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Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ?

Normes, déviance et délinquance, contrôle social, étiquetage, carrière déviante, mesure de la délinquance (spécialité SES de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ? » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Normes sociales et normes juridiques : ce que la déviance transgresse, Le contrôle social : formel, informel, et ses évolutions, Une déviance relative : selon les époques, les sociétés et les groupes, Des premières explications de la déviance au tournant interactionniste. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Sujet 1 — Dissertation : la déviance est-elle seulement le fait de ceux qui transgressent les normes ?

Analyse des termes — La déviance désigne la transgression d'une norme sociale ou juridique, susceptible d'être sanctionnée ; « seulement le fait de » invite à se demander si d'autres acteurs, ceux qui fixent les normes, ceux qui les appliquent et ceux qui réagissent, participent à la produire. Le sujet porte sur les sociétés contemporaines et ne se limite pas à la délinquance.

Problématique — La déviance est-elle un acte commis par certains individus, ou le résultat d'une interaction dans laquelle ceux qui font les normes et ceux qui réagissent à leur transgression jouent un rôle décisif ?

Introduction rédigéeJusqu'au 1er janvier 2008, allumer une cigarette au comptoir d'un café était un geste banal ; depuis, il expose à une amende et à la réprobation des autres clients. Le geste n'a pas changé : c'est la norme qui a changé. Cet exemple invite à interroger ce que l'on appelle déviance, c'est-à-dire l'ensemble des comportements qui transgressent les normes d'un groupe, sociales ou juridiques, et qui sont susceptibles d'être sanctionnés. Le sens commun y voit l'affaire de ceux qui transgressent : le déviant serait celui qui commet l'acte. Mais si les normes changent et si toutes les transgressions ne sont pas repérées, la déviance pourrait aussi dépendre de ceux qui font les normes, les appliquent et réagissent à leur transgression. La déviance est-elle donc un acte commis par certains individus, ou le résultat d'une interaction dans laquelle les autres jouent un rôle décisif ? Nous verrons d'abord que la déviance suppose une transgression, dont les causes sont déjà sociales (I), puis que ceux qui font et appliquent les normes définissent ce qui est déviant (II), avant de montrer que la réaction sociale peut entretenir la déviance qu'elle prétend combattre (III).

I. La déviance suppose une transgression, dont les causes sont déjà sociales

  • Il n'y a pas de déviance sans norme transgressée ni sanction possible.Le Code pénal de 1994 (article 111-1) classe les transgressions pénales en crimes, délits et contraventions ; les normes sociales sont sanctionnées par la moquerie ou le rejet.
  • Le passage à l'acte peut naître d'une tension entre buts valorisés et moyens accessibles.Merton (1938) : l'« innovation » consiste à viser la réussite par des moyens illégitimes.
  • La transgression s'apprend au contact des autres.Sutherland (1939), association différentielle ; Becker (1963) montre que l'on apprend à fumer de la marijuana et à en apprécier les effets.

II. Ceux qui font et appliquent les normes définissent ce qui est déviant

  • Les normes varient : un même acte change de statut selon l'époque.Adultère dépénalisé en 1975, abrogation de l'article 331 alinéa 2 en 1982, interdiction de fumer dans les lieux collectifs en 2007-2008.
  • Des entrepreneurs de morale créent les normes et les font appliquer.Marihuana Tax Act de 1937, obtenu par le Federal Bureau of Narcotics d'Harry Anslinger, analysé par Becker.
  • L'application des normes est sélective : l'étiquette ne suit pas toujours l'acte.Typologie de Becker : le déviant secret échappe à l'étiquette, le faussement accusé la reçoit sans avoir transgressé.

III. La réaction sociale peut entretenir la déviance qu'elle combat

  • La désignation publique transforme l'identité du déviant.Lemert (1951) : la déviance secondaire naît de la réaction sociale.
  • Le stigmate réduit la personne à un trait et ferme des possibilités.Goffman (1963) : le passé judiciaire comme « tare du caractère » ; le casier judiciaire ferme l'accès à certains emplois.
  • La carrière déviante résulte d'engagements successifs, sans être un destin.Becker (1963) : transgression, apprentissage, désignation, entrée dans un groupe déviant ; on peut sortir à chaque étape.
Conclusion rédigéeLa déviance n'est donc pas seulement le fait de ceux qui transgressent les normes. Elle suppose certes un acte, dont les sociologues ont montré les causes sociales, de la tension entre buts et moyens décrite par Merton à l'apprentissage mis en évidence par Sutherland. Mais cet acte ne devient déviance que rapporté à des normes produites par des groupes, appliquées de façon sélective par des entrepreneurs de morale, et la réaction qu'il suscite peut, par l'étiquetage et la stigmatisation, enfermer l'individu dans une carrière déviante. La déviance apparaît ainsi comme le produit d'une interaction. Reste à savoir comment la mesurer : si la déviance dépend de la réaction sociale, les statistiques de la délinquance ne reflètent-elles pas autant l'activité des institutions que les comportements eux-mêmes ?

Le piège — Réciter Becker du début à la fin en oubliant que la transgression existe (ou, à l'inverse, ne traiter que les causes du passage à l'acte) : le sujet demande d'articuler l'acte et la réaction, pas de choisir l'un contre l'autre.

Sujet 2 — Épreuve composée, partie 3 (raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire) : à l'aide du document 3 de ce chapitre (taux de plainte selon le type d'atteinte) et de vos connaissances, vous montrerez que la mesure de la délinquance se heurte à plusieurs difficultés.

Analyse des termes — La délinquance est l'ensemble des infractions à la loi pénale ; la mesurer, c'est la dénombrer à partir de sources statistiques (police et gendarmerie, justice, enquêtes auprès de la population). La consigne « vous montrerez » demande une démonstration, non une discussion : il faut établir les difficultés, pas débattre de leur existence.

Problématique — Pourquoi aucune source statistique ne permet-elle de connaître exactement la délinquance réellement commise ?

Introduction rédigéeChaque année, la publication des chiffres de la délinquance suscite des commentaires sur la hausse ou la baisse de l'insécurité. Mais que mesurent réellement ces chiffres ? La délinquance désigne l'ensemble des infractions à la loi pénale, qu'il s'agisse de contraventions, de délits ou de crimes : c'est la forme de déviance qui transgresse des normes juridiques pénales. La mesurer suppose de dénombrer des actes que leurs auteurs cherchent le plus souvent à cacher, à partir de sources produites par des institutions (police, gendarmerie, justice) ou d'enquêtes menées auprès de la population. Pourquoi aucune de ces sources ne permet-elle de connaître exactement la délinquance réellement commise ? Nous montrerons que les statistiques administratives mesurent d'abord l'activité des institutions (I), que les enquêtes de victimation révèlent le chiffre noir sans échapper à leurs propres limites (II), et que la délinquance est un objet dont la définition et la perception évoluent (III).

I. Les statistiques administratives mesurent d'abord l'activité des institutions

  • Elles ne comptent que les faits portés à la connaissance des services, donc dépendent des plaintes.Document 3 : environ 9 victimes de vol de voiture sur 10 portent plainte, contre environ 1 sur 10 pour les violences sexuelles hors ménage.
  • Pour les infractions sans victime directe, le chiffre suit l'intensité des contrôles.Usage de stupéfiants, délit depuis la loi du 31 décembre 1970 : plus de contrôles, plus d'infractions constatées.
  • La statistique judiciaire ne retient qu'une partie des affaires.Entonnoir pénal : nombreux classements sans suite, notamment quand l'auteur n'est pas identifié.

II. Les enquêtes de victimation révèlent le chiffre noir, mais ont leurs propres limites

  • Elles interrogent les victimes et mesurent les faits non déclarés.Enquête Cadre de vie et sécurité à partir de 2007, relayée en 2022 par Vécu et ressenti en matière de sécurité.
  • Elles reposent sur des déclarations, soumises à l'oubli et à la honte.Document 3 : les violences au sein du ménage sont peu déclarées à la police, et peuvent aussi être tues face à l'enquêteur.
  • Leur champ est limité.Ni homicides, ni infractions sans victime individuelle comme la fraude fiscale ; délinquance en col blanc (Sutherland, 1939) peu visible.

III. La délinquance est un objet dont la définition et la perception changent

  • Le législateur déplace la frontière de la délinquance.Adultère dépénalisé en 1975 ; outrage sexiste créé par la loi du 3 août 2018.
  • La sensibilité sociale modifie la propension à porter plainte.Hausse des plaintes pour violences sexuelles après le mouvement #MeToo en 2017.
  • Il faut donc croiser les sources plutôt que chercher un chiffre unique.Le SSMSI, créé en 2014, publie à la fois la délinquance enregistrée et les résultats des enquêtes de victimation.
Conclusion rédigéeLa mesure de la délinquance se heurte donc à des difficultés de plusieurs ordres. Les statistiques administratives dépendent des plaintes et des priorités des services ; les enquêtes de victimation font apparaître un chiffre noir très inégal selon les atteintes, mais reposent sur des déclarations et laissent de côté des pans entiers de la délinquance ; enfin, la frontière de la délinquance et la sensibilité des victimes changent avec le temps. Chaque source éclaire un moment du processus qui va de l'acte à la condamnation, et c'est leur croisement qui permet d'approcher la réalité. Cette difficulté rejoint l'analyse de Becker : si la déviance dépend de la réaction sociale, compter la délinquance, c'est aussi compter les réactions qu'elle suscite.

Le piège — Présenter l'enquête de victimation comme la « vraie » mesure qui corrigerait les chiffres de la police : elle a ses propres angles morts, et le sujet demande de montrer les difficultés de toutes les sources.

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