang qu'elles ont répandu pour la cause de leur liberté n'a fait que cimenter leur servitude. [...]

Ce qu'on reproche le plus en France aux Anglais, c'est le supplice de Charles Ier, qui fut traité par ses vainqueurs comme il les eût traités s'il eût été heureux. »

Montrez que ce texte présente la monarchie anglaise comme un modèle, puis exercez un regard critique sur ce tableau.

  1. Présentez le document : auteur, date, contexte, destinataires.
  2. Quelles caractéristiques du gouvernement anglais Voltaire met-il en valeur ?
  3. Comment présente-t-il les révolutions anglaises et l'exécution de Charles Ier ?
  4. Montrez que ce texte est aussi une critique de la monarchie française.
  5. Quelles limites un historien peut-il apporter à ce tableau ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce texte est extrait de la lettre VIII, « Sur le Parlement », des Lettres philosophiques de Voltaire (1694-1778), publiées en français en 1734 après une version anglaise parue à Londres en 1733. Voltaire a vécu en Angleterre de 1726 à 1728, après avoir été embastillé à la suite d'une querelle avec un grand noble, le chevalier de Rohan. Il écrit pour le public cultivé français, qui vit sous la monarchie absolue de Louis XV. Le livre est jugé si dangereux que le parlement de Paris le fait brûler en juin 1734.

2. Voltaire loue d'abord un pouvoir royal limité : le prince est « tout-puissant pour faire du bien » mais a « les mains liées pour faire le mal », allusion aux règles posées par le Bill of Rights de 1689 (pas d'impôt, pas d'armée, pas de suspension des lois sans le Parlement). Il admire ensuite l'équilibre entre les forces du royaume : les deux chambres sont « les arbitres de la nation », le roi « le surarbitre » ; les seigneurs sont « grands sans insolence et sans vassaux » ; le peuple, par la Chambre des communes, « partage le gouvernement sans confusion ». C'est l'image d'une monarchie mixte, où le roi, les lords et les communes se limitent.

3. Voltaire ne cache pas la violence : la liberté a coûté « des mers de sang », allusion à la guerre civile de 1642-1648. Mais il la juge féconde, puisqu'on y a « noyé l'idole du pouvoir despotique » et obtenu « de bonnes lois ». Il évoque même le régicide de 1649 avec une ironie audacieuse : Charles Ier fut traité par ses vainqueurs « comme il les eût traités » s'il avait gagné. Il présente donc les révolutions anglaises comme le prix, cher mais justifié, de la liberté.

4. La critique de la France est implicite mais constante. Dire que la nation anglaise est « la seule de la terre » à avoir réglé le pouvoir des rois, c'est dire que la France n'y est pas parvenue. La phrase sur les « autres nations », dont le sang versé n'a fait que « cimenter leur servitude », vise les révoltes françaises, comme la Fronde (1648-1653), qui ont renforcé la monarchie absolue au lieu de la limiter. Enfin, relativiser l'horreur de l'exécution de Charles Ier, c'est désacraliser la personne royale, fondement de l'absolutisme de droit divin. C'est pourquoi le livre est brûlé.

5. Le tableau est idéalisé. Le « peuple » qui partage le gouvernement se réduit à une minorité de propriétaires qui élit les Communes, avec des « bourgs pourris » presque vides et des voix achetées. À l'époque où Voltaire séjourne à Londres, Walpole tient sa majorité par les places et les pensions. Les catholiques sont exclus des fonctions publiques depuis le Test Act (1673), et l'Irlande est dominée. Voltaire écrit moins une description qu'un plaidoyer : son Angleterre est un miroir tendu à la France. C'est ce que dira Rousseau en 1762, pour qui le peuple anglais n'est libre que le jour des élections.

Ce que cette analyse apprend — Distinguer ce qu'un auteur décrit de ce qu'il veut démontrer, et confronter son regard aux faits connus par ailleurs.

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