À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en première sur « Thème 2 — Axe 2 : formes indirectes de la puissance et puissance américaine » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Formes indirectes de la puissance : une approche géopolitique, La langue et la culture, vecteurs d'influence, Le numérique, un nouveau champ de la puissance, Les nouvelles routes de la Soie : la puissance par les infrastructures. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité HGGSP.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Les formes indirectes de la puissance dans le monde depuis les années 1990
Analyse des termes — Les formes indirectes de la puissance désignent les moyens d'obtenir sans contraindre : attraction culturelle et linguistique, maîtrise des réseaux numériques et des normes, financement d'infrastructures. Le sujet part de la fin de la guerre froide (1991), moment où la notion de soft power apparaît (1990), jusqu'à aujourd'hui, et concerne tous les États, pas seulement les États-Unis.
Problématique — Dans quelle mesure les formes indirectes de la puissance sont-elles devenues, depuis les années 1990, un terrain décisif de la compétition entre États, sans pour autant remplacer la force ?
Introduction rédigéeLe 30 octobre 2023, le président de la République inaugure à Villers-Cotterêts la Cité internationale de la langue française, dans le château où François Ier avait signé en 1539 l'ordonnance imposant le français dans les actes de justice. Qu'un chef d'État consacre un tel lieu à une langue rappelle que la puissance ne se mesure pas seulement en soldats et en canons. Les formes indirectes de la puissance désignent les moyens par lesquels un État obtient ce qu'il veut sans contraindre directement : l'attraction d'une langue et d'une culture, que le politiste américain Joseph Nye appelle soft power en 1990, la maîtrise des réseaux numériques et des normes, le financement d'infrastructures qui créent des dépendances. Depuis la fin de la guerre froide en 1991, ces instruments se sont multipliés, alors même que la guerre en Ukraine rappelle depuis 2022 le poids de la force armée. Dans quelle mesure les formes indirectes de la puissance sont-elles devenues un terrain décisif de la compétition entre États, sans pour autant remplacer la force ? Nous verrons d'abord que ces instruments sont anciens mais ont été renouvelés et théorisés, puis qu'ils investissent de nouveaux terrains, les réseaux, les données et les infrastructures, avant de montrer qu'ils suscitent des ripostes et ne se substituent pas au hard power.
I. Des instruments d'influence anciens, renouvelés et théorisés
- La langue, instrument ancien devenu politique d'État.Alliance française (1883) ; ACCT à Niamey (1970), devenue OIF en 2005, 88 États et gouvernements en 2022 ; Instituts Confucius depuis 2004.
- La culture de masse, ressource nouvelle pour des puissances moyennes.Hallyu : Gangnam Style, premier milliard de vues sur YouTube en décembre 2012 ; fonds « Cool Japan » (2013).
- Une théorisation qui donne un nom à ces instruments.Pouvoir structurel (Susan Strange, 1988) ; soft power (Joseph Nye, 1990) ; smart power (2009).
II. De nouveaux terrains : réseaux, données, infrastructures
- Le numérique, dominé par des firmes géantes, devient un champ de puissance.Apple atteint 3 000 milliards de dollars de capitalisation en janvier 2022 ; GAFAM face aux BATX.
- Les données servent la puissance des États.Révélations de Snowden sur la NSA (juin 2013) ; CLOUD Act (mars 2018) ; restrictions contre Huawei (mai 2019).
- Les infrastructures créent des dépendances.Nouvelles routes de la Soie (2013) ; Le Pirée (2016) ; Hambantota concédé pour 99 ans (2017).
III. Des formes qui suscitent des ripostes et ne remplacent pas la force
- La riposte par la norme.RGPD appliqué depuis le 25 mai 2018 ; Digital Markets Act et Digital Services Act (2022).
- Des influences concurrentes et réversibles.Gabon et Togo au Commonwealth (juin 2022) ; sortie de l'Italie des routes de la Soie (décembre 2023) ; fermeture d'Instituts Confucius.
- Le retour du hard power.Invasion russe de l'Ukraine (24 février 2022) ; dépenses militaires mondiales record de 2 443 milliards de dollars en 2023 (SIPRI).
Conclusion rédigéeDepuis les années 1990, les formes indirectes de la puissance ont pris une place croissante : la langue et la culture, anciens instruments, sont devenues des politiques d'État, tandis que le numérique et les infrastructures offraient de nouveaux moyens de créer des dépendances, des GAFAM aux nouvelles routes de la Soie. Elles sont devenues un terrain décisif de la compétition, au point de susciter des ripostes, de la norme européenne aux retraits de partenaires. Mais elles n'ont pas remplacé la force : elles la complètent, comme le montre la hausse record des dépenses militaires en 2023. L'exemple des États-Unis, qui combinent toutes ces formes, pose alors une question : peut-on rester la première puissance mondiale quand ses rivaux apprennent à utiliser les mêmes instruments ?
Le piège — Réciter une liste d'exemples (langue, puis numérique, puis routes de la Soie) sans jamais montrer ce qu'ils ont en commun ni discuter leur efficacité face à la force.
Sujet 2 — La puissance des États-Unis aujourd'hui
Analyse des termes — La puissance s'entend ici dans toutes ses dimensions : militaire, économique, monétaire, technologique, culturelle et structurelle. « Aujourd'hui » invite à partir de 1991, quand la disparition de l'URSS laisse les États-Unis sans rival, pour aller jusqu'aux années 2020 et à la rivalité avec la Chine.
Problématique — Les États-Unis restent-ils, depuis la fin de la guerre froide, une puissance sans équivalent, ou leur domination est-elle désormais contestée au point de les obliger à se redéfinir ?
Introduction rédigéeLe 30 août 2021, le dernier avion militaire américain quitte l'aéroport de Kaboul, vingt ans après une intervention lancée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. La première armée du monde se retire d'un pays qu'elle n'a pas réussi à stabiliser. Cette image contraste avec celle d'une « hyperpuissance », mot employé à la fin des années 1990 par le ministre français Hubert Védrine. La puissance des États-Unis s'entend ici dans toutes ses dimensions : la force armée, l'économie et la monnaie, l'innovation technologique, mais aussi les formes indirectes, l'attraction culturelle et la capacité à fixer les règles du jeu international. Depuis la disparition de l'URSS le 26 décembre 1991, aucun État ne rivalise avec eux dans tous ces domaines à la fois, mais la montée de la Chine et les revirements de leur politique étrangère posent la question de leur avenir. Les États-Unis restent-ils une puissance sans équivalent, ou leur domination est-elle désormais contestée au point de les obliger à se redéfinir ? Nous montrerons d'abord qu'ils demeurent une puissance complète, puis que cette puissance rencontre les limites de la force et de l'influence, enfin qu'elle se redéfinit, ce que les uns lisent comme un déclin relatif et les autres comme un redéploiement.
I. Une puissance complète, sans rival depuis 1991
- Une supériorité militaire écrasante et un réseau d'alliances.916 milliards de dollars en 2023, environ 37 % des dépenses mondiales (SIPRI) ; OTAN à 32 membres depuis mars 2024.
- Une puissance économique et monétaire qui fixe les règles.Environ un quart du PIB mondial ; près de 60 % des réserves de change en dollars ; pénalité de près de 9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas (2014).
- Un soft power et un pouvoir structurel sans équivalent.Universités, Hollywood, GAFAM ; siège de l'ONU à New York, FMI et Banque mondiale à Washington ; « hyperpuissance » (Védrine, fin des années 1990).
II. Une puissance qui rencontre les limites de la force et de l'influence
- La force ne suffit pas à stabiliser.Guerre d'Irak (20 mars 2003) ; retrait de Kaboul achevé le 30 août 2021.
- Un soft power abîmé.Intervention de 2003 sans mandat de l'ONU ; révélations de Snowden sur la surveillance de la NSA (juin 2013).
- La montée d'un rival systémique.Chine au 2e rang des dépenses militaires (296 milliards de dollars en 2023, estimation SIPRI) ; nouvelles routes de la Soie depuis 2013.
III. Une puissance qui se redéfinit : déclin relatif ou redéploiement ?
- Un recentrage stratégique sur l'Asie-Pacifique.« Pivot » annoncé par Obama en novembre 2011 ; alliance AUKUS (septembre 2021).
- La défense de l'avance technologique.Restrictions contre Huawei (mai 2019) ; CHIPS and Science Act (août 2022) ; contrôle des exportations de puces (octobre 2022).
- Des oscillations entre multilatéralisme et unilatéralisme.Accord de Paris : retrait annoncé en 2017, retour en 2021, nouveau retrait décidé le 20 janvier 2025 ; hausse des droits de douane en avril 2025.
Conclusion rédigéeLes États-Unis restent la seule puissance complète du monde : aucun autre État ne réunit une armée qui pèse plus du tiers des dépenses militaires mondiales, la monnaie de réserve, les géants du numérique et les universités les plus attractives. Mais depuis les guerres d'Irak et d'Afghanistan, cette puissance a montré ses limites, et la Chine la conteste désormais dans presque tous les domaines. La réponse américaine, du pivot de 2011 aux décrets de 2025, relève moins d'un effondrement que d'une redéfinition, dont le sens reste débattu : déclin relatif pour les uns, usage plus direct de la contrainte pour les autres. Reste à savoir si la Chine, qui étend son influence par les routes de la Soie et le numérique, peut devenir une puissance aussi complète : c'est l'objet du chapitre suivant.
Le piège — Répondre par un « oui, les États-Unis déclinent » ou un « non, ils dominent » sans chiffres ni dates, au lieu d'exposer les deux lectures et de les étayer.