Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ?
Normes, déviance et délinquance, contrôle social, étiquetage, carrière déviante, mesure de la délinquance (spécialité SES de 1re)
À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ? » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Normes sociales et normes juridiques : ce que la déviance transgresse, Le contrôle social : formel, informel, et ses évolutions, Une déviance relative : selon les époques, les sociétés et les groupes, Des premières explications de la déviance au tournant interactionniste. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Quatre types de comportement déviant selon Howard Becker
Facile
Tableau à double entrée (typologie sociologique) · D'après Howard S. Becker, Outsiders. Études de sociologie de la déviance, 1963 (traduction française, Paris, Métailié, 1985), chapitre 2.
Howard S. Becker (1928-2023), sociologue américain formé à l'université de Chicago, publie Outsiders en 1963 à partir d'enquêtes sur des musiciens de danse et des fumeurs de marijuana. Ce tableau, destiné aux sociologues et criminologues, résume sa définition interactionniste de la déviance.
Comportement obéissant à la norme
Comportement transgressant la norme
Perçu comme déviant
Faussement accusé
Pleinement déviant
Non perçu comme déviant
Conforme
Déviant secret
Lecture : un individu qui transgresse une norme sans que personne ne le remarque ni ne réagisse relève de la case « déviant secret ».
Après avoir présenté le document, vous montrerez qu'il permet de distinguer la transgression d'une norme et la désignation comme déviant.
Présentez le document et les deux critères qu'il croise.
Donnez un exemple précis pour chacune des quatre cases.
Pourquoi le « déviant secret » n'a-t-il pas, selon Becker, le statut de déviant ?
En quoi la case « faussement accusé » montre-t-elle que la déviance est le produit d'une réaction sociale ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une typologie construite par le sociologue américain Howard S. Becker dans Outsiders (1963). Il se présente comme un tableau à double entrée qui croise deux critères indépendants : le comportement obéit-il ou non à la norme (les colonnes) ? est-il perçu ou non comme déviant par les autres (les lignes) ? Le croisement produit quatre situations : conforme, pleinement déviant, déviant secret et faussement accusé.
2. Est conforme l'élève qui rédige seul son devoir et que personne ne soupçonne. Est pleinement déviant l'automobiliste flashé à 80 km/h en agglomération : il a transgressé la règle et reçoit une amende. Est déviant secret le voyageur qui fraude chaque jour dans le tramway sans jamais être contrôlé. Est faussement accusé l'élève soupçonné à tort d'avoir copié parce que sa note a beaucoup progressé.
3. Le déviant secret a bien transgressé la norme, mais faute de réaction sociale, il ne subit ni sanction ni désignation publique : son identité sociale reste celle d'un individu ordinaire. Pour Becker, « le déviant est celui auquel cette étiquette a été appliquée avec succès » : ce n'est pas l'acte seul qui fait le déviant, mais l'attribution réussie du statut. Le déviant secret prouve qu'une transgression peut ne produire aucune déviance au sens sociologique.
4. Le faussement accusé n'a enfreint aucune norme, et pourtant il est traité comme un déviant : il peut être sanctionné, mis à l'écart et même se voir durablement associé à cette réputation. La désignation peut donc exister sans l'acte. C'est la preuve que la déviance ne réside pas dans le comportement lui-même, mais dans la relation entre ce comportement (réel ou supposé) et ceux qui y réagissent. Le document invite ainsi à étudier les acteurs qui désignent, et non seulement ceux qui transgressent.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau à double entrée en nommant ses deux critères avant d'interpréter chacune de ses cases.
Document 2 — Durkheim : le crime, un phénomène normal
Moyen
Texte de sociologue (document d'époque, 1895) · Émile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique, Paris, Félix Alcan, 1895, chapitre III.
Émile Durkheim (1858-1917), fondateur de la sociologie française, enseigne alors à l'université de Bordeaux ; il veut établir des règles pour étudier les faits sociaux comme des choses. Ce chapitre, qui distingue le normal et le pathologique, s'adresse aux savants de son temps et choque par sa thèse sur le crime.
« Le crime ne s'observe pas seulement dans la plupart des sociétés de telle ou telle espèce, mais dans toutes les sociétés de tous les types. Il n'en est pas où il n'existe une criminalité. […]
Classer le crime parmi les phénomènes de sociologie normale, ce n'est pas seulement dire qu'il est un phénomène inévitable quoique regrettable, dû à l'incorrigible méchanceté des hommes ; c'est affirmer qu'il est un facteur de la santé publique, une partie intégrante de toute société saine. […]
Imaginez une société de saints, un cloître exemplaire et parfait. Les crimes proprement dits y seront inconnus ; mais les fautes qui paraissent vénielles au vulgaire y soulèveront le même scandale que fait le délit ordinaire auprès des consciences ordinaires. […]
D'après le droit athénien, Socrate était un criminel et sa condamnation n'avait rien que de juste. Cependant son crime, à savoir l'indépendance de sa pensée, était utile, non seulement à l'humanité, mais à sa patrie. »
Après avoir présenté le document, vous expliquerez en quoi le crime peut être considéré comme un phénomène social normal.
Présentez le document et sa thèse principale.
En quel sens Durkheim qualifie-t-il le crime de « normal » ?
Que montre l'exemple de la « société de saints » sur la définition de la déviance ?
Pourquoi l'exemple de Socrate montre-t-il que le crime peut être « utile » ?
Quelle limite de cette analyse la sociologie de l'étiquetage mettra-t-elle en évidence ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce texte est extrait des Règles de la méthode sociologique, publiées en 1895 par Émile Durkheim, fondateur de la sociologie française. Dans un chapitre consacré à la distinction du normal et du pathologique, il soutient une thèse provocante : le crime n'est pas une maladie de la société, mais un phénomène normal, et même « une partie intégrante de toute société saine ».
2. « Normal » a ici un sens d'abord statistique : est normal ce qui est général dans une espèce de sociétés. Or le crime s'observe « dans toutes les sociétés de tous les types ». Durkheim précise que ce n'est pas un simple mal inévitable « dû à l'incorrigible méchanceté des hommes » : le crime a une fonction. En suscitant la réprobation, il permet au groupe de réaffirmer ses normes et de resserrer la conscience commune. Normal ne veut pas dire souhaitable : Durkheim ne demande pas qu'on renonce à punir.
3. Dans une « société de saints », les crimes ordinaires disparaîtraient, mais des fautes jugées « vénielles » ailleurs y provoqueraient « le même scandale ». La déviance ne disparaît donc jamais : elle se déplace, car elle se définit par rapport au niveau d'exigence des normes du groupe. Ce n'est pas la gravité intrinsèque de l'acte qui en fait un crime, mais la réaction collective qu'il provoque. Durkheim affirme ainsi la relativité de la déviance.
4. Socrate, condamné à mort à Athènes en 399 avant J.-C., était un criminel selon le droit athénien. Pourtant, son « crime », l'indépendance de sa pensée, a préparé une morale nouvelle, utile à l'humanité et à Athènes elle-même. Le crime peut donc anticiper la morale à venir : pour que les normes puissent évoluer, il faut que certains s'en écartent. Une société où personne ne dévierait serait figée.
5. Durkheim part de la conscience collective, comme si elle était partagée par tous et réagissait d'un seul bloc. La sociologie interactionniste, avec Becker en 1963, montre que les normes sont produites par des groupes particuliers, les entrepreneurs de morale, et appliquées de façon sélective selon le pouvoir des uns et des autres. Elle s'intéresse aussi aux effets de la désignation sur le déviant (stigmate, carrière), que Durkheim n'étudie pas.
Ce que cette analyse apprend — Expliquer un concept d'auteur (« normal ») à partir de ses propres exemples, puis situer le texte dans l'histoire de la discipline.
Document 3 — Qui porte plainte ? Taux de plainte selon le type d'atteinte
Moyen
Tableau statistique (ordres de grandeur) · D'après SSMSI, rapport d'enquête « Cadre de vie et sécurité » 2019 et éditions antérieures de l'enquête (INSEE, ONDRP, SSMSI, 2007-2019) ; valeurs arrondies en ordres de grandeur pour l'exercice.
L'enquête annuelle Cadre de vie et sécurité, menée à partir de 2007 par l'INSEE avec l'ONDRP puis le SSMSI, interroge des ménages sur les atteintes subies, déclarées ou non à la police. Elle permet de comparer ce que vivent les victimes avec ce qu'enregistrent les services.
Type d'atteinte subie
Part des victimes ayant porté plainte (ordre de grandeur)
Vol de voiture
environ 9 sur 10
Cambriolage de la résidence principale avec vol
environ 7 sur 10
Vol personnel avec violences ou menaces
environ 4 sur 10
Violences physiques hors ménage
environ 3 sur 10
Violences physiques ou sexuelles au sein du ménage
moins de 2 sur 10
Violences sexuelles hors ménage
environ 1 sur 10
Injures
moins de 1 sur 10
Champ : personnes de 14 ans ou plus (18 ans ou plus pour certaines questions) vivant en ménage ordinaire en France métropolitaine, interrogées sur les atteintes subies au cours des années précédant l'enquête. Les valeurs sont volontairement arrondies : elles indiquent un ordre de grandeur, non une mesure précise d'une année donnée.
À l'aide du document, vous montrerez que les statistiques de police ne donnent pas une image fidèle de la délinquance.
Faites une phrase présentant l'information apportée par la deuxième ligne du tableau.
Quelles atteintes sont les plus souvent déclarées, lesquelles le sont le moins ?
Proposez trois explications à ces écarts.
Quelles conséquences en tirer sur la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie ?
Quelles sont les limites de ce type d'enquête ?
Voir la réponse rédigée
1. D'après l'enquête Cadre de vie et sécurité exploitée par le SSMSI, environ 7 victimes sur 10 d'un cambriolage de leur résidence principale avec vol ont porté plainte ; autrement dit, environ 3 sur 10 ne l'ont pas fait.
2. Les atteintes aux biens sont les plus souvent déclarées : environ 9 victimes de vol de voiture sur 10 et 7 victimes de cambriolage sur 10 portent plainte. À l'inverse, les atteintes aux personnes le sont beaucoup moins : environ 3 victimes sur 10 de violences physiques hors ménage, 1 sur 10 de violences sexuelles hors ménage, moins de 2 sur 10 pour les violences au sein du ménage et moins de 1 sur 10 pour les injures.
3. Première explication : l'intérêt matériel. Les assurances exigent un dépôt de plainte pour indemniser un vol de voiture ou un cambriolage. Deuxième explication : la relation avec l'auteur. Quand il s'agit d'un conjoint ou d'un proche, la victime peut craindre des représailles, vouloir protéger sa famille ou ses enfants, ou dépendre financièrement de l'auteur. Troisième explication : la honte et la crainte de ne pas être crue, fortes pour les violences sexuelles, auxquelles s'ajoute le sentiment que la plainte n'aboutira pas. Enfin, pour les injures, la faible gravité perçue décourage la démarche.
4. Les statistiques de police et de gendarmerie ne comptent que les faits portés à leur connaissance. Le chiffre noir est donc très inégal selon les atteintes : faible pour les vols de voiture, énorme pour les violences sexuelles et intrafamiliales. La délinquance enregistrée surreprésente les atteintes aux biens et sous-estime les violences aux personnes. De plus, si la propension à porter plainte augmente, comme pour les violences sexuelles après 2017, les chiffres enregistrés peuvent monter sans que les faits aient augmenté.
5. L'enquête repose sur des déclarations : les victimes peuvent oublier, mal dater ou taire un fait, par exemple une violence subie au sein du ménage, même face à un enquêteur. Elle ne peut pas interroger les victimes d'homicide et ne couvre pas les infractions sans victime individuelle (usage de stupéfiants, fraude fiscale). Enfin, fondée sur un échantillon, elle mesure mal les faits rares. Elle complète donc les statistiques administratives sans les remplacer.
Ce que cette analyse apprend — Lire des proportions comme des ordres de grandeur, comparer les lignes, puis relier l'écart constaté à une notion (le chiffre noir).
Document 4 — Quand la loi déplace la frontière de la déviance (1975-2024)
Difficile
Corpus de textes juridiques · Code pénal, article 111-1 (en vigueur depuis le 1er mars 1994) ; loi n° 75-617 du 11 juillet 1975 ; loi n° 82-683 du 4 août 1982 ; loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019 ; Constitution du 4 octobre 1958, article 34, modifié par la loi constitutionnelle du 8 mars 2024.
Ces textes, votés par le Parlement entre 1975 et 2024, jalonnent un demi-siècle d'évolution des normes juridiques françaises. Chacun a été précédé de débats publics, de mobilisations associatives et de prises de position politiques.
A. Code pénal, article 111-1 (1994). « Les infractions pénales sont classées, suivant leur gravité, en crimes, délits et contraventions. »
B. Loi du 11 juillet 1975 portant réforme du divorce. Elle abroge les articles du Code pénal qui réprimaient l'adultère : celui-ci reste une faute pouvant justifier un divorce, mais cesse d'être une infraction.
C. Loi du 4 août 1982. Elle abroge l'alinéa 2 de l'article 331 de l'ancien Code pénal, qui punissait les relations homosexuelles avec un mineur de moins de 18 ans alors que la majorité sexuelle était fixée à 15 ans pour les relations hétérosexuelles.
D. Code civil, article 371-1, alinéa ajouté par la loi du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires. « L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques. » La loi ne crée aucune infraction nouvelle ; elle prévoit aussi des actions de sensibilisation des parents.
E. Constitution, article 34, alinéa ajouté par la loi constitutionnelle du 8 mars 2024. « La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. »
À l'aide du corpus et de vos connaissances, vous montrerez que la frontière entre comportements conformes, déviants et délinquants se déplace dans le temps.
À l'aide des textes A et D, distinguez norme pénale et norme juridique non pénale.
Montrez, à l'aide des textes B, C et E, que la délinquance est une construction dont la définition varie dans le temps.
Un comportement qui cesse d'être délinquant cesse-t-il aussitôt d'être déviant ? Argumentez.
À l'aide de la notion d'entrepreneur de morale, expliquez comment de tels changements de normes se produisent.
Voir la réponse rédigée
1. Le texte A définit le champ pénal : sont délinquants les actes que la loi qualifie de crimes, délits ou contraventions, et que la justice pénale sanctionne. Le texte D, en revanche, pose une norme juridique dans le Code civil sans créer d'infraction : les violences sur un enfant étaient déjà punissables, mais la « fessée » ou la gifle éducative ne deviennent pas une infraction nouvelle. La loi de 2019 a surtout une fonction expressive : elle énonce ce que la société juge désormais inacceptable et vise à changer les pratiques par la sensibilisation. Toute norme juridique n'est donc pas une norme pénale.
2. Le texte B montre qu'en 1975 l'adultère sort du champ pénal : un comportement délinquant la veille cesse de l'être le lendemain, sans que l'acte ait changé. Le texte C montre qu'en 1982 disparaît une différence de traitement pénal fondée sur l'orientation sexuelle. Le texte E, en 2024, va plus loin : l'IVG, punie avant la loi Veil de 1975, devient une liberté inscrite dans la Constitution. La délinquance n'est donc pas une catégorie naturelle : c'est le législateur qui la définit, en fonction des valeurs dominantes d'une époque. Comme l'écrivait Durkheim en 1893, un acte est criminel parce qu'il heurte la conscience commune.
3. Non, pas nécessairement. La norme juridique et la norme sociale n'évoluent pas au même rythme. L'adultère, dépénalisé en 1975, reste largement réprouvé et peut encore entraîner des sanctions informelles (rupture, réprobation de l'entourage) : il est déviant sans être délinquant. De même, en 1982, l'abrogation n'a pas fait disparaître d'un coup la stigmatisation de l'homosexualité, qui dépend encore des milieux sociaux. Inversement, le texte D montre qu'une norme sociale (rejet des violences éducatives) peut précéder la loi, qui la consacre ensuite. Déviance et délinquance se décalent donc souvent.
4. Pour Becker (1963), les normes ne tombent pas du ciel : elles sont créées par des entrepreneurs de morale qui mènent campagne, puis appliquées par des agents. En 1975, Simone Veil porte la loi au Parlement après des années de mobilisation de mouvements féministes ; en 1982, la réforme est soutenue par le garde des Sceaux Robert Badinter et par les associations homosexuelles ; en 2019, des associations de protection de l'enfance réclamaient la loi, et le Comité européen des droits sociaux avait estimé en 2015 que la France ne respectait pas la Charte sociale européenne sur ce point. Le changement de norme résulte ainsi d'un rapport de forces entre groupes qui cherchent à imposer leur définition du conforme et du déviant.
Ce que cette analyse apprend — Exploiter un corpus de textes juridiques en les classant (création, abrogation, consécration) et en les reliant à une notion sociologique.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.