Participation électorale et abstention, déterminants sociaux du vote, volatilité et vote sur enjeux (spécialité SES de 1re)
À propos de cette page
Ce lexique sur « Voter : une affaire individuelle ou collective ? » en première donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Voter : un droit, un geste, des mesures, Qui vote ? Les variables sociodémographiques de la participation, Intégration sociale et contexte : une abstention variable, Le vote, acte collectif : le modèle sociologique. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de première.
Participation électorale
Fait, pour un inscrit, de voter à une élection. Le taux de participation rapporte le nombre de votants au nombre d'inscrits.
À ne pas confondre
Participation politique — Notion plus large : le vote n'en est qu'une forme, à côté du militantisme ou de la manifestation, étudiés en Terminale.
Selon l'époque et le point de vue — Mesurée dès les débuts de la IIIe République ; la sociologie de la participation se développe en France avec Alain Lancelot (1968).
Ce que le mot permet d'écrire — Sert dans tout sujet sur l'abstention. Faute à éviter : calculer le taux sur la population totale au lieu des inscrits.
Abstention
Fait, pour un électeur inscrit, de ne pas voter à un scrutin. Taux d'abstention = abstentionnistes ÷ inscrits × 100.
À ne pas confondre
Vote blanc — L'électeur qui vote blanc s'est déplacé : il a participé ; l'abstentionniste non.
Selon l'époque et le point de vue — Longtemps lue comme un signe d'incivisme, elle est étudiée depuis 1968 (Lancelot) comme un comportement socialement situé.
Ce que le mot permet d'écrire — Au cœur des sujets sur la participation. Faute à éviter : y voir toujours un désintérêt pour la politique.
Non-inscription et mal-inscription
La non-inscription est l'absence d'inscription sur les listes électorales ; la mal-inscription désigne l'inscription dans un bureau éloigné du lieu de vie réel, souvent après un déménagement.
À ne pas confondre
Abstention — Le non-inscrit ne peut pas voter et n'entre pas dans le taux d'abstention ; le mal-inscrit, lui, est compté parmi les abstentionnistes s'il ne vote pas.
Selon l'époque et le point de vue — La notion de mal-inscription est popularisée par Braconnier et Dormagen (2007) ; la loi du 1er août 2016 crée le répertoire électoral unique pour faciliter l'inscription.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour expliquer l'abstention des jeunes et des personnes mobiles. Faute à éviter : croire que tout majeur est automatiquement bien inscrit.
Vote intermittent
Comportement de l'électeur qui vote à certains scrutins ou à certains tours et s'abstient à d'autres.
À ne pas confondre
Abstention systématique — L'abstentionniste systématique ne vote à aucun tour d'un cycle électoral ; il est minoritaire.
Selon l'époque et le point de vue — Mis en évidence par les enquêtes de l'INSEE qui suivent les mêmes inscrits sur plusieurs tours (en 2017, neuf inscrits sur dix ont voté au moins une fois).
Ce que le mot permet d'écrire — Permet de nuancer l'idée d'un « parti des abstentionnistes » homogène. Faute à éviter : additionner les abstentionnistes de plusieurs tours comme s'ils étaient les mêmes personnes.
Abstention « hors du jeu » / « dans le jeu »
Typologie qui oppose l'abstention d'électeurs peu intégrés et peu politisés (hors du jeu) à celle d'électeurs politisés qui s'abstiennent par choix, pour exprimer un refus (dans le jeu).
À ne pas confondre
Vote protestataire — Le vote protestataire s'exprime dans les urnes pour un candidat hostile au système ; l'abstention dans le jeu s'exprime par l'absence.
Selon l'époque et le point de vue — Proposée par Jérôme Jaffré et Anne Muxel en 1997, dans l'ouvrage collectif L'électeur a ses raisons.
Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable pour montrer que l'abstention a une dimension sociologique et une dimension politique. Faute à éviter : ranger tous les jeunes abstentionnistes « hors du jeu ».
Vote blanc
Dépôt dans l'urne d'une enveloppe vide ou d'un bulletin sans nom de candidat, pour signifier qu'aucune offre ne convient.
À ne pas confondre
Vote nul — Le bulletin nul est irrégulier (déchiré, annoté, plusieurs bulletins) ; depuis 2014 les deux sont décomptés séparément.
Selon l'époque et le point de vue — La loi du 21 février 2014 impose de décompter les blancs à part ; ils ne sont toujours pas intégrés aux suffrages exprimés.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à distinguer participation et suffrages exprimés. Faute à éviter : dire que le vote blanc est pris en compte dans le résultat.
Intégration sociale
Intensité des liens qui rattachent un individu aux groupes sociaux (famille, travail, voisinage, associations) et à leurs normes.
À ne pas confondre
Socialisation politique — La socialisation désigne l'apprentissage des valeurs et orientations politiques ; l'intégration, l'insertion actuelle dans des réseaux.
Selon l'époque et le point de vue — Notion héritée de Durkheim, appliquée au vote par Lancelot (1968) puis par Braconnier et Dormagen (2007).
Ce que le mot permet d'écrire — Explique pourquoi chômeurs, personnes seules et nouveaux arrivants votent moins. Faute à éviter : la confondre avec le niveau de revenu.
Compétence politique
Capacité, et sentiment d'être capable, de comprendre le débat politique et d'y prendre position ; elle dépend fortement du diplôme.
À ne pas confondre
Intérêt pour la politique — On peut s'intéresser à la politique sans se sentir légitime pour en parler ; Gaxie insiste sur ce sentiment de légitimité.
Selon l'époque et le point de vue — Analysée par Daniel Gaxie dans Le Cens caché (1978) : un « cens » social et scolaire remplace le cens fiscal aboli en 1848.
Ce que le mot permet d'écrire — Explique les écarts de participation et la capacité inégale à voter sur enjeux. Faute à éviter : y voir une question d'intelligence individuelle.
Variables lourdes
Caractéristiques sociales durables (religion, appartenance de classe, patrimoine) fortement corrélées à l'orientation du vote.
À ne pas confondre
Variables contextuelles — Les enjeux, l'offre politique ou la conjoncture changent d'une élection à l'autre ; les variables lourdes évoluent lentement.
Selon l'époque et le point de vue — Expression associée aux travaux de Michelat et Simon (1977), qui montrent le poids prédictif de la pratique catholique et de l'appartenance ouvrière.
Ce que le mot permet d'écrire — Cœur de la partie « le vote, acte collectif ». Faute à éviter : parler de déterminisme alors qu'il s'agit de probabilités.
Vote de classe
Tendance des membres d'une classe sociale à voter pour le camp politique censé la représenter (historiquement, les ouvriers pour la gauche).
À ne pas confondre
Vote ouvrier — Le vote ouvrier est le vote des ouvriers, quelle que soit son orientation ; il n'est un vote de classe que s'il se distingue nettement de celui des autres groupes.
Selon l'époque et le point de vue — Mesuré par l'indice proposé par Robert Alford au début des années 1960 ; son déclin en France est constaté depuis les années 1980.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert dans les sujets sur l'évolution des comportements électoraux. Faute à éviter : conclure à la disparition des déterminants sociaux.
Identification partisane
Attachement affectif et durable d'un électeur à un parti, acquis surtout dans la famille, qui oriente sa perception des candidats et des enjeux.
À ne pas confondre
Adhésion partisane — L'adhésion est un engagement formel (carte, cotisation) ; l'identification est un sentiment de proximité.
Selon l'époque et le point de vue — Concept central du modèle de Michigan : Campbell, Converse, Miller et Stokes, The American Voter (1960).
Ce que le mot permet d'écrire — Montre que le vote prolonge une socialisation. Faute à éviter : l'appliquer tel quel à la France, où l'attachement va souvent à un camp (gauche, droite) plus qu'à un parti.
Électeur rationnel
Électeur qui choisit en comparant les coûts et les avantages attendus de chaque offre politique, comme un consommateur sur un marché.
À ne pas confondre
Électeur stratège — Le stratège tient compte des chances de victoire des candidats (vote utile) ; le rationnel de Downs compare d'abord les programmes.
Selon l'époque et le point de vue — Modèle proposé par Anthony Downs, An Economic Theory of Democracy (1957), qui en tire le « paradoxe du vote ».
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à présenter la dimension individuelle du vote. Faute à éviter : oublier que le paradoxe du vote en montre les limites.
Vote sur enjeux
Vote déterminé par la position des candidats sur les problèmes que l'électeur juge prioritaires (emploi, pouvoir d'achat, sécurité, climat).
À ne pas confondre
Vote d'appartenance — Le vote d'appartenance exprime une identité de groupe ; le vote sur enjeux, une évaluation des réponses proposées.
Selon l'époque et le point de vue — Mis en évidence par Nie, Verba et Petrocik, The Changing American Voter (1976) ; Himmelweit parle en 1981 d'électeur « consommateur ».
Ce que le mot permet d'écrire — Montre la part croissante de l'individu dans le choix. Faute à éviter : oublier que la hiérarchie des enjeux dépend elle-même de la position sociale.
Volatilité électorale
Instabilité des comportements électoraux d'un scrutin à l'autre : intermittence de la participation et changements de préférence.
À ne pas confondre
Alternance — L'alternance est un changement de majorité au pouvoir ; elle peut résulter d'une faible volatilité si les écarts sont serrés.
Selon l'époque et le point de vue — Étudiée à partir des années 1980, avec l'affaiblissement des identifications partisanes et du vote de classe.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à nuancer le modèle sociologique. Faute à éviter : oublier la forme « intermittence » et ne parler que des changements de parti.
Vote stratégique (vote utile)
Vote pour un candidat qui n'est pas son premier choix, afin d'influer sur l'issue du scrutin (qualification au second tour, barrage).
À ne pas confondre
Vote sincère — Le vote sincère se porte sur le candidat préféré, quelles que soient ses chances.
Selon l'époque et le point de vue — Analysé dans le prolongement des modèles rationnels ; très discuté en France depuis le 21 avril 2002.
Ce que le mot permet d'écrire — Illustre un électeur qui calcule. Faute à éviter : le confondre avec le vote sur enjeux.
Géographie électorale
Étude de la répartition spatiale des votes et de ses liens avec les structures sociales, économiques et religieuses des territoires.
À ne pas confondre
Sociologie électorale par enquête — La géographie raisonne sur des territoires (cantons, communes) ; l'enquête, sur des individus interrogés.
Selon l'époque et le point de vue — Fondée par André Siegfried en 1913 avec le Tableau politique de la France de l'Ouest.
Ce que le mot permet d'écrire — Montre la stabilité des tempéraments politiques locaux. Faute à éviter : lire les corrélations territoriales comme des comportements individuels.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Individuel / collectif
Le vote est individuel par sa forme (secret, isoloir) et collectif par ses déterminants et ses effets.
Ce qu'il débloque — C'est le couple du programme : il structure la plupart des plans.
Exemple — Sur le sujet « Voter : une affaire individuelle ou collective ? », il permet d'opposer l'isoloir de 1913 aux régularités mises au jour par Lazarsfeld en 1944, puis de les réconcilier.
Participation / orientation
Deux questions distinctes : voter ou non, et pour qui voter.
Ce qu'il débloque — Évite le hors-sujet : chaque modèle répond surtout à l'une des deux.
Exemple — Sur le sujet « Comment expliquer l'abstention ? », il permet d'écarter le modèle de Michigan, qui explique l'orientation, au profit de Gaxie et de Lancelot.
Hors du jeu / dans le jeu
L'abstention peut traduire une faible intégration ou un choix politique.
Ce qu'il débloque — Donne une troisième partie nuancée à tout sujet sur l'abstention.
Exemple — Sur le sujet « L'abstention traduit-elle un désintérêt pour la politique ? », il permet de montrer que certains abstentionnistes sont très politisés (Jaffré et Muxel, 1997).
Variables lourdes / enjeux
Le vote s'explique par des appartenances durables ou par l'évaluation des réponses aux problèmes du moment.
Ce qu'il débloque — Organise la confrontation entre modèle sociologique et modèle rationnel.
Exemple — Sur le sujet « Le vote est-il déterminé par l'appartenance sociale ? », il permet de confronter Michelat et Simon (1977) à Nie, Verba et Petrocik (1976).
Stabilité / volatilité
Les comportements électoraux se reproduisent ou changent d'un scrutin à l'autre.
Ce qu'il débloque — Sert à dater les évolutions : stabilité des années 1950-1970, volatilité croissante ensuite.
Exemple — Sur le sujet « Les électeurs sont-ils devenus plus imprévisibles ? », il permet d'opposer les tempéraments durables de Siegfried à l'intermittence mesurée par l'INSEE en 2017.
Structures / conjoncture
Les facteurs durables (âge, diplôme, religion) se combinent aux facteurs du moment (type d'élection, enjeu, campagne).
Ce qu'il débloque — Utile pour expliquer une variation brutale de participation.
Exemple — Sur le sujet « La participation électorale dépend-elle du contexte ? », il permet d'expliquer l'écart entre les législatives de 2022 (52,5 % d'abstention) et celles de 2024 (33,3 %).
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Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.