Participation électorale et abstention, déterminants sociaux du vote, volatilité et vote sur enjeux (spécialité SES de 1re)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en première sur « Voter : une affaire individuelle ou collective ? » suit le programme officiel de spécialité SES de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Voter : un droit, un geste, des mesures, Qui vote ? Les variables sociodémographiques de la participation, Intégration sociale et contexte : une abstention variable, Le vote, acte collectif : le modèle sociologique. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité SES.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — L'abstention selon le type d'élection (2017-2024)
Facile
Tableau statistique · D'après les résultats officiels publiés par le ministère de l'Intérieur, élections de 2017 à 2024 (premiers tours, France entière).
Le tableau rassemble les premiers tours de tous les types d'élections organisées en France entre 2017 et 2024. Les municipales de 2020 se sont tenues le 15 mars, au début de l'épidémie de Covid-19, et les législatives de 2024 ont suivi la dissolution de l'Assemblée nationale annoncée le 9 juin.
Élection (1er tour)
Année
Abstention (% des inscrits)
Présidentielle
2017
22,2
Présidentielle
2022
26,3
Législatives
2017
51,3
Législatives
2022
52,5
Législatives (anticipées)
2024
33,3
Européennes
2019
49,9
Européennes
2024
48,5
Municipales
2020
55,3
Régionales
2021
66,7
Lecture : au premier tour de l'élection présidentielle de 2017, 22,2 % des inscrits sur les listes électorales n'ont pas voté.
Après avoir présenté le document, vous montrerez que la participation électorale dépend du type d'élection.
Présentez le document et rédigez une phrase donnant le sens de la donnée 26,3.
Comparez l'abstention au premier tour de la présidentielle et des législatives de 2022.
Classez les types d'élection selon l'abstention et proposez une explication.
Comment expliquer la valeur observée aux législatives de 2024 ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique, construit d'après les résultats officiels du ministère de l'Intérieur, présente le taux d'abstention au premier tour des élections organisées en France entre 2017 et 2024, en pourcentage des inscrits. Au premier tour de l'élection présidentielle de 2022, en France, 26,3 % des inscrits sur les listes électorales ne sont pas allés voter, soit environ un inscrit sur quatre.
2. La même année, l'abstention atteint 52,5 % au premier tour des législatives contre 26,3 % à la présidentielle, soit un écart de 26,2 points : elle est deux fois plus forte (52,5 ÷ 26,3 ≈ 2). Plus d'un inscrit sur deux s'abstient aux législatives, qui ont lieu quelques semaines seulement après la présidentielle : ce sont donc en grande partie les mêmes électeurs qui votent à l'une et s'abstiennent à l'autre.
3. La présidentielle est l'élection la plus mobilisatrice (22,2 % et 26,3 %), suivie de loin par les européennes (autour de 49 %) et les législatives de 2017 et 2022 (plus de 51 %) ; les élections locales viennent en dernier (55,3 % aux municipales de 2020, 66,7 % aux régionales de 2021). Cette hiérarchie suit l'enjeu perçu : élire le chef de l'État, dans la Ve République, paraît décisif ; les législatives, placées juste après, semblent confirmer un choix déjà fait ; les régionales et les européennes portent sur des institutions mal connues. Les municipales de 2020 sont un cas particulier : la crainte de l'épidémie a pesé sur la participation.
4. En 2024, l'abstention aux législatives tombe à 33,3 %, soit 19,2 points de moins qu'en 2022. Le contexte l'explique : la dissolution surprise du 9 juin 2024, une campagne très courte et très polarisée, la possibilité perçue d'un changement de majorité ont donné à ce scrutin un enjeu national fort. Des électeurs intermittents, qui s'abstiennent d'ordinaire aux législatives, se sont mobilisés : la participation dépend donc de la conjoncture, pas seulement des caractéristiques des électeurs.
Ce que cette analyse apprend — Lire un taux en pourcentage des inscrits, comparer en points et en rapport, puis relier les écarts au contexte de chaque scrutin.
Document 2 — Le vote dans les textes : un droit individuel et secret
Moyen
Extraits de textes juridiques · Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, art. 6 ; Constitution du 4 octobre 1958, art. 3 ; Code électoral, art. L. 1, L. 9 et L. 62 (extraits, rédaction en vigueur en 2026).
Ces textes, de 1789 à la législation actuelle, fixent le cadre juridique du vote en France. Ils s'adressent à tous les citoyens et aux autorités chargées d'organiser les scrutins.
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789), article 6 : « La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. »
Constitution du 4 octobre 1958, article 3 : « Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. »
Code électoral, article L. 1 : « Le suffrage est direct et universel. »
Code électoral, article L. 9 : « L'inscription sur les listes électorales est obligatoire. »
Code électoral, article L. 62 (extrait) : « Sans quitter la salle du scrutin, il doit se rendre isolément dans la partie de la salle aménagée pour le soustraire aux regards pendant qu'il met son bulletin dans l'enveloppe. »
À l'aide du document, vous montrerez que le droit fait du vote un acte individuel.
Quel principe l'article 6 de la Déclaration de 1789 pose-t-il ?
Relevez les caractères du suffrage selon l'article 3 de la Constitution et expliquez le mot « secret » à l'aide de l'article L. 62.
Le vote est-il obligatoire en France ? Justifiez à partir du document.
En quoi ces textes font-ils du vote un acte individuel, et quelle limite la sociologie électorale leur oppose-t-elle ?
Voir la réponse rédigée
1. L'article 6 de la Déclaration de 1789 fonde la souveraineté sur la « volonté générale » et reconnaît à « tous les Citoyens » le droit de concourir à la formation de la loi, « personnellement, ou par leurs Représentants ». Il pose donc le principe d'une participation de chaque citoyen, directe ou par l'élection de représentants : le droit de vote découle de la citoyenneté.
2. Selon l'article 3 de la Constitution de 1958, le suffrage est « universel » (tous les nationaux majeurs des deux sexes jouissant de leurs droits civils et politiques), « égal » (chaque voix pèse autant) et « secret ». L'article L. 62 précise ce secret : l'électeur doit se rendre « isolément » dans l'isoloir, aménagé pour le « soustraire aux regards » quand il met son bulletin dans l'enveloppe. Ce dispositif, imposé par la loi du 29 juillet 1913, empêche un employeur, un propriétaire ou un notable de contrôler le vote.
3. Non. L'article L. 9 déclare obligatoire l'inscription sur les listes électorales, mais aucun texte n'oblige à voter, et l'obligation d'inscription n'est assortie d'aucune sanction. Le vote est un droit dont l'électeur peut ne pas user : l'abstention est légale, à la différence de la Belgique, où le vote est obligatoire depuis 1893.
4. Ces textes font du vote un acte individuel à trois titres : le droit appartient à chaque citoyen (« personnellement »), chaque voix compte également, et le choix se fait seul, à l'abri des regards. Le droit construit ainsi un électeur autonome, libre de toute pression. La sociologie électorale montre pourtant que ce choix solitaire obéit à des régularités collectives : dès 1944, Lazarsfeld constate qu'on vote largement comme son groupe social, et la participation elle-même varie selon l'âge, le diplôme ou l'intégration sociale. L'isoloir protège la liberté du choix, il n'en efface pas les déterminants sociaux.
Ce que cette analyse apprend — Citer précisément un texte juridique, en dégager les principes, puis confronter la norme de droit aux régularités sociologiques.
Document 3 — The People's Choice : on vote comme on est socialement
Moyen
Présentation d'une enquête sociologique (résumé et courte citation) · Présentation rédigée d'après Paul F. Lazarsfeld, Bernard Berelson et Hazel Gaudet, The People's Choice, New York, Duell, Sloan and Pearce, 1944.
L'enquête est menée en 1940 par des sociologues de l'université Columbia, qui s'intéressaient d'abord aux effets de la radio. L'ouvrage paru en 1944 fonde le « paradigme de Columbia » et s'adresse aux spécialistes des sciences sociales.
Pendant la campagne présidentielle américaine de 1940, qui oppose le président démocrate Franklin D. Roosevelt au républicain Wendell Willkie, une équipe de l'université Columbia dirigée par Paul Lazarsfeld étudie le comté d'Erie, dans l'Ohio. La méthode est nouvelle : un panel d'environ 600 électeurs est interrogé à sept reprises, de mai à novembre, pour suivre la formation des intentions de vote.
Les chercheurs attendaient de la campagne (radio, presse, meetings) qu'elle fasse changer les électeurs d'avis. Ils constatent l'inverse : la plupart savent très tôt pour qui ils voteront, et la campagne renforce surtout des choix déjà présents ; les conversions sont rares. Trois caractéristiques, combinées dans un « indice de prédisposition politique », suffisent à prévoir l'essentiel des votes : le statut socio-économique, la religion et le lieu de résidence. Les électeurs aisés, protestants et ruraux votent majoritairement républicain ; les électeurs modestes, catholiques et urbains, majoritairement démocrate. Les auteurs résument : « a person thinks, politically, as he is, socially » (une personne pense politiquement comme elle est socialement).
Ceux dont les appartenances poussent dans des directions opposées, par exemple un catholique aisé, subissent des pressions croisées : ils se décident plus tard et s'intéressent moins à l'élection. Enfin, l'influence passe moins par les médias que par des proches plus informés, des « leaders d'opinion » qui relaient les messages dans leur entourage.
À l'aide du document, vous montrerez que le vote peut être analysé comme un acte collectif.
Présentez l'enquête : lieu, date, méthode.
Expliquez la formule citée par les auteurs.
Qu'appelle-t-on « pressions croisées », et quel est leur effet ?
Quelles limites ce modèle rencontre-t-il pour comprendre le vote aujourd'hui ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'une enquête de sociologie électorale menée en 1940, pendant la campagne présidentielle américaine qui oppose Roosevelt à Willkie, dans le comté d'Erie (Ohio), par une équipe de l'université Columbia dirigée par Paul Lazarsfeld. Sa méthode est celle du panel : les mêmes 600 électeurs environ sont interrogés sept fois de mai à novembre, ce qui permet d'observer comment et quand les intentions de vote se forment. Les résultats sont publiés en 1944 dans The People's Choice.
2. La formule « a person thinks, politically, as he is, socially » signifie que les préférences politiques d'un individu découlent de sa position sociale. Le document le montre : le statut socio-économique, la religion et le lieu de résidence suffisent à prévoir l'essentiel des votes ; les électeurs aisés, protestants et ruraux votent républicain, les électeurs modestes, catholiques et urbains, démocrate. Le vote exprime une appartenance à des groupes plus qu'une délibération solitaire : c'est en ce sens un acte collectif.
3. Les pressions croisées désignent la situation d'un électeur dont les appartenances poussent vers des camps opposés, comme le « catholique aisé » du document : sa religion le porte vers les démocrates, son statut vers les républicains. L'effet est d'affaiblir la décision : ces électeurs se décident plus tard et s'intéressent moins à l'élection. Cela confirme, a contrario, le poids des groupes : quand ils envoient des signaux cohérents, le choix est précoce et stable.
4. Le modèle a été construit dans une société où les appartenances religieuses et sociales étaient fortes et stables. Depuis les années 1970, les chercheurs observent le déclin du vote de classe, la montée de la volatilité et du vote sur enjeux (Nie, Verba et Petrocik, 1976) : des électeurs changent de camp d'une élection à l'autre ou votent de manière intermittente, ce qu'un indice fixé à l'avance prévoit mal. Le modèle garde toutefois une valeur : le vote reste socialement structuré, mais par des variables recomposées, comme le diplôme ou l'âge.
Ce que cette analyse apprend — Présenter une enquête par sa méthode, expliquer un résultat à l'aide des données du document, puis situer le modèle dans le temps.
Document 4 — La carte électorale de l'Ouest selon André Siegfried
Difficile
Carte (description) et thèse d'un ouvrage fondateur · Description rédigée d'après André Siegfried, Tableau politique de la France de l'Ouest sous la Troisième République, Paris, Armand Colin, 1913.
André Siegfried, géographe et politiste, publie cet ouvrage en 1913, alors que la loi sur l'isoloir vient d'être votée. Il s'adresse à un public savant et fonde la géographie électorale française.
Dans son Tableau politique de la France de l'Ouest, publié en 1913, André Siegfried étudie les départements de l'Ouest (Bretagne, Normandie, Maine, Anjou, Vendée) à partir des élections législatives tenues depuis le début de la IIIe République. Pour chaque département, il dresse des cartes des « tendances politiques » par canton, en teintes graduées allant de la droite conservatrice (monarchistes, cléricaux) à la gauche républicaine. Il les place en regard d'autres cartes : nature du sol, répartition de la grande et de la petite propriété, forme de l'habitat, pratique religieuse.
L'observation principale est la stabilité : d'une élection à l'autre, les mêmes cantons votent dans le même sens, ce que Siegfried appelle des « tempéraments politiques ». En Vendée, il oppose le Bocage, aux sols granitiques, où dominent la grande propriété noble, le fermage et le métayage, l'habitat dispersé et une pratique catholique intense, qui vote à droite, à la Plaine calcaire du sud du département, aux villages groupés et à la petite propriété plus répandue, nettement plus républicaine.
Siegfried n'en conclut pas que la roche fait voter : le sol agit par l'intermédiaire de l'organisation sociale qu'il favorise. Là où les paysans dispersés dépendent d'un grand propriétaire et du curé, l'influence du château et de l'Église s'exerce sans contrepoids ; là où les villages groupés comptent artisans, commerçants et petits propriétaires, l'opinion républicaine circule. La postérité a pourtant résumé sa thèse par une formule simplificatrice : « le granit vote à droite, le calcaire vote à gauche ».
Après avoir présenté le document, vous montrerez qu'il fait du vote un acte collectif, en discutant la portée de la thèse de Siegfried.
Présentez le document et la méthode suivie par Siegfried.
Quelles variables Siegfried met-il en relation avec le vote ? Illustrez par l'exemple vendéen.
Pourquoi la formule « le granit vote à droite » est-elle un contresens sur sa thèse ?
En quoi cette étude fait-elle du vote un acte collectif, et quelles limites peut-on lui opposer ?
Quelles évolutions du XXe siècle relativisent les tempéraments politiques décrits en 1913 ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document décrit les cartes et la thèse du Tableau politique de la France de l'Ouest sous la Troisième République, publié en 1913 par André Siegfried chez Armand Colin. Sa méthode est celle de la géographie électorale : il cartographie les résultats des législatives par canton, sur plusieurs décennies, puis compare ces cartes à celles du sol, de la propriété, de l'habitat et de la pratique religieuse, pour repérer des correspondances.
2. Siegfried relie le vote à quatre variables : la nature du sol, la structure de la propriété, la forme de l'habitat et la pratique religieuse. En Vendée, le Bocage granitique, où dominent la grande propriété noble, le métayage, l'habitat dispersé et une forte pratique catholique, vote à droite ; la Plaine calcaire du sud, aux villages groupés et à la petite propriété plus répandue, est nettement plus républicaine.
3. La formule prête à Siegfried un déterminisme géologique qu'il récuse. Le document le dit : « le sol agit par l'intermédiaire de l'organisation sociale qu'il favorise ». Le granit ne vote pas ; il favorise un habitat dispersé et de grands domaines, donc la dépendance des paysans envers le propriétaire et le curé, et c'est cette structure sociale qui oriente le vote. La corrélation entre sol et vote passe par des rapports sociaux.
4. L'étude fait du vote un acte collectif parce qu'elle montre que des territoires entiers votent de façon stable et homogène, selon des structures sociales qui dépassent les individus : on vote comme sa communauté, sous l'influence de ceux qui l'encadrent. Deux limites apparaissent. D'une part, une carte par canton décrit des territoires, pas des individus : conclure du comportement d'un canton à celui de chacun de ses électeurs est risqué. D'autre part, Siegfried observe une société rurale où l'influence du notable s'exerçait souvent avant l'isoloir de 1913 ; le secret du vote a précisément été conçu pour affaiblir ces pressions.
5. Au XXe siècle, l'exode rural, le recul de la pratique religieuse, l'élévation du niveau de diplôme et la mobilité géographique ont affaibli les encadrements locaux décrits par Siegfried. Les enquêtes individuelles (Lazarsfeld dès 1944, Michelat et Simon en 1977) prennent le relais de la géographie, et la volatilité électorale croît à partir des années 1980. Le vote reste socialement structuré, mais par des appartenances moins territoriales.
Ce que cette analyse apprend — Décrire une carte et une méthode, distinguer corrélation et causalité, puis situer une thèse dans son époque.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.